La prise en compte de l’oral au lycée Séminaire au Plan National de Formation - Journées des 8 et 9 mai 2019

, par BERNOLLE Marie-Anne, Rattachée à la DAFOR , Chargée de mission pour l’Inspection de Lettres

L’oral est souvent pensé comme un moyen et non comme une fin.
Il s’inscrit alors dans une trajectoire vers l’écrit, compétence qui reste dominante dans notre système d’évaluation : le « parler » serait en quelque sorte le brouillon de l’écrit.
Or, l’écrit est une démarche de pensée conscientisée contrairement à l’oral qui propose une démarche de tâtonnement que l’on peut rapprocher du genre de la conversation.
Comment intégrer dans notre enseignement un enseignement à l’oral ?

Synthèse élaborée par Julie FERNANDEZ

INTRODUCTION
La réforme du baccalauréat propose en classe de terminale un grand oral final de vingt minutes ; cela témoigne de ce que l’oral est devenu un objectif fondamental. Il s’agit, en effet, de redonner à la compétence orale une place, parce que celle-ci est importante pour la vie professionnelle et citoyenne.

À une époque qui voit se déployer les concours d’éloquence, il ne s’agit pas de réduire cette compétence à cela. L’oral peut faire l’objet d’un apprentissage progressif et précis qui ne doit pas concerner le seul professeur de lettres. Ces deux journées ont été marquées par la pluridisciplinarité des intervenants et participants : l’oral concerne toutes les disciplines et s’apprend à tous les niveaux.

Cependant, le lycée constitue un temps décisif dans le parcours de l’élève.

Quel oral ?

Trois types d’oral

On peut repérer trois types d’oral au lycée :

  • celui qui relève de la vie scolaire ;
  • celui de la classe, qui fait avancer le cours, où alternent oral individuel et collectif ;
  • celui des examens et concours, un oral compétitif qui constitue un défi envers soi.

Il y aurait donc une forme de tension entre un oral normé et un oral spontané qu’il ne faut pas négliger.

Trois questions

Trois questions essentielles se posent.

  • Comment mieux prendre en compte la parole de l’élève ?
  • Quels projets encourager pour la favoriser ?
  • Comment mettre en œuvre et évaluer ces compétences orales ?

L’oral est souvent un oral « écrit » et formalisé. On prépare plus, au fond, à ce que les élèves vont dire, qu’à la manière de le dire. La forme doit aussi prendre une place centrale.

L’oral, cela s’apprend.

Travailler l’oral

Un travail sur l’oral peut s’envisager selon trois angles  :

  • la maîtrise de la langue
  • la maîtrise de soi
  • la construction de compétences sociales liées à la construction d’opinions et de valeurs.

Argumenter et débattre

La question de la pratique de l’oral touche aussi au champ de l’argumentation, à celui du débat. Elle pose l’élève comme sujet mouvant, qui se construit des opinions et doit se confronter à celles des autres. Les dispositifs en îlots peuvent favoriser des temps d’échanges auxquels un élève en difficulté pourra (ou osera) plus participer que s’ils se déroulent dans le cadre du groupe formé par la classe.

Maîtriser l’art oratoire

L’intervention de Cyril Delhay, professeur et conseiller d’art oratoire à Sciences Po Paris a mis en valeur l’idée selon laquelle « l’oral ça s’apprend ». Un véritable oral est à entendre comme étant une prise de parole debout et sans notes. Il est une véritable activité physique, un engagement corporel. Il y aurait donc bien un art oratoire - avec sa technique et ses méthodes -, idée qui s’oppose à celle selon laquelle l’oral est un talent. La formation des élèves peut donc se faire à l’aide de démarches issues de la pratique théâtrale.

Évaluer l’oral

Se posent enfin les questions de la « fixation » et de l’évaluation de l’oral.

Expérimentation à l’entrée en seconde

L’écrit est évaluable comme trace. Or, on pense souvent l’oral comme une forme éphémère transitoire. Certains lycées ont expérimenté, lors des tests d’entrée en classe de seconde, des démarches très intéressantes qui visent à n’évaluer que les compétences orales (au-delà de la « bonne » ou « mauvaise » réponse) :

  • une auto-évaluation de l’élève à l’issue du test l’invitant à prendre conscience de son oral : difficultés, stress, stratégies de réponses ...
  • une photographie de la posture corporelle de l’élève - ce qui permet d’évaluer la forme et non le fond.
  • un enregistrement audio qui peut être réécouté et donc retravaillé/évalué grâce à une retranscription écrite permettant de mieux rendre compte du flottement syntaxique de l’oralité ou bien encore du tâtonnement de la pensée.
  • une évaluation du temps de parole entre « interrogateur » (professeur) et « élève », à l’aide d’un découpage des ondes sonores en deux lignes visuelles.

Cette expérience montre que lorsqu’on guide l’élève vers un sujet plus personnel, que l’on pose des questions ouvertes et qui n’attendent pas une réponse mais bien une posture, un engagement, la prise de parole se déploie beaucoup plus : le locuteur s’implique davantage dans une production personnelle. La question de l’oral concerne donc non seulement ceux qui sont évalués, mais aussi ceux qui évaluent : l’oral de l’enseignant peut aussi être interrogé comme vecteur d’un déploiement, d’une incitation à la prise de parole.

Pour une évaluation transversale

Enfin, si l’oral concerne toutes les disciplines, alors on peut envisager d’élaborer des critères communs, de travailler avec tous les enseignants et avec les élèves sur la mise en place d’une forme de grille commune qui allierait la forme (regard, interaction, capacité d’écoute, articulation/diction, utilisation de l’espace, respect du temps imparti, gestuelle, respiration/placement de la voix, débit, implication/engagement/présence) et le fond (capacité à se détacher de ses notes, organisation, cohérence du propos, connaissances, capacité à développer une argumentation, propos dans le sujet, justesse du propos, vocabulaire spécifique), cette forme et ce fond étant à penser comme un continuum.

CONCLUSION
À l’issue des deux journées, aucune annonce n’a été faite sur les modalités d’épreuve du grand oral. Il faudra réfléchir et construire collectivement cet enseignement en s’interrogeant aussi sur des modalités pratiques :

  • qui enseigne cet oral ?
  • formé par qui et comment ?

Ressources

  • "La prise en compte de l’oral au lycée : travailler les compétences orales avec les élèves".
    Retrouvez des ressources autour de ce séminaire, sur Eduscol, :

Notes

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