Séance 4. La tradition épique et le modèle littéraire du chevalier dans le Conte du Graal

, par PLAISANT-SOLER Estelle, Lycée Saint-Exupéry, Mantes-la-Jolie

Objectifs

- Analyser le rôle de la littérature comme « réservoir » de schèmes collectifs de pensée, de sensibilité et de représentations

-Travailler la tradition épique : Le Conte du Graal est en modèle en ce qu’il est significatif d’un genre et d’un registre. Définir les emblèmes de la chevalerie et ses valeurs à partir du texte et du recours aux miniatures médiévales. Repérer les motifs épiques (attaque à la lance, lances brisées, attaque à l’épée).

- Travailler la place de Chrétien de Troyes dans la littérature épique du Moyen Age : permettre aux élèves de découvrir que la violence dans la littérature médiévale est doublement codée : codes symboliques liés à la conception de la violence dans la société vassalique, et codes littéraires marqués par des stéréotypes et des étapes obligées pour le narrateur. Ainsi le Conte, en tant que modèle littéraire, s’appuie lui aussi sur des modèles littéraires antérieurs qu’il reprend et modifie.

- Travailler l’esthétique des enluminures du Moyen-Age : le non respect des proportions entre figures humaines et décor, absence de perspective

Supports

LE CONTE DU GRAAL

Comparaison entre les différents combats singuliers que propose Le Conte du Graal :

- Combat entre Perceval et le chevalier Vermeil p 53-56
- Combat entre Perceval et Anguingueron p 73-74
- Combat contre Clamadeu des Iles p 82
- Combat entre Perceval et l’Orgueilleux de la Lande p 105-106
- Combat entre Perceval et Sagremor p 112
- Combat entre Perceval et le sénéchal Keu p 113
- Combat entre Gauvain et Mélian de Lis p 139
- Combat entre Gauvain et le neveu de Gréoréas
- Combat entre Gauvain et l’Orgueilleux du Passage à l’Etroite Voie, qui garde l’abord de Galvoie et est l’ami de la Male Pucelle, l’Orgueilleuse de Logres

LECTURES EN CORRESPONDANCE

- La Chanson de Roland. Combat entre Roland et un sarrazin, Chernuble

Le comte Roland ne se ménage pas. Il frappe de son épieu tant que dure la hampe ; après quinze coups il l’a brisée et détruite. Il tire Durendal, sa bonne épée, toute nue. Il éperonne, et va frapper Chernuble. Il lui brise le heaume où luisent des escarboucles, tranche la coiffe avec le cuir du crâne, tranche la face entre les yeux, et le haubert blanc aux mailles menues et tout le corps jusqu’à l’enfourchure. A travers la selle, qui est incrustée d’or, l’épée atteint le cheval et s’enfonce. Il lui tranche l’échine sans chercher le joint, il abat le tout mort dans le pré, sur l’herbe drue.

- Raoul de Cambrai (chanson de geste du XIIème siècle). Combat entre Bernier et Raoul : Dieu et le bon droit

Quand Bernier comprit que sa prière ne valait rien contre Raoul le belliqueux, il éperonna avec ardeur son coursier tandis que Raoul galopait vers lui. Ils se portèrent des coups vigoureux sur le devant des écus, qu’ils transpercèrent sous les boucles. Bernier, qui avait pour lui son bon droit, le frappa et fit pénétrer son solide épieu à l’étendard déployé dans le corps de Raoul, qui ne pouvait plus avancer.
Mais Raoul attaqua Bernier avec une telle rage que ni l’écu ni le haubert ne purent le protéger : il l’aurait tué, je vous l’assure, si Dieu et son bon droit n’avaient si bien aidé Bernier que le fer ne fit que lui frôler le côté. Plein de rage, Bernier fit volte-face et frappa un coup qui passa au travers du heaume brillant de Raoul, faisant sauter les fleurs ornementales et les pierres précieuses. Il déchira la coiffe du bon haubert solide et l’épée pénétra jusqu’au cerveau. Ainsi Raoul, la tête la première, tomba du cheval.

- Sur transparents, miniatures du Moyen-Age montrant des combats singuliers entre chevaliers et des châteaux assiégés ou pris d’assaut.

Questions

QUESTIONS

A/ Lisez les différents combats racontés dans Le Conte du Graal et répondez aux questions suivantes :

1) Quels sont les personnages en présence dans les différents combats du Conte du Graal. Comment sont-ils présentez ? Quels rapprochements pouvez-vous faire ? Comment pouvez-vous l’interpréter ?
2) Relevez les étapes de ces combats. Que remarquez-vous ?
3) Relevez les indices de la violence des combats. Interprétez-les.

B/ La narration épique. Relisez le combat entre Perceval et Anguingueron et répondez aux questions suivantes :

1) Relevez les verbes d’action. Comment les interprétez-vous ?
2) A quel temps sont-ils ?
3) Comment les actions s’enchaînent-elles ?

C/ Analyse de l’œuvre intégrale.

Cherchez, dans l’ensemble du Conte du Graal, les éléments précis qui vous permettent de répondre aux questions suivantes, et proposez, pour chacune d’entre elle, une réponse synthétique.

1) Quel est le statut social du chevalier ?
2) Comment devient-on chevalier ?
3) Comment un chevalier doit-il agir ? Au nom de quels codes ?
4) La vision de la chevalerie que propose Chrétien est-elle positive ? négative ? Comment l’interprétez-vous ?

Suggestion d’analyse

Il s’agit ici de replacer le Conte du Graal en tant que roman de chevalerie dans son contexte littéraire et idéologique. La comparaison avec les chansons de geste permet tout d’abord de découvrir le modèle littéraire dans lequel s’inscrit Chrétien : celui de la chanson de geste, et de définir la notion de motif épique et de narration épique. On s’aperçoit en effet en comparant les différents combats singuliers du Conte du Graal de leur caractère stéréotypé, ce qui permet d’ailleurs de comprendre certaines prétéritions par lesquelles Chrétien « saute » le récit d’un combat dont toutes les étapes sont connues du lecteur.

La comparaison avec les chansons de geste permet également de voir en quoi le modèle littéraire du chevalier à partir duquel Chrétien construit ses personnages, est un miroir de la société féodale. La violence, dans la littérature médiévale et dans le Conte du Graal en particulier, est liée à la dimension symbolique de la vassalité qu’il est important de rappeler aux élèves. Dès lors on comprend mieux le caractère rituel des deux scènes d’adoubement que présente le Conte : celui de Perceval par Gorneman et celui des cinq cents écuyers du château des Reines par Gauvain.

On retrouve d’ailleurs d’autres traces de la chevalerie en tant qu’institution dans le Conte : l’importance du statut social et du lignage dans le discours de la mère notamment, la question du code d’honneur chevaleresque que Perceval apprend progressivement et que Gauvain rappelle à Gréorréas.

Enfin, cette comparaison entre les chansons de geste et les romans de chevalerie de Chrétien permet de poser un jalon dans l’esprit des élèves : si le code de la violence n’a pas changé dans le Conte puisqu’on y retrouve les mêmes motifs épiques, c’est désormais le sens de la violence qui est différent. Il ne s’agit plus de défendre la Chrétienté. Cette question sera à problématiser par la suite.

Exposés

- Epique et réécriture de modèles littéraires du Moyen-Age dans La Légende des siècles de Victor Hugo
- Réécriture et parodie du modèle littéraire du chevalier dans Sacré Graal des Monty Python.

Suggestion de lectures critiques

- Colette Juillard-Beaudan, « La violence dans la littérature médiévale (II) : le rituel symbolique de la vassalité selon Jacques Le Goff », dans L’Ecole des Lettres n°2, 1997-1998.

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