De l’histoire personnelle à l’histoire du monde Ecrire et réaliser un témoignage sur un événement majeur du XXeme siècle

, par Aurélie de Mattéis

L’objectif de ce projet est d’amener les élèves à comprendre que les événements majeurs étudiés lors de leur année de troisième ont été vécus par des individus, peut-être des membres de leur famille ou des amis. Ce projet a été mené dans le cadre des TRAAM 2015-2016


Les événements historiques sont souvent perçus par les élèves avec une certaine distance : ils apprennent des faits sans réaliser que derrière chaque événement se cachent des individus.
Ce projet, mené avec une classe de troisième, dans le courant du mois de février, devait leur permettre de donner vie aux événements étudiés et de s’identifier aux héros et aux témoins de l’histoire du XXeme siècle.

Lire pour comprendre les processus d’écriture du témoignage

Ce projet a été réalisé après l’étude des procédés du récit d’enfance. Les élèves se sont interrogés sur les caractéristiques du récit rétrospectif. La séquence suivante leur a permis de comprendre les spécificités du témoignage à travers l’étude d’extraits de La boue de Blaise Cendrars ou de Si c’est un homme de Primo Lévi et de s’interroger sur les limites du témoignage à travers l’analyse d’extraits de L’écriture ou la vie de Jorge Semprun et de planches de Maus d’Art Spiegleman.

Interroger l’histoire individuelle au regard de l’histoire collective

Afin d’impliquer les élèves dans la réalisation des films, ils sont invités à remplir un questionnaire leur demandant si un membre de leur entourage aurait pu participer à un des événements étudiés en histoire cette année. Il est nécessaire de prendre des précautions avant de demander aux élèves de se plonger dans l’histoire familiale : les parents d’élèves ont été avertis de cette démarche lors de la réunion de rentrée, en début d’année. Certains élèves ont émis le souhait de ne pas participer à cette recherche. D’autres sont venus avec des documents familiaux : lettres de poilus, photographies. Certains ont pu interroger leurs grands-parents.

Les élèves sont ensuite répartis en groupes en fonction des chapitres majeurs du programme d’histoire de 3ème et de leurs réponses lors du formulaire :

  • Le front pendant la première guerre mondiale
  • Les femmes pendant la première guerre mondiale
  • La résistance
  • Le front pendant la deuxième guerre mondiale
  • La dictature au Portugal
  • La mise en place de l’euro

Il s’est posé deux difficultés : un premier groupe devait travailler sur la mise en place de l’euro mais n’a pas trouvé ce sujet suffisamment intéressant. Les élèves devaient assister quelques jours plus tard au témoignage de M. Uberjtel, déporté à Auschwitz lorsqu’il était enfant : ils ont demandé à travailler sur ce sujet.
Un autre groupe a demandé à travailler sur la guerre d’Algérie, ils ont souhaité rédiger deux témoignages, un du côté des Français, l’autre du côté des indépendantistes. Leur proposition était très convaincante, ils n’ont malheureusement pas réussi à finaliser leur idée, un des membres du groupe ayant quitté l’établissement pendant la séquence et un autre membre du groupe n’ayant pas fourni le travail attendu.

Organiser le travail de groupe

Pour la réussite du projet, il est essentiel de constituer des groupes hétérogènes afin que les élèves puissent s’entraider. L’association de l’écriture et du montage vidéo permettait à chaque élève d’apporter ses connaissances au groupe.
Le projet était divisé en plusieurs étapes, chacune d’elle était évaluée. Les membres du groupe étaient co-évalués par leurs camarades et s’auto-évaluaient afin de mesurer l’investissement de chacun.

Construire sa production

Première étape : le plan de la rédaction

Deuxième étape : le plan détaillé

Troisième étape : la recherche des images d’archive

Eduthèque est un portail qui donne accès à différentes ressources pédagogiques en partenariat avec des établissements publics à caractère culturel et scientifique.
Un compte élève a été créé sur le site Eduthèque qui permet l’accès aux ressources de l’INA-Jalon.

Ils ont donc sélectionné une série de documents. Le professeur, une fois son compte créé, peut les télécharger et les mettre à disposition sur les tablettes afin que chaque groupe puisse réaliser le montage.

Quatrième étape : la rédaction du témoignage

Chaque membre du groupe était responsable d’une partie de la rédaction. Il pouvait s’appuyer sur son cours d’histoire, les images d’archives et la fiche réalisée autour de l’élément traité. Les critères de réussite de l’exercice avaient été définis lors de la première étape.
La rédaction du témoignage leur permettait de réinvestir le vocabulaire des sentiments et des sensations. Les descriptions devaient être précises : il fallait à la fois prendre en compte ce qui était représenté sur les images mais aussi développer toutes les sensations qui n’étaient pas représentables : l’ouïe, l’odorat, le toucher.
Le groupe devait ensuite réunir l’ensemble des travaux écrits afin de les corriger et de proposer un ensemble cohérent. Le plan détaillé, validé en amont, a permis de guider les élèves les plus en difficulté. L’évaluation étant à la fois individuelle et collective, les autres membres du groupe devaient aider leurs camarades.

Cinquième étape : le montage final et l’enregistrement du témoignage

Le texte est alors enregistré sur la tablette. Les élèves devaient proposer une lecture dynamique de leur production. La principale difficulté lors du montage a été de faire coïncider les images au texte. Peu de groupes ont réussi. Cependant, ils ont donné vie à leur récit.
La projection finale des travaux des élèves a permis de revenir sur les critères de réussite de l’écriture du témoignage et de vérifier la véracité des faits historiques. Ainsi, un groupe travaillant sur la résistance a commis plusieurs erreurs qui ont été remarquées par la classe. La plupart ont pu découvrir l’histoire du Portugal.

Le bilan

Des élèves intéressés :

Ce projet a motivé et intéressé les élèves. Ceux, plus en difficulté ont été portés à la fois par l’aspect vidéo du projet mais aussi par le reste du groupe. Chacun a pu trouver sa place et mettre en valeur ses capacités. C’est le cas notamment du groupe, très hétérogène, travaillant sur les femmes pendant la première guerre mondiale. Un élève en difficulté à l’écrit mais très à l’aise avec le montage vidéo s’est investi avec sérieux dans le projet, n’hésitant pas à reprendre les travaux des autres membres du groupe.

Un autre regard sur le cours d’histoire

Les élèves se sont plongés dans leur cours d’histoire et ont compris les enjeux des événements. Certains ont lu des témoignages de membres de leur famille. Ils ont compris que leurs personnages n’étaient pas si éloignés d’eux.

Ce projet a également permis de favoriser l’apprentissage du cours d’histoire : Le professeur de la classe s’appuiera sur leurs productions pour construire le cours pour les périodes qui n’avaient pas encore été étudiées au moment du projet. De plus, Les élèves ont pu construire des fiches de synthèse sur les périodes travaillées qu’ils ont partagées avec le reste de la classe et qui les aideront à réviser leur brevet.

Faire écrire l’ensemble des élèves

La répartition du travail indiquait que tous les élèves devaient écrire une partie du témoignage et que tous les écrits devaient pouvoir être évalués. Chaque groupe avait la liberté de se répartir le travail : certains élèves pouvaient écrire plus que d’autres. Cependant, tous les membres du groupe devaient s’accorder sur la production finale. Ainsi, la relecture commune de l’ensemble des travaux permettait de revenir sur les critères de réussite et de corriger les erreurs. .

Comment motiver l’ensemble des membres du groupe ?

Cette question a été un enjeu majeur du projet. Le travail de groupe, la co-évaluation et l’auto-évaluation sont des fonctionnements habituels du cours de français. Les règles sont fixées dès le début de l’année. Les élèves connaissent donc les attentes et portent un regard plutôt objectif sur leur motivation et leurs productions. Les critères d’auto-évaluation et de co-évaluation ne portent pas uniquement sur la production mais aussi sur la proposition d’idées, l’écoute, l’implication et le sérieux.
Dans le cadre de ce travail, les élèves ne pouvaient pas avancer le travail seuls et les groupes étaient très hétérogènes. Les affinités n’étaient pas respectées. Cependant, chaque membre du groupe était écouté et devait s’exprimer. Dans l’ensemble, chacun a trouvé sa place. Des élèves plus introvertis étaient motivés par la note choisie par leurs camarades lors de la phase d’évaluation. Les élèves en difficulté pouvaient ainsi être évalués de manière positive et prenaient confiance en leurs capacités.
Cependant, un groupe n’a pas compris les consignes malgré les nombreuses reprises en classe. C’était le groupe le plus hermétique au projet : d’abord parce qu’ils ne se sentaient pas confiants : leur groupe leur semblait plus faible que les autres. De plus, un élève était régulièrement absent, enfin ils ne comprenaient pas l’objectif final et ne fournissaient pas le travail attendu à la fin de chaque étape. Il leur était précisé régulièrement les modifications à effectuer afin d’améliorer leur production et surtout de répondre à la consigne. Ils avaient aussi la possibilité d’avancer le travail à la maison afin de ne pas prendre de retard.

Exemple de production : Les femmes pendant la première guerre mondiale

Exemple de production : Verdun

Voir en ligne : Eduthèque

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