Produire des énoncés en latin Dire et écrire en cours de Langues et Cultures de l’Antiquité

, par BACH Sarah

« Il s’agit tout simplement de s’appuyer sur le besoin naturel des élèves de ’parler’ une langue inconnue présentée à leur apprentissage, quelle que soit cette langue ; nous avons là un levier pédagogique tout à fait normal aux yeux des élèves, dont les professeurs se sont privés à tort jusqu’ici, faisant apparaître du même coup le latin comme une langue qui ne s’apprend pas comme une langue, en l’utilisant tant à l’oral qu’à l’écrit, mais qu’on se contente de lire avec les yeux et dont on ne commente ensuite les termes qu’en traduction. » extrait du document LCA – Refondation pédagogique – oraliser le latin

S’intégrer dans un système linguistique est une préoccupation des élèves qui débutent en langues anciennes. Il est, pour eux, difficile de cerner une langue uniquement par sa résonance culturelle, à savoir pour l’Antiquité sa transmission par la lecture, sans participation à son parler. L’exotisme de ces langues inconnues, moteur de la curiosité des élèves, repose autant sur l’imaginaire mythologique ou historique, que font naître des personnages comme Hercule ou César, que sur l’entrée dans un système de signes et de sons qui, peu à peu, vont faire sens. Dans cette approche, la dimension orale est sans doute d’autant plus présente en latin que n’existe pas, pour cette langue, le caractère cryptographique que représente la découverte de l’alphabet grec. D’autre part, le rapport oral à la langue constitue habituellement, hors de l’espace scolaire, le rapport premier à toute langue : on apprend sa langue maternelle d’abord en la parlant. En effet, nombre de langues dialectales pratiquées par nos élèves sont pourtant ignorées d’eux dans leur représentation écrite : il en est fréquemment ainsi du rapport à la langue arabe de nos élèves d’origine maghrébine. Est également souvent oral le premier contact aux langues étrangères, par les chansons, la télévision, le voyage.

« lorsque les élèves parlent en latin, c’est-à-dire lisent à haute voix, questionnent et répondent en latin […] l’appropriation des structures et des tours du discours en latin se fait alors intuitivement, rapidement et de manière plus profonde » extrait du document LCA – Refondation pédagogique – oraliser le latin

Une langue est un système. Complémentaire et indissociable de la lecture, la formation d’énoncés permet une compréhension en profondeur de ce système par ses pauses, ses ensembles, ses articulations. La création d’énoncés corrects est le signe de l’appropriation la plus complète de la langue : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement... Enjeu majeur de la communication, la nécessité de se faire écouter et comprendre par le destinataire oblige à structurer son énoncé en vérifiant sa cohérence énonciative par le choix des reprises nominales ou pronominales, son organisation chronologique par l’emploi des temps ou des adverbes et son enchaînement logique par l’emploi de subordonnants ou coordonnants. Cela impose également de maîtriser le lexique propre à chaque sujet du discours en utilisant le terme adéquat. Dire est ainsi une activité fondamentalement liée à la maîtrise de la langue et à son apprentissage

La formulation d’énoncés en langues anciennes dans son aspect utilitaire, parallèle à l’emploi d’une langue vivante, ne satisfait pourtant de prime abord ni l’enseignant, par sa difficulté à trouver des formules appropriées à tous les événements de la vie quotidienne, ni les élèves, par leur impossibilité à communiquer en langues anciennes hors du groupe-classe. Que dire et à qui ? Le dire pour dire ne constitue pas un acte mobilisateur en soi, la dimension communicationnelle étant au cœur du processus langagier. Recréer les possibles d’une véritable communication en langue ancienne est une des difficultés de l’exercice. Autant la posture de locuteur est celle qui permet d’entrer dans le dire, autant manquent à la situation de communication en langues anciennes son énoncé et son récepteur. Le besoin de nos élèves de s’intégrer dans un système linguistique revient à un besoin de communiquer que le dialogue avec les textes anciens ne constitue, pour eux, aucunement.

Ce besoin de communiquer, accompli naturellement dans la dimension orale de la langue, installe une difficulté supplémentaire en langues anciennes. Le latin, langue accentuée, demande une maîtrise orale difficilement atteignable par des élèves au début de leur apprentissage. Deux modalités différentes de création d’une situation de communication en langue latine ont donc été tentées. La première s’est confrontée aux difficultés de la production d’énoncés oraux en latin. Il s’agissait pour les élèves de doubler en latin un extrait filmique. La seconde a choisi de répondre au besoin de l’élève de produire des énoncés destinés à être reçus tout en supprimant les écueils de l’oralisation par une restriction au domaine de l’écrit. Il s’agissait d’établir une correspondance en latin avec un établissement étranger. La création et la diffusion de ces énoncés ont permis à deux classes de Quatrième et Troisième de comprendre et s’approprier en profondeur des systèmes linguistiques, tant celui de la langue française que celui du latin.

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