Comment penser l’explication linéaire ? Série : la lecture linéaire

, par BERNOLLE Marie-Anne, Rattachée à la DAFOR , Chargée de mission pour l’Inspection de Lettres

Deuxième article de la série la lecture linéaire au lycée

Cet article Comment penser l’explication linéaire ? s’intéresse au travail du professeur à son bureau et fait la synthèse des éléments à avoir en tête pour élaborer l’explication linéaire, telle qu’elle peut être attendue dans le cadre des nouveaux programmes 2019.
Il a été rédigé en s’appuyant :
- sur les documents d’accompagnement : « L’explication linéaire » et « Exemple de mise en œuvre »
- sur les préconisations de l’Inspection Académique de Lettres.

Première approche

Essai de définition

Le terme « explication » est étymologiquement lié au latin ex-plicare. « Expliquer » un texte, c’est à proprement parler en déplier, en faire se déployer le sens.
La démarche de l’explication linéaire suppose donc de développer le sens en montrant comment le texte progresse dans l’ordre linéaire de la lecture.

Ce que l’explication linéaire ne doit pas être

L’explication ne doit pas se limiter in fine, ni en classe ni dans la bouche de l’élève à l’épreuve de l’E.A.F., à :

  • un simple énoncé de ce que dit le texte (à proprement parler « une paraphrase »),
  • une explication mot à mot et ligne à ligne de ce que dit et veut dire le texte,
  • un passage en revue, dans l’ordre linéaire, des procédés mis en œuvre.
  • une organisation stricte ou figée en axes correspondant aux différentes « parties » du texte

La place de la paraphrase dans le processus

Un travail de paraphrase éclairée est :

  • la reformulation de ce que dit ET veut dire le texte,
  • le premier stade bien entendu de l’explication, a fortiori pour les textes dont le sens échappe à la première lecture, pour expliciter le sens du texte,
  • un passage obligé avec les élèves, pour assurer l’appropriation du sens du texte (en classe) et faire montre de la compréhension de ce même sens (à l’E.A.F.)
    MAIS
    il ne doit pas être la fin de l’exercice.

Tisser le sens du texte

La métaphore du tissage rend assez bien compte de ce que peut être la démarche de l’explication linéaire ; et elle est directement utilisable avec les élèves. Autre métaphore qui fonctionne bien, celle de la tresse.

Un ordre linéaire repensé

  • S’appuyer sur l’ordre linéaire de progression du texte ne signifie pas dire tout sur tout, au même moment du texte.
  • Cela suppose :
    - de sélectionner ce que l’on dit en tenant compte du moment où l’on se trouve de la progression linéaire du texte ;
    - de ménager des annonces pour des éléments que l’on choisit de reprendre dans une synthèse plus tard ;
    - de revenir en arrière ou d’avancer dans le texte en rassemblant tous les éléments utiles au moment choisi pour élaborer la synthèse sur un aspect donné du texte.
  • Il s’agit :
    - de construire un discours sur le texte (méta-discours) qui a sa logique propre, mais qui s’appuie sur ce qu’on a vu et veut dire de la construction et de la progression du texte ;
    - d’appuyer la stratégie argumentative du discours de commentaire sur la logique interne du texte pour faire apparaître au fil de l’analyse la manière dont se construit le sens du texte.

Nature du discours de commentaire

Le discours de commentaire de l’explication linéaire relève tout à la fois :

  • du discours de paraphrase :
    - qui se développe en parallèle du texte d’auteur,
    - qui explicite ce que dit / raconte / donne à voir le texte, en particulier la situation évoquée par le texte (quand il s’agit de textes narratifs, théâtraux, voire de textes poétiques)
    - qui ressortit à un travail de compréhension du texte.
  • du discours de poétique :
    - qui décrit
    les moyens lexicaux / grammaticaux/ stylistiques mis en oeuvre,
    au niveau de la phrase / du texte / du discours,
    - qui de ce fait vient en justification du discours d’explicitation,
    - qui ressortit à un travail d’observation et de justification pour montrer comment fonctionne le système de signification du texte.
  • du discours d’analyse de la portée du texte :
    Soit
    - ce que dit le texte en soi, ce qui constitue le premier degré de signification ;
    - à quelle intentionnalité il répond,
    du point de vue de l’auteur,
    dans le contexte historique / social / culturel / artistique de l’écriture ;
    - ce qu’il veut dire,
    du point de vue du lecteur aujourd’hui,
    dans le contexte de sa réception.

In fine

Une explication linéaire se construit au fil de la progression du texte, avec souplesse, en tressant ce qui est dit, comment cela est dit — avec quels moyens et selon quelle stratégie –, de façon à rendre compte la visée du texte à la fois dans l’intention probable de l’auteur et en intégrant les perceptions du lecteur.

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