Le débat de compréhension Travailler et évaluer les compétences d’oral et de lecture

, par BACH Sarah

Cet article présente la vidéo d’une séance de lecture analytique en classe de sixième. La séance s’ouvre sur un débat de compréhension : pendant dix minutes, les élèves discutent d’un texte qu’ils viennent de découvrir par la lecture, sans intervention de leur professeur.

Le travail de l’oral en cours de français a été réaffirmé par les programmes de cycle 3 et de cycle 4, en lien avec les activités de lecture et d’écriture. Il est attendu qu’un élève, en fin de cycle 4, puisse
- "Comprendre des discours oraux élaborés (récit, exposé magistral, émission documentaire, journal d’information)."
- "Produire une intervention orale continue de cinq à dix minutes (présentation d’une œuvre littéraire ou artistique, exposé des résultats d’une recherche, défense argumentée d’un point de vue)."
- "Interagir dans un débat de manière constructive et en respectant la parole de l’autre."
Comment travailler l’oral, dès la classe de sixième, afin de rendre les élèves autonomes dans leur compréhension et efficaces dans leur production de l’oral ?

D’autre part, le travail de l’oral pose deux exigences antinomiques : il demande au professeur non seulement de gérer le temps imparti à la parole de chacun, afin que tous les élèves puissent s’exprimer lors de chaque cours, mais également de laisser à la parole le temps nécessaire pour se former. Il s’agit donc à la fois de restreindre le temps de parole de chacun pour que tous puissent parler et de laisser suffisamment de temps à chacun pour développer sa parole. Quelle posture l’enseignant peut-il adopter afin de répondre à ces deux exigences et quelles activités mettre en place ?

La forme du débat autour d’un texte nous semble particulièrement adaptée pour répondre à ces questions. Elle permet au professeur de s’effacer pour laisser aux élèves la place et le temps nécessaires au développement de leur parole, tout en fixant un cadre précis. Elle pousse les élèves à rendre leur écoute plus active, à affiner leur compréhension de la parole de l’autre, à interagir et à développer leur parole.

La vidéo ci-dessous présente l’activité dans une classe de 6e. La classe entière participe au débat (soit 27 élèves, même si une moitié de classe seulement apparaît à l’écran).

Pourquoi un débat de compréhension ?

Le débat de compréhension, tel que nous le menons, prend toujours la même forme. Il suit une lecture du texte par les élèves, solitaire à voix basse et/ou partagée à haute voix. Durant cette lecture, le professeur ne répond à aucune question des élèves portant sur le texte. Le débat n’est pas déclenché par le professeur, mais par le premier élève à lever le doigt suite à la lecture. Il obtient du professeur le droit à la parole et est libre de dire ce qu’il veut du texte : il peut donner une impression de lecture, poser une question, résumer l’intrigue... Pendant qu’il parle, ses camarades lèvent la main pour intervenir à leur tour. Une fois sa prise de parole achevée, l’élève passe la parole au camarade de son choix,. La parole passe ainsi d’élève en élève, sans aucune intervention du professeur, pendant dix minutes. Le débat s’achève par une reprise du professeur.

Le débat de compréhension vise la compréhension globale du texte et un début d’interprétation. Il est donc suivi d’un questionnement écrit qui porte sur des éléments d’analyse plus subtils.

L’activité prend la forme d’un rituel, précédant régulièrement, voire systématiquement, les lectures analytiques. La récurrence permet aux élèves :
- de s’exprimer plus spontanément, avec une passation plus rapide de la parole des uns aux autres, permettant ainsi à davantage d’élèves de s’exprimer.
- de s’exprimer de manière plus fluide, avec moins de coupure, d’hésitations dans le débit. Les prises de parole gagnent également en longueur, notamment pour les élèves les plus en difficulté.
- d’entrer plus profondément dans le texte en variant le contenu des prises de parole. Au résumé du texte sous sa forme « Moi, j’ai compris que... », les élèves ajoutent le questionnement et la forme négative « Moi, ce que je n’ai pas compris, c’est... ». Ces appels aux camarades, invités à donner une réponse, s’effectuent souvent sur des points stratégiques du texte.

Cette activité nous semble offrir également un moyen simple et efficace de différenciation lors des séances de lecture, l’élève n’ayant pas compris le texte lors de la première lecture pouvant entrer dans la compréhension au fur et à mesure du débat. Cela se vérifie souvent à l’oral, les lecteurs en difficulté prenant la parole au bout de quelques minutes seulement, lorsqu’ils possèdent une compréhension suffisante du texte. Le passage à l’analyse écrite est ainsi facilitée par le fait qu’à la fin du débat, tous les élèves ont globalement compris le texte et ont commencé à l’interpréter.

Si le débat de compréhension est une activité permettant de travailler les compétences de lecture et d’oral, elle permet également de les évaluer. Son format offre en effet au professeur le temps d’écoute nécessaire pour évaluer la prise de parole des élèves. D’autre part, si l’activité prend la forme d’un rituel et est fréquemment répétée, sa récurrence permet la différenciation pédagogique en donnant la possibilité de ne pas évaluer tous les élèves en une seule fois, mais de laisser le temps à chacun d’entrer dans l’activité, débat après débat. La répétition de l’activité rend également possible une évaluation facile des progrès des élèves tout au long de l’année.

Quelle place pour le professeur ?

Lors du débat de compréhension, le professeur a deux fonctions :

  • celle de gardien du temps, le débat étant limité à dix minutes. Ce temps est suffisamment long pour permettre aux élèves de ne pas simplement juxtaposer des points de vue, mais pour entrer en dialogue et se répondre. En 10 minutes, chacun peut dire ce qu’il souhaite selon sa lecture du texte ("Moi, je pense que..."), mais peut également, après avoir écouté les autres, réajuster son idée et réagir à un propos ("Je ne suis pas d’accord avec toi, car..."). Au-delà de dix minutes, en revanche, le texte est oublié et les élèves discutent davantage des prises de parole des uns et des autres que du texte.
  • celle de secrétaire. Le professeur prend des notes afin d’effectuer la reprise devant la classe. Ces notes concernent aussi bien le contenu des échanges que leur forme : quels ont été les points du texte qui ont fait débat et quelles ont été les réponses apportées ? Y a-t-il des éléments qui restent incompris ? Qui a pris la parole (et, surtout, qui ne l’a pas prise) ? Comment s’est effectuée la passation de la parole (trop lente, trop d’amusement lors du choix des camarades) ? Y a-t-il des erreurs de langue récurrentes et partagées par plusieurs élèves qu’il faut corriger ?

Le professeur effectue une reprise à la fin des dix minutes consacrées à la discussion entre élèves. Il s’agit, du point de vue formel, d’apporter des éléments qui permettront d’améliorer le prochain débat. En ce qui concerne le contenu des échanges, le professeur en résume les points importants et clarifie les dernières incompréhensions sur le sens global du texte. Cette reprise sert à établir la/les problématique(s) de la séance.

Ouvertures.

Nous avons souvent recours au débat lors d’autres séances que celles de lecture analytique. Ainsi, lorsqu’un point de langue pose problème, l’interruption de la séance et le recours au débat permettent aux élèves de mettre à plat leurs interrogations et de confronter leurs idées. Cet échange constitue alors, pour le professeur, un moment privilégié d’évaluation des connaissances de chacun : il met au jour les confusions liées à la compréhension du texte et permet d’identifier les erreurs de syntaxe à l’oral dont les élèves n’ont guère conscience.

Il est également possible d’enregistrer les débats et de les faire écouter aux élèves, afin d’avoir un retour critique de leur part et de travailler plus spécifiquement le langage oral en reformulant, en prenant en compte le rythme de la parole, ses réajustements, ses répétitions, etc.

Sarah Bach, collège Henri Wallon de Garges-lès-Gonesse

Voir en ligne : « Apprendre ensemble à parler et à raconter à l’école maternelle », conférence de Pierre Péroz lors du Rendez-vous des Lettres 2015

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