Le Prix lycéen de la critique, une nouveauté dans l’académie de Versailles Concours de critique littéraire d’une oeuvre de la sélection Goncourt

, par BACH Ariane, Lycée Jean-Jacques Rousseau, Sarcelles

Description du projet :

Le concours d’écritures critiques est une innovation de l’Académie de Versailles, en partenariat avec la FNAC, inaugurée au cours de l’année 2010/2011. Si de nombreux concours de critique littéraire existent d’ores et déjà, celui-ci a la double spécificité de s’appuyer sur la sélection du Prix Goncourt et d’exiger de la part des participants qu’ils utilisent les TICE, notamment par la pratique d’hyperliens tout au long du texte critique qu’ils élaborent sous format numérique.

  • Ces hyperliens permettent des approfondissements multiples du discours critique élaboré par l’élève, et le support numérique donne la possibilité de réécrire, amender, raccourcir ou étoffer l’écrit. L’enseignant n’est donc plus invité à juger un devoir fini, mais il a la possibilité d’intervenir au cours du processus d’écriture.
  • On peut également s’interroger sur la pertinence du corpus  : pourquoi s’appuyer sur la sélection du Prix Goncourt ? Deux avantages de poids : l’extrême contemporanéité des œuvres sélectionnées rend la position de l’enseignant moins magistrale. Il n’est plus celui qui « sait déjà », il est (en apparence, du moins !) aussi ignorant face aux textes que ses élèves. Ceci peut avoir pour vertu de déplacer quelque peu la relation enseignant-élève et de faire naître un dialogue que l’on espèrera fécond. Bien sûr l’ignorance de l’enseignant est toute relative... Car s’il est vrai qu’il ne connaît pas les textes plus que les élèves, ses compétences de lecteur expert lui permettent, après lecture, d’inscrire les œuvres qu’il découvre dans des perspectives thématiques, génériques ou formelles, et en cela de guider les élèves dans l’élaboration de leur discours critique. L’autre avantage est la qualité désinhibante que revêt cette sélection, toujours hétérogène : des auteurs-vedettes, des auteurs méconnus, d’autres issus de la francophonie ; des textes longs, des textes courts ; des œuvres ambitieuses, d’autres d’accès plus facile ; des thèmes proches ou éloignés des préoccupations des élèves... Chacun pourra trouver dans cette sélection chaussure à son pied et s’engager dans le processus long de l’écriture critique.

-* Quels bénéfices peut-on retirer d’une telle activité sur le plan pédagogique ?

  • Tout d’abord les élèves seront sensibilisés à l’actualité de la vie littéraire et prendront conscience que la littérature n’est pas que patrimoniale et sanctifiée. Ils auront en effet l’opportunité d’exprimer un jugement personnel, fût-il négatif, ce que l’étude de textes plus classique rend plus difficile.
  • Ils sont ensuite galvanisés par la perspective de participer à un concours, bien entendu.
  • Enfin, à partir de ce jugement affectif, ils sont conduits à étayer leur propos par des allusions précises au texte : ils se familiarisent avec la pratique de la relecture, et finissent par comprendre la logique du commentaire de texte par l’approche moins scolaire de la critique littéraire. Ils développeront donc leurs compétences de lecteurs.
  • Les enseignants peuvent participer à partir du moment où la sélection Goncourt est connue. L’inscription au concours se fait par la suite, et les productions sont à remettre avant le mois de mars, pour une remise des prix en juin. Les participations des élèves peuvent être individuelles ou collectives.
  • Nous allons maintenant détailler ce qui a été ressenti, à l’issue de cette première édition du Prix lycéen de la critique, par les collègues ayant tenté l’expérience.

1. Le choix du livre

Le nombre élevé de livres sélectionnés par l’Académie Goncourt (entre 12 et 15), pose la question du choix de l’ouvrage à critiquer.

  • On peut envisager de laisser les élèves prendre une décision complètement libre, en les encourageant à se renseigner sur le Prix Goncourt, le Prix Goncourt des lycéens, en leur faisant prendre connaissance des nombreuses critiques publiées à chaque rentrée littéraire.
  • L’enseignant peut également les orienter vers un livre qui ne suscitera pas une adhésion immédiate, ce qui permettra une argumentation plus nuancée ultérieurement.
  • Il est aussi possible pour l’enseignant de pré-sélectionner un certain nombre de livres, les a donner à lire aux élèves et leur faire faire un choix dans cette sélection.
  • Enfin, il peut décider d’autorité de titre à critiquer, ce qui facilitera l’élaboration de son cours en regard de cette activité.

2. L’acquisition des livres

Les livres étant publiés à la rentrée, ils n’existent pas en format de poche. Des réserves peuvent donc naître quant au prix des ouvrages. Pour y remédier, plusieurs pistes peuvent être explorées, selon la personnalité de chacun et les possibilités locales.

  • On peut encourager un achat personnel. Malgré le prix relativement élevé des ouvrages, il semble important de promouvoir auprès des élèves l’idée de se constituer une bibliothèque personnelle. Pour les élèves dont la détresse financière est connue, on peut proposer une contribution du Foyer socio-éducatif. Si l’on choisit ce mode d’acquisition, on veillera à en aviser les parents par courrier, de façon à éviter toute incompréhension.
  • On peut également choisir de faire acheter les ouvrages par le CDI ou l’établissement.
  • Enfin, il est possible de mettre en place un partenariat avec la bibliothèque municipale.

3. La mise en œuvre de la lecture

Pour que la lecture se fasse, sans que l’on ait recours aux traditionnelles (et souvent inopérantes !) interros de lectures, il paraît important de valoriser l’échange entre les élèves. Différentes pistes sont à explorer, mais la créativité de chacun sera certainement la meilleure solution.

  • Voici un certain nombre d’idées : mise en situation sous forme de comité de lecture filmé, travaux collectifs, débats, ritualisation de l’échange des livres à travers la rédaction de courtes impressions de lecture, création de blogs pour mettre en commun les ressources, partenariats avec un comédien, un historien, un critique, la médiathèque...
  • On pourra également relier ces lectures à la médiatisation du Prix Goncourt des lycéens, et stimuler leur intérêt pour l’actualité littéraire.

4. La critique littéraire

Comment approcher cet exercice informel, et pourtant codifié ?

  • La sensibilisation des élèves à l’exercice de la critique littéraire peut se faire par le biais de comparaisons de critiques de films ou de livres actuels, aussi bien que par l’exploration de sites et blogs ou la familiarisation avec des émissions télé ou radio.
  • Pour articuler la tension entre opinion personnelle et commentaire argumenté, on pourra faire le choix de faire développer progressivement la critique, en proposant aux élèves de tenir un journal de lecture, de rédiger des billets d’humeur spontanés, puis de développer et approfondir leur propos. On pourra également prendre le parti du travail de groupe, où la confrontation d’opinions tranchées conduira les élèves à une argumentation plus solide et l’élaboration d’un discours construit et nuancé.
  • On profitera de cet exercice pour établir un lien entre l’exercice informel de la critique littéraire, et celui, institutionnel, du commentaire de texte. L’expérience émotionnelle et spontanée à l’origine du discours critique dans le cas de la critique littéraire, sera un moyen de permettre aux élèves de faire leur, ultérieurement, un exercice de commentaire littéraire dont les contraintes formelles sont souvent vécues comme artificielles.

5. L’aspect numérique

L’aide du support informatique est un passage obligé pour participer à ce concours, puisque la mise en place de liens hypertexte élargissant et approfondissant le discours critique est requise. Quels avantages peut-on en retirer ? Quelles difficultés peuvent apparaître ?

  • L’environnement numérique a caractère désinhibant et ludique. Par le biais de l’écran, les élèves parviennent à prendre de la distance avec leur écrit. L’attention à l’orthographe et la syntaxe est améliorée par la prise de conscience qu’ils vont être lus, la possibilité d’amender le texte permet également des réécritures, approfondissements, développements, qui sont souvent spontanés de la part des élèves.
  • La perception de l’enseignant est également déplacée : dans le cadre d’un blog, il peut abandonner sa position magistrale et surplombante, pour laisser le dialogue s’établir entre les élèves, en minimisant ses interventions. On notera aussi que la disparition de la graphie de l’élève dissocie l’écrit de l’individu, et rend le regard de l’enseignant plus objectif, moins sujet aux préjugés que peuvent engendrer des copies sales ou mal écrites.
  • Quand bien même on n’est pas coutumier des TICE dans sa pratique d’enseignant, il ne faut pas être effrayé par la manipulation de l’outil informatique. Certains collègues ont débuté grâce à ce concours l’an dernier, et aucun n’a éprouvé de difficulté.
  • Les bénéfices de l’utilisation des TICE sont nombreux : ils permettent une réduction de l’écart entre le travail scolaire et les pratiques quotidiennes des élèves, mais également une réelle appropriation en raison de la grande liberté possible. La tentation du copier-coller est résorbée du fait que le texte de l’élève apparaît lui-même sur internet. D’autre part la souplesse du support est vue comme propice à un travail en profondeur du texte, et non plus simplement dans la surface linéaire de la lecture ; elle permet également d’accueillir des sources multiples et favorise en cela l’interdisciplinarité ; enfin les élèves peuvent mettre à profit des passions périscolaires comme la danse, le théâtre ou la photographie pour mettre en lumière une interprétation personnelle du texte.

6. La mise en œuvre pédagogique

Concrètement, dans quel cadre insérer ce concours de critiques littéraire ? Accompagnement personnalisé ? Enseignement d’exploration ? Cours de français ? Tout est possible...

  • Le cours de français, que ce soit en Seconde ou en Première. On pourra relier l’activité à l’axe du genre, à travers les objets d’étude le roman/ le récit, présent dans les deux niveaux, mais plus particulièrement en classe de Première, où le champ contemporain est explicitement pris en compte. La participation à ce concours semble aussi adaptée à la classe de Terminale L. Dans ce cas, elle sera envisagée comme une activité autonome, en plus du cours, puisque l’importance du programme chaque année et le nombre d’heures imparties pour le traiter laissent peu de place à ce genre d’excursus. Mais les élèves étant souvent passionnés, ce genre d’activité peut créer un véritable engouement.
  • On pourra également utiliser les heures allouées à l’Accompagnement Personnalisé. Bien que dépendant de la façon particulière dont ce dispositif est mis en place au sein d’un établissement, l’Accompagnement Personnalisé offre toute la souplesse nécessaire à l’accomplissement du projet qui, lui, satisfait aux trois orientations prescrites par les Instructions Officielles. La remédiation et le soutien y sont présents dans la mesure où les élèves sont invités à réécrire leurs texte et les amender ; l’approfondissement est également envisagé dans la mesure où l’élève multiplie ses lectures, développe une aptitude à la recherche en autonomie et une ouverture culturelle ; enfin l’orientation est aussi abordée dans la mesure où l’étude de textes actuels invite à une réflexion sur le circuit du livre, de l’écriture à la commercialisation, et permet donc aux élèves de prendre connaissance des métiers liés.
  • Un dernier cadre possible est l’Enseignement d’Exploration littérature et société, qui permet de construire un véritable projet autour de ce concours, et d’envisager sorties et interventions de professionnels.
  • On n’oubliera pas que l’Histoire des Arts est également une nouveauté du programme 2011. Même s’il s’agit d’un domaine qui a toujours été plus ou moins abordé par les professeurs de Lettres, son enseignement est maintenant formalisé par des Instructions Officielles. La notion d’hypertexte, que le concours d’écritures critiques promeut, permet aisément d’intégrer toutes formes de productions, et d’engager les élèves à une réflexion sur les mouvements artistiques, leur diversité, leur articulation avec les mouvements littéraires.
  • Enfin, quelles que soient les modalités concrètes pour la mise en œuvre de ce projet, il aura certainement pour effet un rayonnement au sein de l’établissement, aussi bien au niveau des autres enseignants que sur les autres élèves. L’élection de la critique lauréate désignée pour représenter l’établissement au concours sera en outre un moment fort.

Voir en ligne : Les lauréats de 2011

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