Lire en latin en cinquième : entrer dans un texte par les langues vivantes

, par SOURY-GRAVE Stéphanie

Le constat préalable : accéder au sens d’un texte latin peut être difficile en 5ème

Il peut être assez décourageant pour un élève commençant le latin de ne pas accéder plus rapidement au sens d’un texte faute d’avoir assez de vocabulaire et de mécanismes pour parvenir à une compréhension globale. Cependant, on aurait tort de ne pas présenter des textes d’une longueur certaine, même sans traduction à nos latinistes de 5ème. En effet, forts de leurs compétences langagières et linguistiques, en français, dans d’autres langues vivantes mais aussi en latin, ils peuvent parfois accéder au sens d’un texte en quelques minutes, ce qui les encourage à mettre en œuvre nombre de leurs connaissances pour entrer toujours plus vite dans un texte antique. « L’initiation au latin faite au collège ne doit pas être tournée vers l’antiquité mais vers le présent », rappelait Catherine Klein, Inspectrice Générale des Lettres, lors des Deuxièmes Rencontres Langues anciennes et mondes modernes le 11 octobre 2013.

La démarche proposée : se fonder sur les acquis linguistiques

L’expérience, menée plusieurs fois, consiste à lire un texte antique authentique en une heure, sans traduction, avec les outils de langues de chacun des élèves, la pluralité des langues étant essentielle. Nous en présentons ici un exemple, celui de la première expérience menée. Nous sommes en classe de 5ème, au mois de janvier, 18 latinistes dans une salle de classe avec un Tableau Numérique Interactif.

Il convient dans un premier temps de faire le point sur les langues que les élèves parlent, apprennent ou connaissent seulement d’un peu loin. On notera que cette diversité sera pour chaque enseignant différente mais que cela fonctionnera de la même manière.

Nous sommes dans une séquence autour de la fondation légendaire de Rome, dans le thème des programmes « Histoire et vie de la cité ». Après avoir rappelé le lien entre Enée, le Latium, Albe La Longue, Romulus et Rémus, les élèves entrent dans le premier texte de la séquence. A ce titre, je propose aux élèves un extrait d’Ab Urbe condita, de Tite Live (I, 4). Le texte est vierge de toute annotation, de toute introduction, de toute note de vocabulaire. Le but recherché est de leur faire prendre conscience que le réseau linguistique qui est le leur va leur permettre de comprendre le texte latin, sans autre outil que leurs connaissances et la collaboration entre les élèves. Le texte de Tite-Live comporte des formulations difficiles, des verbes à l’imparfait, au subjonctif... que les élèves ne sont pas capables d’appréhender après quatre mois de latin.
La consigne est la suivante : Que comprenez-vous de ce texte ? Appuyez-vous sur vos connaissances des langues vivantes pour le comprendre. Il s’agissait alors pour les élèves de venir surligner, souligner, entourer dans une couleur définie tous les rapprochements que tous pouvaient faire grâce aux différentes langues connues des élèves. J’avais sur mon tableau plusieurs diapositives avec le même texte. Ainsi de manière surprenante mais encourageante, les premières remarques concernèrent des repérages latins !

Chaque élève venait au TNI faire des repérages selon un code couleur (français en rouge, latin en bleu, italien en jaune, anglais en orange, roumain en vert...) Au fur et à mesure, le tableau se remplissait de couleurs, par couches successives, pour arriver à un balisage assez complet du texte. Noms propres, racines connues, vocabulaire des langues vivantes mais aussi mots ou verbes déjà appris en latin, les élèves faisaient de nombreuses propositions, et devenaient, sans questionnaire d’accompagnement, acteurs de la compréhension du texte.

Une fois le texte bariolé, après être revenus sur le sens global dégagé grâce aux repérages, nous avons fait réapparaître un texte vierge, sans annotation, mais qui était presque limpide pour les élèves qui avaient gardé en tête les remarques faites. Ce qui a été étonnant, c’est que les élèves se sont beaucoup raccrochés aux termes ou aux flexions latines qu’ils reconnaissaient, comme si c’était important pour eux de dire d’abord ce qu’ils avaient appris pendant ces quelques mois d’enseignement. Bien sûr, il était parfois difficile de faire la part des choses entre une explication raisonnée d’une erreur d’un élève (erant ne peut pas avoir donné le verbe errer en français) et d’une explication un peu vague en raison d’un faux amis trouvé par exemple.

La fin du travail consiste à faire une synthèse du texte qui s’appuie sur des termes précis en latin. Cette séance dialoguée fut riche notamment par le simple fait que les apports ne sont pas venus forcément du professeur : tout le monde peut s’emparer du latin avec ses propres connaissances, le professeur est là pour faire le lien. L’outil TNI est d’abord utilisé comme simple support pour le repérage et vient fédérer les différents réseaux de langue. C’est une forme d’initiation à la construction du sens d’un texte avant même de se soucier des cas, du vocabulaire, d’une phase plus fastidieuse.

Les bénéfices d’un tel travail

Cette expérience, à renouveler le plus souvent possible, et dans d’autres niveaux, avant d’entrer dans un texte permet à toute la classe de s’accrocher à des acquis, de faire des propositions, voire des interprétations, de se tromper, de faire des confusions, de jouer avec un texte dans sa globalité avant d’en saisir les finesses plus aiguës. Une vingtaine, voire une trentaine de minutes est nécessaire pour réaliser ce travail. Les élèves sollicités ainsi sont valorisés par le simple fait de mettre en avant des connaissances et d’accéder à un texte latin. Bien sûr, on évitera difficilement les rencontres de faux amis ou de rapprochements farfelus, mais cela fait aussi partie de l’étude de la langue latine.

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