Améliorer l’oral par un travail en partenariat Aurélie GELLÉ, Ariane BACH, Amélie BEAUFOUR, lycée Jean-Jacques ROUSSEAU, Sarcelles.

, par BACH Ariane, Lycée Jean-Jacques Rousseau, Sarcelles

Le cadre et les objectifs

Dans le cadre de la résidence du théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) au lycée Jean-Jacques Rousseau (Sarcelles), une grande partie du travail conduit avec les élèves a porté sur l’oral. En effet l’année a été ponctuée de deux temps forts, à savoir deux restitutions publiques du travail effectué. Les élèves ont alors été invités à lire sur la scène du Théâtre Gérard Philipe les textes critiques, documentaires ou de créations personnelles qu’ils avaient rédigés. En plus des nombreuses représentations auxquelles ils ont assité, les élèves ont eu la chance d’assister à l’enregistrement d’une émission de Joëlle Gayot (Changement de décor). Cela a été l’occasion d’aborder plusieurs points, l’élocution, la prise en compte de l’auditeur, le travail de mise en voix de l’acteur...

Élocution et mise en voix

  • Un premier aspect du travail a porté sur l’élocution socialement marquée de certains élèves. Plutôt que de passer par une remédiation stigmatisante des habitudes de langage des élèves, les encadrants ont souhaité jouer dessus, afin d’opérer une prise de conscience. Il a donc été proposé aux élèves de surjouer cette façon de parler :


    Ghilas se pose des questions sur le théâtre (janvier 2013)

  • L’incongruité d’adopter un tel parler pour tenir un discours sur le théâtre a conduit les élèves à naturellement changer de posture pour adopter un ton qu’ils jugeaient plus pertinent. On constate ici l’évolution de Ghilas. (avril 2013)


    Cette évolution s’est faite naturellement, sans contrainte particulière.

  • Cependant, un des facteurs qui a le plus contribué au changement est le travail qu’ils ont effectué avec le comédien Pierre-François Garel. En effet, pour mettre en espace et en voix la première lecture des textes critiques écrits par les élèves, le comédien est venu proposer aux élèves des échauffements vocaux et quelques dispositifs favorisant l’occupation de l’espace par leurs corps et leurs voix. L’attention du comédien s’est portée sur la posture et les gestes parasites des élèves. Là encore, plutôt que les stigmatiser, il a cherché à jouer avec et leur a attribué à chacun un accessoire pour les aider à prendre une contenance sur scène. Les effets se font tout de suite sentir : des lunettes sur les yeux de Fahim en font un Gainsbourg nonchanlant, un foulard autour du cou de Sochanda la transforme en actrice capricieuse. Loin d’être superflu, l’objet devient un accessoire de jeu que les élèves utilisent pour « se mettre dans la peau » d’un personnage. Leurs lectures en est transformée et les élèves ont alors pu toucher du doigt la technique du comédien.
  • Le travail de répétition des voyelles


    Il s’agit ici de travailler l’échauffement de la voix et l’articulation des syllabes.
    Ces échauffements ont joué un rôle essentiel car ils ont permis de rendre concret le travail sur la voix d’une part et parce qu’ils ont favorisé les jeux de langage, désormais conscients.

  • Un autre exercice qui a été proposé aux élèves a consisté à leur faire répéter des mêmes segments de phrases. La répétition par plusieurs élèves a également contribué à leur faire prendre conscience de certaines habitudes de langage en jouant sur la musicalité des mots.

La réécriture audio

  • La deuxième partie de ce travail a pris toute son ampleur lors de la seconde restitution de l’année. En accord avec le métier de Joëlle Gayot, journaliste critique de théâtre à la radio, qui a animé cet atelier tout au long de l’année, les élèves ont proposé une lecture de leurs textes critiques au théâtre Gérard Philipe sous la forme d’une fausse émission de radio. Des enregistrements qu’ils avaient effectués lors de l’atelier et qui avait été travaillés par un ingénieur du son ont été diffusés tout au long de cette « émission » de radio. Cet exercice s’est révélé particulièrement intéressant puisqu’à partir des premiers enregistrements, parfaitement spontanés, le montage du son a fait ressortir des tics de langage, des intonations ou des respirations inconscientes. La répétition volontaire de ces éléments dans le montage a fait prendre conscience aux élèves de leurs habitudes de langage. Ainsi Fahim a-t-il été surpris en entendant la répétition d’un mot familier que l’ingénieur du son a choisi de répéter :

Lorsqu’ils ont écouté leurs enregistrements modifiés - le monteur est d’ailleurs venu leur expliquer selon quels critères il avait fait ses choix et quelles intentions dans leurs voix il avait voulu mettre en valeur - les élèves ont pris la mesure des jeux que l’on pouvait proposer grâce à un travail sur l’oral, sur le placement de la voix, mais également sur la répétition consciente des clichés. L’ingénieur du son a même proposé une réécriture à partir de l’enregistrement initial de textes d’élèves.
Voici un exemple du texte initial écrit et dit par Katarina :

Et la réécriture qu’en a proposé l’ingénieur du son :

On constate que le sens même de ce que disait Katarina a été modifié par des rapprochements inattendus. Le résultat peut même être très drôle, comme en témoigne le montage réalisé à partir du texte de Doris :

Conclusion

Cet aspect du travail a été l’occasion d’une véritable prise de conscience de la part des élèves concernant l’effet qu’ils pouvaient produire sur un auditeur à l’oral, les tics et autres habitudes de langage qu’ils reproduisent inconsciemment, le travail complexe de mise en voix tel qu’il est pratiqué par un comédien. Il a ainsi permis aux élèves de s’entraîner à une lecture orale vivante de leurs textes, ainsi qu’une appréhension du sens d’un texte par le jeu, ce qui leur sera utile lors de l’épreuve orale anticipée de français.

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