Séance 13. Le cortège du Graal : le Graal dans le conte de Chrétien

, par PLAISANT-SOLER Estelle, Lycée Saint-Exupéry, Mantes-la-Jolie

Objectifs

- Découvrir à partir de l’analyse précise du cortège du Graal, les significations possibles du Graal, de la Lance qui saigne et du motif de la question salvatrice.

- Analyser la nature du Conte en tant que modèle littéraire du Moyen Age à la lumière du syncrétisme des sources de Chrétien et de leur caractère problématique, appelant un questionnement et une interprétation de la part des continuateurs.

Supports

LE CONTE DU GRAAL

de la p. 91 « Pendant qu’ils parlent entre un valet » à la p. 94 « tant de bonnes choses qu’il n’avait jamais goûtées. »

Questions

1) Comparez la description du repas chez le Roi Pêcheur, et les autres scènes de dîner courtois du Conte du Graal. Quelles sont les ressemblances, les différences ? Comment les interprétez-vous ?

2) Quels éléments font basculer la scène dans le merveilleux ? Comparez les modalités du merveilleux dans le château du Graal et celles du château des Reines (en particulier le Lit de la Merveille). Quelles différences remarquez-vous et comment pouvez-vous les interpréter ?

3) Pourquoi le Graal est-il aussi problématique ?

4) Comment passe-t-on de l’élection de Perceval à l’échec ? Quelles sont les différentes interprétations données par l’ensemble du Conte à cet échec ?

Suggestion d’analyse

Il est intéressant, pour analyser le cortège du Graal, de commencer par étudier son cadre : le rituel courtois du dîner (personnages, décor, accessoires, rituels de politesse). En effet, on peut dès lors percevoir l’originalité de Chrétien dans le traitement de la merveille dans cet épisode. S’il y a vision merveilleuse, elle tient surtout à l’étrange : aux dysfonctionnements du rituel du dîner, à l’irruption d’objets insolites, et à un appel à l’interprétation non abouti. Les interrogations du héros redoublent en effet celles du lecteur, face au Graal notamment. Des élucidations viendront, et il est alors utile pour les élèves de comparer le cortège du Graal avec les paroles de la cousine, de la Demoiselle Hideuse, du vavasseur d’Escavalon et de l’ermite pour interroger le problème du syncrétisme des sources de cet épisode : celtiques ou chrétiennes ? L’analyse de l’échec de Perceval révèle alors toute sa richesse et ses ambiguïtés : le silence de Perceval est-il dû à un reste de « niceté » ou à un péché « dont il ne sait mot » ? Est-ce d’ailleurs un échec complet puisqu’il a retrouvé son lignage maternel ? Et quelle est la nature véritable de la mission du héros libérateur ? Les liens entre prouesse et savoir apparaissent en effet particulièrement problématiques : il semble que la quête soit désormais herméneutique, une quête du sens. Mais le don d’une épée ne prédestine-t-il pas également à une prouesse chevaleresque attendue de l’élu ?

Exposés

- La parole dans le Conte du Graal
- Le merveilleux dans le Conte du Graal
- Le Roi Pêcheur

Suggestions de lectures critiques

- Annie Combes et Annie Bertin, Ecritures du Graal, PUF, coll. Etudes littéraires Recto-Verso. Chap. I : « Le Conte du Graal : énigmes et lacunes », p. 17 à 30.
- Paule Le Rider, Le chevalier dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, chap. III : « Lecture de l’épisode du Graal », Sedes, 1978.
- Claude Lachet, « Le Graal chez Chrétien de Troyes et ses épigones, L’Ecole des Lettres, n° spécial « Le Conte du Graal » 15 janvier 1996.
- Philippe Ménard, De Chrétien de Troyes au Tristan en prose, chap. VII : « Enigmes et mystères dans le Conte du Graal », Droz, Genève, 1999.
- Philippe Ménard, « Problèmes et mystères du Conte du Graal. Un essai d’interprétation », », dans Polyphonie du Graal, textes réunis par Denis Hüe, Orléans, Paradigme, 1998.
- Daniel Poirion, « L’ombre mythique de Perceval dans le Conte du Graal », dans Polyphonie du Graal, textes réunis par Denis Hüe, Orléans, Paradigme, 1998.
- Pierre Servet, « Le Roi Pêcheur », L’Ecole des Lettres, n° spécial « Le Conte du Graal » 15 janvier 1996.
- Claude Lévi-Strauss, « De Chrétien de Troyes à Richard Wagner », dans Parsifal, L’Avant-Scène Opéra n°213

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