Séance n°14. Structurer une description

, par PLAISANT-SOLER Estelle, Collège Les Martinets, Rueil-Malmaison

STRUCTURER UNE DESCRIPTION

Dominante : Lecture

SUPPORTS

- Selma Lagerlöf. Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède
- J.K. Rowling, Harry Potter et la chambre des secrets
- Antoine de Saint-Exupéry. Terre des hommes

OBJECTIFS

- Etudier les différentes façons de structurer une description : structuration spatiale ou temporelle, correspondant à une description postée ou itinérante.
- Faire varier l’ordre de la description.
- Réinvestissement pour l’expression écrite : choisir et agencer les éléments de la description

TRAVAIL PRÉPARATOIRE A LA SÉANCE

TEXTES : STRUCTURER UNE DESCRIPTION

TEXTE 1. Selma Lagerlöf. Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède

Le garçon et les oies s’étaient à peine élevés dans les airs qu’ils aperçurent une hauteur aux parois presque verticales et au sommet tronqué. Ils comprirent qu’il devait s’agir du Taberg. [...]
La forêt poussait haut sur les pentes de Taberg mais le sommet était nu et, de là, on voyait loin de tous les côtés. A l’est, au sud et à l’ouest, il n’y avait rien d’autre à voir qu’un haut plateau pauvre couvert de sombres forêts de sapin, de marécages bruns, de lacs gelés et d’arêtes rocheuses bleuâtres ; et le garçon ne put s’empêcher de penser que celui qui avait créé ça l’avait fait à la hâte et ne s’était effectivement pas donné beaucoup de peine. Mais quand on tournait le regard vers le nord, tout était différent. Là, le pays semblait avoir été formé avec infiniment d’amour et de soin. De ce côté-là, on ne voyait que de jolies montagnes, de douces vallées et des rivières qui serpentaient jusqu’au lac Vättern, déployé dans toute son étendue libre de glace, claire et brillante, et qui étincelait comme s’il avait été plain non pas d’eau mais de lumière bleue.

TEXTE 2. Antoine de Saint-Exupéry. Terre des hommes

Le pilote qui se dirige vers le détroit de Magellan, survole un peu au sud de Rio Gallegos une ancienne coulée de lave. Ces décombres pèsent sur la plaine de leurs vingt mètres d’épaisseur. Puis, il rencontre une seconde coulée, une troisième, et désormais chaque bosse du sol, chaque mamelon de deux cents mètres porte au flanc son cratère. Point d’orgueilleux Vésuve : posées à même la plaine, des gueules d’obusiers.
[...] Plus loin, des volcans plus anciens sont habillés déjà d’un gazon d’or. Un arbre parfois pousse dans leur creux comme une fleur dans un vieux pot. Sous une lumière couleur de fin de jour, la plaine se fait luxueuse comme un parc, civilisée par l’herbe courte, et ne se bombe plus qu’à peine autour de ses gosiers géants. Un lièvre détale, un oiseau s’envole, la vie a pris possession d’une planète neuve, où la bonne pâte de la terre s’est enfin déposées sur l’astre.
Enfin, un peu avant Punta Arenas, les derniers cratères se comblent. Une pelouse unie épouse les courbes des volcans : ils ne sont plus désormais que douceur. Chaque fissure est recousue par ce lin tendre. La terre est lisse, les pentes sont faibles, et l’on oublie leur origine. Cette pelouse efface, du flanc des collines, le signe sombre.
Et voici la ville la plus au sud du monde, permise par le hasard d’un peu de boue, entre les laves originelles et les glaces australes. Si près des coulées noires, comme on sent bien le miracle de l’homme ! L’étrange rencontre ! On ne sait comment, on ne sait pourquoi ce passager visite ces jardins préparés, habitables pour un temps si court, une époque géologique, un jour béni parmi les jours.

TEXTE 3. J.K. Rowling, Harry Potter et la chambre des secrets

Ron appuya sur un petit bouton argenté aménagé dans le tableau de bord. Aussitôt, la voiture disparut... et eux aussi. Harry sentait le siège vibrer sous lui, il entendait le moteur, sentait ses mains sur ses genoux, ses lunettes sur son nez, mais tout ce qu’il voyait, c’était la rue sinistre qui s’éloignait au-dessous d’eux tandis que la voiture invisible s’élevait dans les airs.
« Allons-y plein gaz, dit Ron. »
Les immeubles alentour sortirent de leur champ de vision. Bientôt, ils virent toute la ville de Londres s’étaler sous leurs yeux, baignée de brume et de lumières. [...]
« Et maintenant ? dit Harry en regardant la masse compacte de nuages qui les enveloppait.?
- Il faut qu’on repère le train pour savoir dans quelle direction aller.?
- Redescends un peu... »
Le Poudlard Express filait au loin comme un serpent écarlate.
« Plein nord, dit Ron en jetant un coup d’œil à la boussole du tableau de bord. Il suffira de vérifier toutes les demi-heures qu’on est dans la bonne direction. »
Et la voiture remonta en flèche, traversant la couche des nuages pour voler en plein soleil.
« Il faut faire attention aux avions, maintenant, dit Ron. »
Ils échangèrent un regard et éclatèrent de rire. Pendant un long moment, il leur fut impossible de retrouver leur sérieux. [...]
Régulièrement, ils descendaient sous la couche de nuages pour vérifier que le train était toujours en vue. Londres était loin à présent et le paysage changeait sous leurs yeux : la verdure des prés avait laissé place à des landes aux couleurs pourpres. On apercevait tour à tour des villages avec de minuscules églises et des villes plus grandes sillonnées de voitures qui ressemblaient à des insectes multicolores. [...]
« Ça ne doit plus être très loin, maintenant, dit Ron d’une voie enrouée tandis que le soleil descendait sur la couche de nuages en les baignant d’une lueur rose. On va jeter un coup d’œil au train. Prêt ? »
L’express était toujours là, serpentant entre des montagnes aux sommets enneigés. Il faisait beaucoup plus sombre.[...]
Lorsqu’ils redescendirent sous les nuages, ils scrutèrent l’obscurité pour essayer de repérer sur le sol un endroit familier.

QUESTIONS PORTANT SUR LES TROIS TEXTES

- 1) Où est placé l’observateur ? Relevez les termes qui indiquent sa position ou son déplacement ?
- 2) Sans recopier le texte, faites la liste des principaux éléments composant chaque paysage. Comment passe-t-on d’un élément du décor à un autre ? Quel ordre chaque auteur suit-il pour présenter le paysage ?
- 3) Relevez les termes qui permettent de situer les éléments du décor les uns par rapport aux autres.

DÉROULEMENT DE LA SÉANCE

I. Correction des exercices

Introduction : Quels sont les points communs entre ces trois textes ?

a) A quelle personne les textes sont-ils écrits ? quel type de narrateur a été choisi ?

b) Quel point de vue a été adopté ? Justifiez

  • point de vue interne à Nils : « ils aperçurent », « ils comprirent », « le garçon ne peut s’empêcher de penser »
  • point de vue interne au pilote : « survole », « il rencontre »
  • point de vue interne à Ron et à Harry : « il voyait », « en regardant », etc.

c) Un autre point commun, au niveau de la façon dont est vu le paysage ? > le paysage est vu du ciel.

1) La position de l’observateur

Question : « Où est placé l’observateur ? Relevez les termes qui indiquent sa position ou son déplacement. »

 
TEXTE 1
TEXTE 2
TEXTE 3
Position de l'observateur Nils, sur le dos d'une oie, se trouve au-dessus du mont Taberg. L'observateur, un pilote, est dans un avion

Il effectue un trajet au-dessus de la pointe sud de l'Amérique du sud

Les observateurs, Harry et Ron, sont dans une voiture volante.

Ils effectuent un trajet au-dessus de l'Angleterre.

Citations " il devait s'agir du Taberg "
" le sommet était nu et, de là, on voyait de tous les côtés "
" Le pilote survole "de " Rio Gallegos " à " Puntas Arenas "

" la voiture invisible s'élevait dans les airs "

" Londres était loin à présent ", etc.

Interprétation Il ne bouge pas, seule la direction de son regard change. L'observateur se déplace. L'observateur se déplace.
2) Organisation du paysage

Question : « Sans recopier le texte, faites la liste des principaux éléments composant chaque paysage. Comment passe-t-on d’un élément du décor à un autre ? Quel ordre chaque auteur suit-il pour présenter le paysage ? »

TEXTE 1
TEXTE 2
TEXTE 3
- Les pentes et le sommet du Taberg
- un haut plateau pauvre
- jolies montagnes et douces vallées, le lac Vättern
- une ancienne coulée de lave
- les volcans
- une pelouse unie
- la ville
- la rue
- les immeubles
- la ville de Londres
- le train
- un nouveau paysage : prés, landes
- montagnes enneigées

Dans le texte 1, l’ordre de la description suit le trajet du regard du personnage. Nils ne bouge pas, mais regarde dans des directions différentes.
Dans les textes 2 et 3, l’ordre de la description suit le voyage de l’observateur. On passe d’un élément du décor à un autre lorsque l’observateur le survole.

3) Termes qui permettent de situer les éléments du décor les uns par rapport aux autres

Question : « Relevez les termes qui permettent de situer les éléments du décor les uns par rapport aux autres. »

Texte 1
Texte 2
Texte 3
- à l'est, au sud et à l'ouest
- mais quand on tournait le regard vers le nord
- là
- de ce côté là
- un peu au sud de Rio Gallegos
- Plus loin
- Enfin, un peu avant Puntas Arenas
- Et voici la ville la plus au sud du monde
- tandis que la voiture invisible s'élevait dans les airs
- Bientôt
- Régulièrement
- Tour à tour
- tandis que le soleil descendait sur la couche de nuages
- Lorsqu'ils redescendirent sous les nuages.
Lieu
Ce texte insiste sur la localisation géographique des éléments, par rapport à un repère fixe : la position de Nils.
Lieu
Ce texte insiste sur les lieux géographies survolés, et situe les éléments du décor par rapport à l'espace parcouru.
Temps.
Ce texte insiste sur la durée du voyage, et situe les éléments du décor par rapport au temps écoulé : une journée.

II. Leçon : l’ordre de la description

1) Description postée ou description itinérante

Dans un récit, la description peut être faite, soit par un narrateur qui observe à partir d’un point fixe (description postée), soit par un narrateur qui se déplace (description itinérante).

2) Structuration spatiale ou structuration temporelle

Dans le cas d’une description itinérante, l’auteur peut choisir d’insister sur l’espace, la géographie, pour situer les éléments du décor les uns par rapport aux autres. Mais il peut aussi insister sur la durée du voyage, et situer les éléments du décor grâce au moment du trajet.

III. Exercices

1) Manier

Remettre les indications de lieu à partir d’un réservoir de mots.

Voici une description postée. Rétablissez à leur place les repères spatiaux qui organisent la description.

à l’est ; au-dessus de la ligne de Tournesaules ; à l’ouest ; au nord ; de ce côté ; du sommet de la colline ; au milieu des arbres sombres ; au sud ; sur le tertre de la Forêt ; sous le soleil ; au-delà des Hauts qui s’amenuisaient

- Le texte troué

Ils gravirent en hâte la dernière pente et arrivèrent, haletants, auprès d’elle. Ils s’inclinèrent ; mais, d’un geste du bras, elle les invita à se retourner ; et ils contemplèrent ......... des terres au matin. L’atmosphère était maintenant aussi claire et transparente qu’elle avait été brumeuse et voilée quand ils se tenaient ........., qu’ils voyaient à présent s’élever ........., pâle et vert ......... . ........., la terre se soulevait ......... en croupes boisées, vertes, jaunes, rousses, derrière lesquelles se cachait la vallée du Brandevin. ........., ........., se voyait un lointain reflet semblable à du vert pâle, là où le Brandevin décrivait une grande boucle dans la plaine et s’écoulait hors du pays connu des Hobbits. ........., ........., la vue s’étendait sur la plaine parsemée de bombements couleur de terre, grise, verte et pâle, jusqu’à ce qu’elle se perdît dans un lointain sombre et indéfini. ......... s’élevaient, dans la lumière du matin, les Hauts des Galgals aux crêtes successives, qui s’évanouissaient de la vue pour ne devenir plus qu’une conjecture bleue et une lointaine lueur blanche confondue avec le bord du ciel, mais qui évoquaient pour eux, d’après leurs souvenirs et les vieux contes, les hautes et lointaines montagnes.

J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux

- Le texte complété

Ils gravirent en hâte la dernière pente et arrivèrent, haletants, auprès d’elle. Ils s’inclinèrent ; mais, d’un geste du bras, elle les invita à se retourner ; et ils contemplèrent du sommet de la colline des terres au matin. L’atmosphère était maintenant aussi claire et transparente qu’elle avait été brumeuse et voilée quand ils se tenaient sur le tertre de la Forêt, qu’ils voyaient à présent s’élever à l’ouest, pâle et vert au milieu des arbres sombres. De ce côté, la terre se soulevait sous le soleil en croupes boisées, vertes, jaunes, rousses, derrière lesquelles se cachait la vallée du Brandevin. Au sud, au-dessus de la ligne de Tournesaules, se voyait un lointain reflet semblable à du vert pâle, là où le Brandevin décrivait une grande boucle dans la plaine et s’écoulait hors du pays connu des Hobbits. Au nord, au-delà des Hauts qui s’amenuisaient, la vue s’étendait sur la plaine parsemée de bombements couleur de terre, grise, verte et pâle, jusqu’à ce qu’elle se perdît dans un lointain sombre et indéfini. A l’est s’élevaient, dans la lumière du matin, les Hauts des Galgals aux crêtes successives, qui s’évanouissaient de la vue pour ne devenir plus qu’une conjecture bleue et une lointaine lueur blanche confondue avec le bord du ciel, mais qui évoquaient pour eux, d’après leurs souvenirs et les vieux contes, les hautes et lointaines montagnes.

J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux

2) Ecrire

Réinvestir le vocabulaire et les expansions du nom en faisant la description d’une photographie. Vous choisirez une des structurations étudiées, et vous donnerez votre choix avant de lire.

3) Transformer (exercice à rendre sur feuille)

Réécrivez un des trois textes en transformant l’organisation : description postée > itinérante, organisation spatiale > temporelle

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