Entrer dans la lecture d’une œuvre intégrale

, par Gaëlle Chauvineau

travail proposé par Clémentine Muribia

Niveau : première générale

Objet d’étude : le roman et ses personnages

Textes : extraits du Hussard sur le toit de Giono .Editions Folio

Introduction

Cette séquence sur le roman se situait en début d’année et portait sur une œuvre intégrale le Hussard sur le toit de Jean Giono.Elle a été réalisée dans une classe de première ES de niveau correct mais assez dispersée et peu investie dans l’ensemble. La difficulté de faire lire les élèves et surtout des œuvres longues est une préoccupation constante chez tous les professeurs. D’où l’idée de ce débat préliminaire à l’étude de l’œuvre au cours duquel les élèves pourraient s’exprimer librement et qui permettrait d’orienter l’étude du roman afin de faire évoluer leurs représentations. La réflexion portera ici uniquement sur les séances 1 et 3, c’est-à-dire sur l’entrée dans l’étude du roman ,ainsi que sur la dernière séance sans rentrer dans le détail de l’étude du livre.

La séquence : tableau à télécharger

Mots clés

Parole le long et autour du texte

Les élèves ont abordé cette oeuvre après un premier groupement de textes consacré à la rencontre amoureuse ( « Lancelot en prose », « La Princesse de Clèves », « Manon Lescaut », « Le Rouge et le Noir », « Aurélien ») et la lecture cursive de « Le Rouge et le Noir », qu’ils avaient trouvé déjà très long.
Nous avons tout d’abord échangé sur leur perception du livre. J’ai donc sollicité leurs réactions. Les premiers avis sont assez négatifs : « c’est long », « c’est ennuyeux », »trop de descriptions », « trop de dialogues », « c’est dégoûtant le choléra », « cet Angelo, quel prétentieux ! », « pourquoi Angelo et Pauline n’ont -ils pas de véritable relation amoureuse ? ».
La discussion est lancée après les deux dernières remarques. Certains élèves réagissent en disant qu’Angelo n’est justement pas si sûr de lui, mais tous déplorent l’inaboutissement de cet amour entre les deux protagonistes. Cela ne leur semble pas « logique ».La plupart, clairement, n’ont pas aimé le roman même si quelques avis divergents se font néanmoins entendre. Certains avouent à ce moment là qu’ils n’ont pas tout lu, se sont contentés parfois du film. J’espère les faire changer d’avis, ou tout au moins leur permettre d’évoluer. Pour cela je leur demande comme l’avait suggéré une collègue du groupe de travail de choisir leur passage préféré dans le le livre et de justifier leur choix. Ce travail se révèlera par la suite très profitable pour eux comme pour moi, tant par la diversité des passages choisis, que de ce qu’ils ont révélé des élèves eux-mêmes .Certains me diront plus tard que finalement ils ont bien aimé .le livre « malgré tout ! ».
A la fin du cours je leur demande quelles sont leurs attentes, en général, lorsqu’ils lisent un livre. Voici leurs réponses : « que ce soit court », « pas trop de descriptions »,il faut une vraie histoire d’amour », »de l’action », « pas trop de discours »...

Lecture analytique

En ce qui concerne les lectures analytiques j’ai décidé de travailler sur différentes facettes du personnage d’Angelo mais aussi sur ses relations avec les autres personnages, Pauline, sa mère , et sur la dimension symbolique de certains passages, comme les deux descriptions du grenier.
Nous commençons par une lecture de l’incipit et je suggère aux élèves de définir l’horizon d’attente, à partir du titre et de ce début. Ils se lancent dans diverses réponses comme ils ont l’habitude de le faire, sans hiérarchie ni classement. Nous opérons un tri plus tard. Ils relèvent le fait que c’est un début « in medias res », qu’on a un personnage nommé mais pas présenté, ils relèvent les caractéristiques du paysage et du climat, le sud, la chaleur. Le mystère du titre n’est pour l’instant pas levé.
A la séance suivante, nous entamons notre première lecture analytique : la découverte des cadavres au hameau des Omergues et le premier contact du héros avec ce qu’il ne sait pas encore être le choléra. Je lis le texte qui est assez long et leur propose de réagir. Ils peuvent là encore tout dire sur le texte, leurs impressions (« c’est dégoûtant ! », « c’est gai, , « il fait chaud), des remarques sur le point de vue (« Angelo se parle, on voit à travers son regard »), des remarques plus techniques (« c’est une description », « il y a des comparaisons, des métaphores »).L’élève qui avait trouvé Angelo prétentieux confirme son interprétation en relevant le mot « évidemment ».
A la fin de la séance je leur demande de trouver des axes de lecture. Ils proposent « l’atmosphère », « la découverte des cadavres », « la description », « le personnage d’Angelo ».

Echos

A la fin de notre étude je leur demande ce qu’ils ont trouvé d’intéressant dans ce passage. Les élèves insistent sur l’aspect « mystérieux » de cette découverte, sur son côté « macabre », une élève emploie le mot « synesthésie », cela lui rappelle « Aube » de Rimbaud que nous avons déjà étudié. Un autre propose un poème de Baudelaire « Correspondances ». Je leur parle aussi de « La Ballade des pendus » de Villon. Nous en venons à parler de la notion de réécriture et même du plagiat. L’échange visiblement les intéresse, nous évoquons aussi le thème de la rencontre amoureuse et les relations entre les divers textes de ce groupement.

Attitudes

J’ai pu remarquer la difficulté des élèves à rentrer dans la lecture d’œuvres longues et difficiles mais aussi leur capacité à réagir quand on les y incite. J’ai observé les élèves tout au long des cours : les comportements sont très différents : certains notent tout, d’autres attendent que le temps passe, quelques uns s’investissent véritablement à l’oral.J’ai essayé de partir , dans la mesure du possible ,de leurs constatations et de leurs impressions, souvent justes, pour nourrir notre échange, sans jugement de valeur, mais en essayant de nourrir leur réflexion et d’ouvrir leurs horizons. Il y a donc une part d’imprévu dans le cours même si je sais où je veux les emmener en définitive. Tous ne sont pas sensibles à cette démarche mais il me semble que solliciter leur regard sur le texte ne peut que leur être profitable et ce pas seulement dans la perspective de l’examen.

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