Présentation de la séquence

, par PLAISANT-SOLER Estelle, Lycée Saint-Exupéry, Mantes-la-Jolie

Présentation de la séquence

Axes

Etudier Le Conte du Graal dans la perspective de l’objet d’étude « modèle littéraire du Moyen Age », c’est l’étudier selon deux axes.

- En tant qu’œuvre intégrale, il appelle des études analytiques de passages clés, l’examen approfondi de la structure, etc.
- En tant que modèle, il doit être mis en relation avec de nombreuses lectures en correspondance pour permettre aux élèves de prendre conscience de son caractère représentatif d’un genre, d’un registre, d’un courant de sensibilité qui, en essor à son époque, a eu ensuite des retentissements.

Les lectures en correspondance que nous proposons seront ainsi des œuvres médiévales, relativement contemporaines du Conte, et des œuvres largement ultérieures, datant de la seconde moitié du 19ème siècle jusqu’à nos jours. C’est en effet une œuvre majeure du Moyen Age par l’influence déterminante qu’elle a exercé sur le genre du roman de chevalerie, et par la naissance du mythe du Graal. Il s’agira donc de faire saisir aux élèves qu’ils sont face à une œuvre singulière, mais dont la signification ouvre l’accès à un vaste domaine culturel, tant médiéval (les nombreuses continuations et réécritures du Conte au Moyen Age) que contemporain (des œuvres récentes s’inspirent du texte de Chrétien, qui a également donné naissance, de façon directe ou indirecte, par l’intermédiaire du Parsifal de Wolfram von Eschenbach, à des transpositions dans l’opéra ou le cinéma).

Cette séquence propose ainsi un dialogue entre ces deux approches du texte, un va-et-vient entre l’analyse de l’œuvre en elle-même et sa confrontation avec des lectures en correspondance, ou avec l’image, car le contexte et l’intertexte ne sont pas seulement verbaux, mais aussi non verbaux, et ce dès le Moyen Age. Plutôt que de séparer arbitrairement ces deux perspectives, il s’agit au contraire de les alterner, pour favoriser la capacité des élèves à comparer et à exercer leur esprit critique. Les séances mêleront donc des analyses de passages précis, qui peuvent être relativement brefs ou plus longs, portant sur un épisode entier, des études d’ensemble et des confrontations avec des textes antérieurs ou postérieurs au Conte du Graal.

Progression

Les premières séances ont pour objectif de resituer l’œuvre dans son contexte. Si Le Conte du Graal est un modèle, c’est un modèle du Moyen Age. Il doit donc être abordé sous l’angle de l’histoire littéraire et culturelle, afin d’apprendre aux élèves à contextualiser les œuvres, de leur permettre d’enrichir et d’approfondir leur conscience de l’historicité de la culture, en travaillant sur un domaine, le Moyen Age, qu’ils n’ont abordé quasiment qu’en classe de 5ème. Le choix d’un texte médiéval impose en effet rapport singulier à la langue et à l’histoire, puisqu’il sont écrit dans notre langue mais correspondent à des états de celle-ci qui exigent un travail particulier d’appropriation. Il en va de même pour toutes les références à une société dont les élèves maîtrisent encore souvent mal les codes, pourtant essentiels à la compréhension du texte.

Un deuxième temps de la séquence abordera les deux héros du Conte du Graal que sont Perceval et Gauvain, ce dernier, moins aimé de la critique, ne devant pas pour autant rester dans l’ombre. Cette approche, qui suit globalement l’ordre du texte, a pour objectif d’analyser un premier aspect de l’œuvre en tant que modèle littéraire du Moyen-Age, celui du roman de chevalerie, avec sa dimension épique, sa « conjointure » si particulière, et ses personnages, plus ou moins traditionnels, et souvent renouvelés par Chrétien qui lègue ainsi un nouveau personnel de la Table Ronde à ses continuateurs.

Enfin, le dernier temps de la séquence s’attardera plus particulièrement sur la question du Graal. Bien sûr, celle-ci aura déjà été rencontrée lors de l’analyse du trajet de Perceval, mais cette démarche permet aux élèves de mieux saisir l’autre aspect du Conte du Graal en tant que modèle, à savoir la création d’un véritable mythe littéraire. L’analyse plus spécifique de cette scène si mystérieuse ouvre en effet sur la question du mythe, terreau dans lequel la littérature et l’art puisent pour s’interroger sur l’homme et les rapports qu’il entretient avec le pouvoir politique ou divin, sur le sens de la vie humaine. N’est-on pas ici au cœur des différentes interprétations du Graal ? De plus, les nombreuses transformations et adaptations que subit, dès l’époque médiévale, Le Conte du Graal, nous montrent comment le traitement du mythe par un auteur entre en résonance avec sa situation historique et culturelle, ses conceptions idéologiques et esthétiques. Autant de questions qui, compte-tenu de leur complexité, peuvent être plus facilement comprises par les élèves à la fin du travail sur le Conte, une fois abordées les questions préalables propres à la littérature médiévale, aux romans de chevalerie, et aux spécificités des personnages de Perceval et Gauvain.

Déroulement de la séquence

- Séance 1. Le Conte du Graal, un texte médiéval
- Séance 2. Chrétien de Troyes et l’art du livre au Moyen-Age
- Séance 3. Le Conte du Graal, un texte qui reprend et donne une forme nouvelle aux modèles littéraires du Moyen-Age
- Séance 4. La tradition épique et le modèle littéraire du chevalier dans le Conte du Graal
- Séance 5. Le combat contre le chevalier Vermeil : le personnage de Perceval, un jeu avec le modèle littéraire du chevalier
- Séance 6. Les trois gouttes de sang sur la neige : l’initiation amoureuse de Perceval
- Séance 7. Gauvain dans le Conte du Graal : un personnage paradoxal. Reprise et transformation du modèle littéarire du neveu du roi Arthur
- Séance 8. Le voyage de Gauvain vers Escavalon : Gauvain et la Pucelle aux petites manches
- Séance 9. L’errance de Gauvain au pays « d’où nul chevalier ne revient »
- Séance 10. Le retour des personnages dans le roman arthurien : Perceval et Gauvain, modèles littéraires
- Séance 11. La structure du Conte du Graal et son devenir dans les Continuations et les réécritures médiévales
- Séance 12. La chevalerie dans le Conte du Graal
- Séance 13. Le cortège du Graal : le Graal dans le conte de Chrétien
- Séance 14. Le devenir du Graal : du modèle littéraire au mythe

Supports : œuvre intégrale et lectures en correspondance

Lecture en correspondance intégrale

- Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la Charrette.
Cette œuvre offre en effet de nombreuses correspondance avec le Conte du Graal, et plus particulièrement avec la « partie Gauvain ». Les terres de Galvoie ont en effet été souvent comparées au royaume de Gorre que travers Lancelot, et les trois passages victorieux de l’eau par Gauvain dans le Conte à son échec devant le « Pont sous l’eau ».

Extraits d’autres œuvres de Chrétien de Troyes

Les extraits proposés ci-dessous sont issus des Romans de Chrétien de Troyes, éd. Le Livre de Poche, coll. La Pochotèque, 1994.

Erec et Enide

- vers 1 à 26, p. 61 : le prologue
- vers 409 à 441, p. 73-74 : Le portrait d’Enide, à rapprocher du portrait de Blanchefleur, et éventuellement de Clarissant, notamment pour le vermeil sur les joues
- vers 1684 à 1746, p. 113-115 : La liste des chevaliers de la Table Ronde,
- vers 2132 à 2265 : le tournoi de Danebroc
- vers 2931 à 2935, p. 153 : les brigands cupides
- vers 3979 à 4155, p. 186 à 192 : le retour d’Erec à la cour du roi Arthur se fait selon le même schéma que celui de Perceval : Keu tente de contraindre Erec à gagner la cour du roi Arthur, mais est vaincu en combat singulier, tandis que Gauvain y parvient courtoisement.
- vers 4143 à 4155, p. 192 : Gauvain, ami d’Erec
- vers 5411 à 6181, p. 232 à 258. L’épisode de la Joie de la Cour est cependant trop long pour être donné en entier aux élèves. On pourra choisir les passages qui se rapprochent le plus des aventures de Gauvain, à savoir sa rencontre avec la Mauvaise Pucelle : vers 5411 à 5465, puis 5694 à 5756, 5870 à 5897.

Cligès

- vers 1 à 80, p. 291 à 293 : le prologue
- vers 192 à 217, p. 296 à 297 : éloge de la Largesse, faite par Alexandre, empereur de Constantinople, à son fils.
- vers 394 à 398, p. 302 : Gauvain, ami d’Alexandre
- vers 1524 à 1544, p. 335 à 336, puis vers 2176 à 2182, p. 356 : la coupe, symbole de pouvoir et de souveraineté
- vers 4565 à 4997, p. 429- 442 : Gauvain, invaincu par Cligès, devient son ami
- vers 4565 à 4997, p. 429 à 442 : le tournoi d’Oxford, et notamment les vers 4626 à 4647, qui montrent que dans ce tournoi, à l’inverse de celui de Tintagel, la gloire et plus importante que le gain matériel.

Lancelot ou le Chevalier de la charrette

- vers 1 à 29, p. 501 : le prologue
- vers 43 à 79, p. 502 à 503 : le roman de Lancelot commence, comme le Conte du Graal par une remise en cause du pouvoir et de la souveraineté du roi Arthur.
vers 320 à 419, p. 510-512 : l’humiliation de Lancelot, qui peut évoquer celles que subit Gauvain lorsqu’il est moqué à Tintagel, puis lorsqu’il doit monter sur un roussin.
- vers 459 à 534, p. 514 à 516 : Le lit et la lance enflammée
- vers 636 à 673, p. 519 à 620 : les deux passages de l’eau vers le royaume de Gorre
- vers 710 à 771 : Le gué défendu
- vers 710 à 771 : l’extase de Lancelot
- vers 1302 à 1316, p. 537 à 538 : Les coutumes du royaume de Logres, c’est-à-dire du monde arthurien.
- vers 1856 à 1936 : Lancelot parvient au cimetière futur et force sa propre tombe.
- vers 2081 à 2115 : Les gens du royaume de Logres, prisonniers du royaume de Gorre.
- vers 2159 à 2810, p. 562 à 563 : Le passage des Pierres évoque les brèches et gorges que franchissent Perceval pour atteindre le château du Graal et Gauvain pour atteindre les terres de Galvoie dont le gardien s’appelle précisément l’Orgueilleux du Passage à l’étroite Voie.
- vers 2335 à 2350, p. 567 : Lancelot, élevé par une fée
- vers 3003 à 3135, p. 586 à 590 : Le passage du Pont de l’Epée
- vers 5359 à 5379 : le tournoi de Noauz, organisé en vue du mariage de deux demoiselles
- vers 5575 à 5596 : le tournoi de Noauz, un lieu ouvert
- vers 5632 à 5705, p. 661 à 663 : « au pis » : Lancelot accepte, par amour pour Guenièvre, de passer pour un lâche au tournoi de Noauz, avant d’obtenir à nouveau son ordre de faire de son mieux.
- vers 7051 à 7054, p. 702 : Lancelot n’est pas un « nice » en fait d’armes.
- vers 7098 à 7014, p. 703 à 704 : un roman laissé inachevé volontairement inachevé par Chrétien.

Yvain ou le Chevalier au lion

- vers 86 à 135, p. 714 à 715 : Insultes de Keu à l’égard de Calogrenant, et reproches de la reine Guenièvre à son encontre.
- vers 149 à 174, p. 716 : le bon auditeur selon Calogrenant
- vers 360 à 543, p. 723 à 728 : La fontaine merveilleuse offre également des points communs avec les aventures de Gauvain. Un lieu enchanteur, marqué par la présence magique de l’eau, donne lieu à un combat singulier.
- vers 610 à 627, p. 731 : Nouveaux reproches adressés par la reine à Keu
- vers 2400 à 2408, p. 789 : Gauvain, « soleil » de la chevalerie
- vers 2781 à 2828 : La folie d’Yvain, condamné par sa dame
- vers 3689 à 3711, p. 833 à 834 : Allusion au Chevalier de la Charrette au sein du Chevalier au Lion
- vers 3895 à 3936, p. 840 à 841 : Nouvelle allusion au Chevalier de la Charrette au sein du Chevalier au Lion
- vers 4084 à 4103, p. 846 : l’humiliation de quatre chevaliers, montés sur de mauvais chevaux
- vers 4697 à 4724, p. 866 à 867 : une sœur aînée essaie de voler l’héritage de sa sœur cadette par l’intermédiaire d’un tournoi entre chevaliers, ce qui a parfois été rapproché de l’attitude de la fille aînée du seigneur de Tintagel qui souhaite voir son fiancé prendre un tournoi à son père, tournoi qui se révèle être proche d’une prise de ville.
- vers 4734 à 4739, p. 867 : Dernière allusion au Chevalier de la Charrette au sein du Chevalier au Lion
- vers 5073 à 5102, p. 878 à 879 : Yvain décide de participer au tournoi pour défendre le bon droit de la cadette, à l’image de Gauvain dans le Conte du Graal.
- vers 6102 à 6303, p. 913 à 919 : Gauvain, invaincu par Yvain, lui donne l’accolade

Extraits d’œuvres postérieures au Conte du Graal

La Première Continuation de Perceval, œuvre du Pseudo Wauchier de Denain

- Folio p. 222 à 235 pour le premier épisode, à savoir le combat contre Guiromelan laissé en suspens par Chrétien de Troyes.
- Texte et traduction intégrale : Première Continuation de Perceval, Ed. William Roach, traduction et présentation par Colette-Anne Van Coolput-Storms, Le Livre de Poche, coll. « Lettres Gothiques », n°4538, 1993.

- vers 1566 à 1778, p. 141 à 153 : Gauvain et la pucelle de Lis
- vers 6207 à 6563, p. 419 à 439 : Gauvain combat contre le Riche Soudoyer pour délivrer Giflet du Château Orgueilleux.
- vers 7039 à 7749, p. 469 à 509 : Gauvain au château du Roi Pêcheur
- vers 7817 à 8036, p. 515 à 527 : le fils de Gauvain encore « nice »

Perceval en prose, attribué à Robert de Boron

L’œuvre de Robert de Boron est conçue comme un roman en vers en trois parties : l’Histoire du Graal, le Merlin et le Perceval. Mais si nous avons conservé le Roman de l’histoire du Graal, il ne reste du Merlin en vers qu’un fragment et son Perceval en vers est perdu. Les deux dernières parties de l’œuvre de Robert de Boron nous restent à travers des mises en prose. De son Perceval notamment, nous n’avons que deux manuscrits en prose que l’on appelle le Didot-Perceval et le Perceval de Modène.

Perceval : Traduction par Emmanuèle Baumgartner sous le titre « Merlin et Arthur : le Graal et le Royaume », dans La Légende arthurienne, le Graal et la Table Ronde, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1989.

- p. 361 à 362 : le combat contre l’Orgueilleux de la Lande
- p. 371 : Perceval dans la Forêt Gaste
- p. 385 : Les enfants dans l’arbre
- p. 386 à 390 : Perceval chez le Roi Pêcheur
- p. 394 à 395 : Perceval chez son oncle l’ermite
- p. 396 à 397, puis p. 402 : Perceval chez son oncle l’ermite
- p. 406 à 407 : Perceval de retour chez le Roi Pêcheur

Perlesvaus, li haut livre du Graal

Traduction Christiane Marchello-Nizia, dans La Légende arthurienne, le Graal et la Table Ronde, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1989.

- p. 138 : les motivations du nom de Perlesvaus
- p. 139 : réécriture du combat contre le Chevalier Vermeil
- p.144 : Un roman qui se présente comme une continuation du Conte du Graal puisqu’il entame son récit après l’échec de Perceval / Perlesvaus au château du Roi Pêcheur.
- p. 170 à 171 : Gauvain devant un château merveilleux. Correction de l’épisode du mauvais ronçin de Chrétien : ici Gauvain ne subit pas l’infâmie de monter un cheval indigne de son rang.
- p. 174 : Un Gauvain nettement moins « joli-cœur » qui résiste à la tentation des Demoiselles de la Tente au point qu’elles s’interrogent sur sa réelle identité.
- p. 192 à 195 : Echec de Gauvain au château du Graal
- p. 247 à 251 : Perlesvaus conquiert le château du Graal

La Quête du Graal

La Quête du Graal, traduction Albert Béguin et Yves Bonnefoy, Editions du Seuil, coll. Points Sagesse, 1965.

- p. 99 à 100 : Gauvain disqualifié car il représente la chevalerie terrestre
- p. 118 à 120 : Perceval rencontre une recluse, personnage qui s’apparente à la fois à la mère, la cousine et l’ermite du Conte du Graal de Chrétien.
- p. 135 puis 149 : Réécritures de deux épisodes des Continuations

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