Les « Mémoires d’Hadrien » et l’Histoire Conférence d’Alexandre GRANDAZZI

, par BERNOLLE Marie-Anne, Chargée de mission pour l’Inspection de Lettres

La conférence fait partie des conférences et ateliers proposés par l’Inspection de Lettres de l’académie de Versailles autour des œuvres au programme de 1ère à l’E.A.F.
Après Jules Verne, cette deuxième journée est consacrée aux Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar.
Pour consulter l’ensemble du dossier Marguerite Yourcenar

A. Grandazzi est professeur de langue et littérature latines à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université dont il dirige l’Ufr de Latin (Institut d’Etudes Latines). Spécialiste du thème des origines de Rome, auquel il a consacré de nombreux travaux, il est, entre autres, l’auteur de Urbs. Histoire de la ville de Rome, des origines à la mort d’Auguste, ouvrage publié aux éditions Perrin en 2017, et pour lequel il a reçu le Prix Chateaubriand. Signalons également ses entretiens avec Jacqueline de Romilly, parus sous le titre Une certaine idée de la Grèce, aux éditions Bernard de Fallois en 2003.

INTRODUCTION [1]

Chateau-saint-ange-tibre

La conférence s’est ouverte sur le souvenir de l’appartement de la traductrice en Italien de Marguerite Yourcenar - Lidia Storoni Mazzolani - dont l’appartement donnait sur le Château Saint-Ange, à Rome. Ce souvenir personnel d’Alexandre Grandazzi explique qu’au fil de la conférence Marguerite Yourcenar devienne « La grande Marguerite », puis « Marguerite ». Mais au-delà de l’anecdote, ce souvenir nous permet de commencer le compte-rendu en renvoyant à une même évocation de l’appartement que vous trouverez dans un article de Françoise Bonali-Fiquet consacré à la correspondance de Marguerite Yourcenar avec sa traductrice italienne et inséré dans un recueil intitulé L’épistolaire au féminin. Il nous a semblé que c’était un angle intéressant pour entrer dans l’univers de Marguerite de Yourcenar et que cela pouvait faire naître des idées pour apporter un éclairage et mettre le travail de l’écrivain en perspective. [2]

Propos liminaires

Le point de vue de l’historien

En guise de préambule, Alexandre Grandazzi souligne que c’est en spécialiste de Rome qu’il évoquera avec nous Les Mémoires d’Hadrien. Mais il se refuse à adopter la posture du « pion grincheux » qui pisterait lesdites erreurs historiques de l’écrivain. C’est une œuvre admirable et c’est bien cette admiration qu’il entend transmettre. Il ne s’agit pas en effet de juger une œuvre romanesque selon les critères de l’érudition critique ; et c’est bien à un roman, à une œuvre de fiction, fondée sur un travail de documentation d’un sérieux extrême, d’une qualité incomparable, que nous avons affaire. La conférence se donnera donc comme objectif de rappeler quel a été le vrai Hadrien, ce que savait Marguerite Yourcenar, ce que nous savons - quitte à savoir que nous ne savons pas - sur Hadrien aujourd’hui, de façon à être à même d’apprécier l’art de la romancière et de montrer comment l’histoire éclaire le roman.

Entrer dans l’atelier de l’écrivain

Marguerite Yourcenar a tout fait pour être fidèle à une documentation appuyée sur un travail de recherche très poussé. Et il est d’autant plus intéressant d’apporter des éléments de comparaison, d’appréciation différentielle, de façon à entrer dans ce qu’on pourrait appeler « l’atelier d’écriture » ce à quoi invite également Marguerite Yourcenar par le biais de ses Carnets de notes [3]

Mais on reste en présence d’une œuvre qui ne peut pas être un ouvrage d’historien. Elle a choisi de se placer dans l’intériorité de son personnage, posture que ne saurait adopter en aucune manière un historien de métier. L’entreprise d’histoire critique et l’entreprise d’une romancière ne peuvent se confondre ; la ligne de crête qui les sépare passe justement par le choix de la romancière d’être dans la subjectivité de son protagoniste. « Cela, un historien ne peut ni ne doit le faire, en tant qu’historien ». Le personnage de Yourcenar se livre à une manière d’écriture testamentaire à travers laquelle il dit se découvrir en écrivant. Un historien ne peut suivre la romancière sur ce chemin ; il y a dans le travail d’historien une nécessaire objectivation quand la romancière, au contraire, se propose de se fondre dans la subjectivité de son personnage. Yourcenar aimait dire qu’elle connaissait mieux la vie d’Hadrien que celle de son propre père. Or que connaît-on des pensées d’un autre ? Comment prétendre connaître la vie et les pensées d’Hadrien ? Marguerite Yourcenar, par son choix même, nous emmène sur le terrain de l’imagination et de l’invention, ce qu’un historien ne peut se permettre ; nous sommes en présence d’une œuvre littéraire et d’un roman au plein sens du terme.

On a parfois l’impression, en lisant la littérature critique, que les Mémoires d’Hadrien sont en train d’acquérir le statut d’ouvrage historique ; il faut à ce sujet prendre des précautions. Oui, c’est très sérieusement fait, bien documenté, mais « ce n’est pas un ouvrage d’histoire, c’est un roman qui joue avec l’histoire ». C’est ce qui en fait le prix et c’est bien ce qu’il faut faire mesurer aux élèves.

Marguerite Yourcenar et ses sources

De l’importance de l’iconographie

Il est important de faire prendre conscience à quel point l’iconographie est essentielle dans le travail de Marguerite Yourcenar.

Sélection bibliographique proposée par Alexandre Grandazzi
Des ouvrages orientés sur le roman, et non pas sur l’histoire.

  • Marquerite Yourcenar et l’empereur Hadrien une ré-écriture de l’antiquité, Isabelle Bollard-Raineau, catalogue d’exposition 2015 - Bavay [4] [5]
  • Marguerite Yourcenar. Adriano, l’antichità immaginata, Elena Calandra (dir.), Éditions Electa, Catalogue d’exposition 2013 [6]
  • Antinoüs, de la pierre à l’écriture des mémoires d’Hadrien Michèle Goslar, éditions CIDMY, 2007
     [7]
    Sorte de catalogue des représentations d’Antinoüs qui reprend notamment celles connues par Marguerite Yourcenar. Cette dernière évoque ainsi dans ses Carnets :
    « En octobre 1939, le manuscrit fut laissé en Europe avec la plus grande partie des notes ; j’emportai pourtant aux États-Unis les quelques résumés faits jadis à Yale, une carte de l’Empire romain à la mort de Trajan que je promenais avec moi depuis des années, et le profil de l’Antinoüs du Musée archéologique de Florence, acheté sur place en 1926, et qui est jeune, grave et doux. »

Ressources complémentaires en ligne

  • « Muses en abyme. Marguerite Yourcenar et les arts », May Chehab, in Quand les écrivains font leur musée..., Catherine MAYAUX (dir.), P.I.E. Peter Lang. Consulter la page 207.
    Téléchargeable sur academia.edu

Le travail d’information

Marguerite Yourcenar était rendue au plus haut niveau de l’érudition possible, comme en témoignent du reste ses Carnets de notes, ainsi que l’exposition « Marguerite Yourcenar et l’empereur Hadrien. Une réécriture de l’Antiquité » [8].
Marguerite Yourcenar était une helléniste remarquable ; tous les témoignages convergent sur ce point. Elle avait bénéficié d’une éducation hors norme. Elle avait appris le grec et le latin avec son père et avait eu l’occasion de beaucoup voyager [9].
Marguerite Yourcenar a vraiment amassé un travail considérable [10]. La romancière a travaillé des années sur le personnage d’Hadrien. Elle a lu tout ce qu’elle pouvait lire, toute la vulgarisation disponible à son époque, en français et en anglais. On a du reste conservé la liste des livres qu’elle a consultés, notamment grâce à sa compagne Grace Frick. Elle a en son temps fréquenté l’Altertum Wissenschaft à Yale pour de longs séjours de travail sur Hadrien. Même si Marguerite Yourcenar a parfois, par rapport à cette documentation, une attitude plus de littéraire que d’historienne critique, son travail préalable surpassait de très loin le travail classique de l’écrivain. Elle s’est également souciée de rencontrer des savants, de parler avec eux, pour avoir une appréciation vivante et technique sur les sources [11].

Pourquoi Hadrien ?

La première raison, fondamentale, qui a fait choisir Hadrien à Marguerite Yourcenar, c’est la relation avec Antinoüs. Dans ses premières ébauches de l’œuvre, la romancière s’est focalisée sur lui, une manière de parler d’elle à une époque où il était plus difficile encore de dire les choses. Dans un deuxième temps, la focale s’est déplacée d’Antinoüs à Hadrien, pour un projet plus ambitieux et plus vaste.

Une chose sûre, le nombre de documents sur ce règne d’une vingtaine d’années est très important, qu’il s’agisse des textes, inscriptions, monnaies, statues, édifices...
Hadrien a beaucoup construit, beaucoup parlé, beaucoup émis monnaie. On a souvent dit que l’apogée de l’empire c’était Trajan ; néanmoins, quand Trajan meurt, il y a une révolte générale qui l’oblige à faire retraite vers Rome. Des trois province créées par son prédécesseur, Hadrien s’aperçoit qu’il ne peut les garder ; cette expansion territoriale n’était peut-être pas raisonnable ni tenable. Hadrien, en prenant le pouvoir, renonce aux provinces nouvellement conquises, l’Arménie, la Mésopotamie et l’Assyrie et conclut la paix avec les Parthes. L’empire est sous Hadrien à son apogée parce que les dangers sont là, mais encore à venir [12].

Hadrien est un bon choix, un meilleur choix que Trajan. La documentation est considérable pour Hadrien autant que pour Trajan. Il y a chez le premier l’idée d’une intériorité possible. L’empereur Hadrien est infiniment cultivé, un champion de l’hellénisme ; Trajan fut un grand chef de guerre, mais ce qu’on peut deviner de son personnage ne fait pas rêver, et ne faisait peut-être pas rêver Marguerite Yourcenar. L’hellénisme d’Hadrien a certainement joué un rôle important dans le choix de Marguerite Yourcenar.
De plus, lorsque celle-ci choisit Hadrien, elle pense aussi à Marc Aurèle. Elle s’inspire en effet de l’exemple de Marc Aurèle et de ses Pensées pour moi-même, pour nous offrir un Hadrien s’épanchant par l’écriture. Marguerite Yourcenar fait rédiger à Hadrien comme un journal intime, alors qu’on sait aujourd’hui que les Pensées de Marc Aurèle ne relèvent en fait pas du tout de ce registre. Marguerite Yourcenar fait en cela une entorse à la réalité et l’on pourrait y voir une forme d’anachronisme. Pierre Hadot a montré en effet que les pensées constituent un type d’écriture très codifié qui renvoie à une pratique philosophique alors répandue. Par ses pensées, Marc Aurèle se livrait à un exercice spirituel de méditation philosophique. Y lire - comme l’a fait Yourcenar et transcrit dans son invention des Mémoires d’Hadrien - l’expression d’une subjectivité qui se dit constitue, d’un point de vue historique et culturel, une erreur, mais une erreur magnifique qui fait naître un chef d’œuvre.

L’enregistrement ci-dessous vous propose l’intégralité de l’analyse d’Alexandre Grandazzi sur ce point.

Les sources sur Hadrien

L’Histoire Auguste

La vie d’Hadrien nous est connue par l’Histoire Auguste [13]. Cette œuvre, composée de biographies impériales, affiche six ou sept noms d’auteurs différents ; la paternité de la biographie consacrée à Hadrien est revendiquée par Spartianus. L’ouvrage est accessible en édition bilingue dans la collection Budé aux Belles Lettres, signée André Chastagnol. Grand savant, spécialiste de l’antiquité tardive et notamment de l’Histoire Auguste, il a contribué à montrer que l’Histoire Auguste est notamment truffée de ’santons’, soit de citations (en l’occurrence de Cicéron) insérées dans le texte sans qu’elles soient signalées comme telles.
Nous savons aujourd’hui que l’Histoire Auguste est un ouvrage ambigu dans lequel on n’est pas loin de voir une forme de canular, rédigé par un seul et même auteur, et non pas six ou sept, qui invente et s’amuse [14]. Il s’agit d’un ouvrage à prendre au deuxième degré, en partie satirique, ludique, fait par un aristocrate païen. Son auteur n’est pas totalement identifié ; mais le point de vue sur l’œuvre, depuis le travail de Marguerite Yourcenar, a radicalement changé. Elle prend au sérieux des éléments d’information pour lesquels la seule question qui se pose aujourd’hui est de comprendre quelle en est l’intention satirique. Cela change radicalement l’éclairage. On évoquera à ce sujet le jugement sévère de Ronald Syme [15] « Marguerite Yourcenar a pris le soin de joindre en appendice à son œuvre neuf pages de sources et de commentaires méthodologiques. Cet exposé révèle un fait inquiétant. Elle a écrit sans être consciente des questions soulevées par la vie d’Hadrien. Spartien l’un des six biographes de l’Histoire Auguste est accepté tranquillement comme l’auteur de la vie d’Hadrien. C’est une erreur. »
Un point important à retenir, simplement ; Marguerite Yourcenar n’a pas connu l’évolution du point de vue sur l’Histoire Auguste et il faut en avoir conscience quand nous abordons les Mémoires d’Hadrien en lecteur éclairé.

Autres sources antiques

Les sources littéraires, non contemporaines du règne d’Hadrien, sauf exception, posent toujours, pour l’historien, la question de la validité de ces textes en raison même du décalage chronologique.

  • Dion Cassius Histoire Romaine Année 69
    Dion Cassius écrit sous les Sévères, vers 200-210, moins de 100 ans après le règne d’Hadrien. Il a été sénateur, gouverneur de Bithynie. Haut personnage de Rome, il avait accès à des écrits contemporains du règne d’Hadrien ; il avait également le texte intégral de l’autobiographie d’Hadrien sous les yeux.
    Le problème posé par l’œuvre de Don Cassius est qu’elle n’a pas été conservée directement ; l’ouvrage nous est connu sous forme de résumés rédigés par des auteurs byzantins. Pour enrichir la bibliothèque impériale, fondée par Constantin, l’habitude avait été prise de faire rédiger des résumés pour des ouvrages un peu longs par des érudits stipendiaires. La source n’en reste pas moins intéressante.
  • Recueil de sentences et lettres publié par le grammairien Dositheus
    Qu’un grammairien ait la volonté de publier ses sentences prouve à cela seul qu’Hadrien avait une réputation littéraire et faisait figure d’érudit.

Sources contemporaines

  • Poèmes de l’Anthologie palatine
    Hadrien a également laissé quelques poèmes qui passent pour être de sa main, ce qui est a priori vraisemblable [16].
  • Les inscriptions
    Nous avons à notre disposition le Corpus Inscriptionum Latinarum, travail de recensement entrepris par Mommsen et recueil qui comprend aujourd’hui 80 volumes, classés géographiquement [17] : le volume VI est consacré à la ville de Rome [ vol. 6 Rome, 966-987].

L’épitaphe consacrée à Hadrien et Sabine - qui clôt le roman
AU DIVIN HADRIEN AUGUSTE
FILS DE TRAJAN
CONQUÉRANT DES PARTHES
PETIT-FILS DE NERVA
GRAND PONTIFE
REVÊTU POUR LA XXIIe FOIS
DE LA PUISSANCE TRIBUNITIENNE
TROIS FOIS CONSUL DEUX FOIS TRIOMPHANT
PÈRE DE LA PATRIE
ET À SA DIVINE ÉPOUSE
SABINE
ANTONIN LEUR FILS
A LUCIUS ÆLIUS CÆSAR
FILS DU DIVIN HADRIEN
DEUX FOIS CONSUL
Ressources :
- Un dossier sur le mausolée sur le site mediterranees.net
- Un article - « Deuil dynastique et topographie urbaine dans la Rome antonine. I. Un mausolée dynastique », François Chausson, p. 293-342 ; in Rome, les Césars et la Ville, Nicole Belayche, Presses Universitaires de Rennes, OpenEdition Books

  • Discours d’Hadrien fait lors d’un de ses voyages en Afrique devant la 3e légion
    Ressources :
    - Le rapport publié par l’épigraphiste Cagnat.
    Les deux camps de la légion IIIe Auguste à Lambèse d’après les fouilles récentes
    Ressource connue par Yourcenar, mais incomplète à l’époque.
    Les inscriptions sont la résultante des notes des esclaves tachygraphes qui ont pris sur le vif le discours prononcé par Hadrien, devant les soldats, depuis l’estrade du commandement en chef. On a là la transmission de sa parole vivante ; Hadrien s’y montre soucieux de l’entrainement des soldats. Il y évoque la disciplina augusta qui, sous Auguste, est devenue divinité.
    - La troisième légion Auguste, Yann Le Bohec, Éditions du CNRS [18]

Les ressources numismatiques

Les ressources numismatiques sont essentielles.
Quand Hadrien voyage, il a avec lui quelques centaines de personnes. Les cités émettent alors monnaie, avec son portrait et son nom. Les pièces constituent ainsi une trace historique de premier plan. On peut parfois restituer certains voyages, dont on n’a pas gardé d’autres témoignages, grâce à la seule trace numismatique laissée.
Les sources numismatiques sont aussi porteuses d’un message ; elles sont vecteur d’un message que le pouvoir veut faire passer - l’image que le pouvoir romain veut donner de lui-même ; elles traduisent comment le pouvoir romain veut être vu.
La monnaie constitue une source extraordinaire, car elle est contemporaine du pouvoir de l’histoire dont elle se veut le reflet. Les monnaies sont du temps d’Hadrien, du temps où Hadrien est passé par là.

Nous intéressent notamment les légendes monétaires, ces devises inscrites sur les monnaies. Elles sont imaginées et conçues dans l’atelier monétaire transféré sous Domitien, après l’incendie du Capitole en 80, dans le bâtiment rectangulaire auquel on accède aujourd’hui par les sous-sols de la basilique Saint-Clément, entre les collines de l’Esquilin et du Caelius.
La moneta [19] est élaborée dans les cercles des pouvoirs ; elle est émanation du pouvoir impérial. Il y a une forte cohérence entre les légendes et les illustrations et cela permet de construire le discours du pouvoir véhiculé par la monnaie.
Marguerite Yourcenar a une bonne intuition quand elle donne pour titres à ses chapitres : ANIMULA VAGULA BLANDULA - VARIUS MULTIPLEX MULTIFORMIS - TELLUS STABILITA - SÆCULUM AUREUM - DISCIPLINA AUGUSTA - PATIENTIA. Ce sont là formules de légendes monétaires, sorties de l’entourage du pouvoir impérial.

La monnaie constitue ainsi une source importante, facilement datable, et réaliste. De fait, les artisans monétaires de Rome ont une grande capacité à représenter l’individu dans sa réalité, au contraire des grecs qui, eux, idéalisent. Les ressources numismatiques, au côté des portraits sculptés, ont dès le XVIIe siècle, du fait de leur réalisme, servi de moyen d’identification.

En illustration
- Denier en or d’Hadrien , Rome, 134–138 ap. J.-C.,
HADRIANVS AVG.COS III.P.P, buste de l’empereur
/GENIO P.R., Génie de Rome sacrifiant sur un autel
- Sesterce en bronze d’Hadrien, Rome, 134–138 ap. J.-C.
HADRIANVS AVG COS III P P, buste de l’empereur en toge
/ADVENTVS AVG S C, Rome personnifiée, portant la tenue de soldat, serrant les mains d’Hadrien, en toge.

Du point de vue des légendes et de l’iconographie, les monnaies sont l’émanation même de l’image que le pouvoir romain souhaite donner de lui-même.

Les monuments

Dernier type de sources, les monuments ; avec Hadrien, nous avons de quoi faire.

Pourquoi Hadrien a-t-il été choisi comme successeur par Trajan ?

Sa carrière

Il faut reprendre la carrière d’Hadrien pour comprendre pourquoi et comment il a été choisi comme successeur par Trajan. Celle-ci nous est bien connue notamment grâce à l’inscription épitaphe de son mausolée. Lorsque Hadrien est élu archonte d’Athènes en 112, c’est déjà un personnage important de l’empire, connu pour être philhellène.

La carrière d’Hadrien commence jeune. À 17-18 ans, il est decemvir civilibus judicandis [en quelque sorte juge au tribunal d’instance].

92-93
Il est préfet des Féries latines. Lors de ces fêtes qui se tiennent sur le mont Cavo, toute la classe dirigeante sort de Rome pour sacrifier au dieu Jupiter romain. Il n’y a alors personne dans Rome et il faut quelqu’un pour représenter le pouvoir. On prend l’habitude à partir d’Auguste de nommer préfet des Féries Latines - praefectus feriarum latinarum - un personnage reconnu comme un des espoirs du régime. C’est donc un fait que dès 92 Hadrien est considéré et reconnu comme tel.

94 ->
Hadrien fait une carrière militaire très brillante qu’il commence en 94 en tant que tribun militaire en Pannonie, puis en Mésie. Il occupera successivement les postes de légat en Mésie supérieure, puis de commandant en chef en Germanie. De par les fonctions qu’il a occupées, Hadrien connaît bien l’Europe centrale [20].

101
Hadrien est questeur, puis nommé comes dans l’état major de Trajan.

105
On le retrouve tribun de la plèbe.

Dans ces années 101-102 et 105-106, il accompagne Trajan dans la guerre contre les Daces. On notera que Marguerite Yourcenar a intelligemment utilisé dans ses descriptions la colonne trajane [21]. Elle en a manifestement les représentations sous les yeux, quand elle a travaillé à partir de l’iconographie et écrit.

106
Hadrien est nommé préteur, puis il exerce la fonction de légat, propréteur en Pannonie inférieure.

108
Il est consul suffecte, ce qui suppose qu’il a été remarqué par l’empereur.

112
Il devient donc, comme nous le disions à l’ouverture de cette partie, archonte d’Athènes.

114
Il est légat de l’empereur au Sénat.

117
Il devient légat impérial en Syrie. Il est gouverneur de Syrie et de Pannonie à la mort de Trajan.

Hadrien a alors réputation d’être un très bon officier supérieur qui connaît les réalités de la guerre et d’un très bon administrateur de grande expérience.

Les modalités de succession

Mais, sans aucun doute, Hadrien a aussi été remarqué par Trajan pour d’autres raisons, plus personnelles.

Se pose alors la question de la succession des empereurs.
De notre point de vue moderne, on aurait vite fait de voir l’empire romain comme une sorte de monarchie avec hérédité du pouvoir. Mais les choses sont bien plus compliquées. Auguste, en instituant l’empire, a établi la fiction consubstantielle au principat ; est placé à la tête de l’empire le princeps, soit le « premier », le « meilleur » d’entre les citoyens. La nature humaine étant ce qu’elle est, on aura des empereurs romains qui essaieront de placer leur parentèle ; mais ce sera toujours sous couvert d’avoir fait le choix du meilleur. Cette ambiguïté a perduré tout au long de l’empire et explique les conspirations. Pour peu qu’il ait eu le parcours militaire et politique attendu, des talents, le bagage d’érudition et de culture littéraire attendu - parce que sous Trajan on est encore dans une époque où il faut être cultivé, très cultivé, savoir parler en public, avoir de la prestance -, tout citoyen pouvait prétendre à être l’élu. S’instaure comme une compétition entre le principe dynastique et l’idéologie du meilleur. Paul Veyne comparait volontiers l’empereur romain au « grand vizir », installé sur un siège instable, qui pouvait à tout moment se voir supplanter par quelqu’un qui ferait prévaloir plus de compétences.

Trajan n’a pas de fils. Hadrien compte au nombre de ceux qui ont toutes les qualités requises.
Et, dans ce contexte, qu’ils aient des liens de parenté n’est pas indifférent.
La grand-mère d’Hadrien était la sœur du père de Trajan, Ulpia. De plus, Hadrien a épousé une petite nièce de Trajan, Domitia Paulina [22]. Pour rappel, Auguste était le petit neveu de César. Nous sommes dans une culture où les liens d’oncle à neveu / petit-neveu sont des liens très forts.
Trajan et Hadrien sont tous deux originaires d’italica (Séville) ; il se dit qu’Hadrien est descendant d’une famille établie à Italica par Scipion au temps des guerres contre Hannibal. La colonie d’Italica a été fondée après la seconde guerre punique. Hadrien viendrait ainsi d’une famille installée a priori en première origine à Adria, au bord de la mer Adriatique, et qui serait venue ensuite s’installer à Italica.
Ainsi Hadrien concilie les exigence dynastiques et idéologiques du « meilleur d’entre les citoyens ». C’est pour cette raison sans doute qu’il a été choisi, lui que Tertullien disait être omnium curiositatum explorator « explorateur de toutes les curiosités ».

Hadrien au pouvoir

Le buste d’Hadrien


Hadrien, Bronze, Londres, 1834

Ce bronze a été exhumé de la Tamise, sur le site de Londinium, en 1834.

Marguerite Yourcenar - aux alentours des années 1940-1950 - en avait une reproduction dans un cahier et elle confie dans ses entretiens avec Matthieu Galey [23] qu’elle a beaucoup médité, de tous ses yeux, sur ce bronze. Cette rêverie sur ce bronze au hiératisme très caractéristique de l’antiquité tardive est d’une certaine manière le point de départ des Mémoires d’Hadrien. Hadrien y arbore cette barbe courte et bien taillée caractéristique, qui n’est pas - comme le disait Marguerite Yourcenar - la barbe du philosophe, mais bien plutôt celle du militaire.

Alexandre Grandazzi évoque en complément deux bronzes non connus de Marguerite Yourcenar [24] :
- Buste d’Hadrien - Bronze - Musée d’Israël
Découvert en 1982, sur le site du camp militaire de la sixième légion romaine, à Tel Shalem, Israël.
Hadrien en officier supérieur arborant une cuirasse de cérémonie, barbe bien taillée.
- Tête d’Hadrien - Musée du Louvre
Provenance inconnue. Vestige probable d’une statue colossale. Découvert en 1984.

Le visage donne le sentiment d’une maîtrise de soi - certainement recherchée par le sculpteur - et qui participe sans doute à une forme d’idéalisation volontaire selon cette idée que « qui se maîtrise lui-même, maîtrise l’empire ».

Les voyages d’Hadrien

Hadrien a beaucoup voyagé durant son règne. Le terme de tourisme, que l’on voit ici ou là, est sans doute un rien décalé en regard de la réalité de l’époque. Mais c’est un fait qu’il a beaucoup bougé. Alexandre Grandazzi retrace ici à grands traits son itinéraire.

121-125

- La Gaule

- L’armée du Rhin
C’est à cette occasion qu’Hadrien continue l’aménagement du limes.

  • Marguerite Yourcenar l’évoque comme une frontière infranchissable, ce qu’elle n’était pas. Certains aujourd’hui vont jusqu’à n’y voir qu’une simple barrière douanière. L’hypothèse médiane consiste à voir dans le limes un dispositif d’alerte. Il servait de repère pour être à même de lancer l’alerte quand des troupes barbares passaient outre les limites du territoire romain, limites par définition provisoires.

- La Bretagne (entendre Grande-Bretagne)
C’est le début du mur dit d’Hadrien.

  • Celui-là est plus qu’un limes ; il a vraiment pour fonction d’arrêter les Calédoniens [25]. Hadrien s’appuie sur un ouvrage déjà existant qu’il fait renforcer.
    Beaucoup de villes en Grande-Bretagne ont pour origine l’implantation d’un camp romain, comme la ville de Chester, ou encore Newcastle comme l’indique son nom même. L’empereur est soucieux de la défense de son empire ; Rome doit être prête à se défendre en cas de nécessité. Si Trajan se voulait un nouvel Alexandre, Hadrien est pour sa part conscient des nuages qui s’amoncellent à l’horizon et soucieux donc de la défense de l’empire, même s’il ne l’entend pas comme seulement passive. Hadrien insiste sur ce point dans le discours de Lambèse.

- Nîme
Hadrien se rend ensuite à Nîme où il fait construire une basilique à la mémoire de Plotine.

- Tarragone

  • C’est là que se déroule l’épisode de l’esclave fou dans les Mémoires d’Hadrien dont il est fait mention dans l’Histoire Auguste.

- Mauritanie

- Asie mineure (Turquie)
Hadrien fait escale en Asie Mineure en 123 où il rencontre Antinoüs, a priori.
Antinous Farnese MAN Napoli Inv6030 n01
Antinoüs Farnèse [26]
Musée archéologique national de Naples

  • C’est là que se situe l’épisode de la chasse heureuse des Mémoires.

Hadrien passera alors à Athènes les hivers 124-125, 131-132 et 132-133.

  • Il s’initie aux mystères d’Éleusis ; dans le roman, Antinoüs s’initie aussi au culte de Mithra. Quelle est la valeur, la portée de ces initiations ? Quelles sont la place et la signification des mystères ? Quelle place pour le religieux dans la pensée romaine ? Sur quels éléments historiques Marguerite Yourcenar s’appuie-t-elle ? Quels écarts à la réalité historique dans le roman ?
    Dans la manière dont elle traite l’épisode, Alexandre Grandazzi se demande si la vision que Marguerite Yourcenar donne de l’épisode n’est pas troublée par la vision de Flaubert lui-même.
    « Les dieux n’étant plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc Aurèle un moment unique où l’homme seul a été. »

124-125

  • À cette époque se situe l’escalade de l’Etna par Hadrien et son entourage.

Fin 125
Hadrien est à Rome.

128
Hadrien repart en Afrique. C’est à ce moment là qu’il fait le discours de Lambèse à la 3e légion.
En août, Hadrien sera de retour à Rome.

128-134
Suivent cinq années de voyage. Ce sera le dernier et il conduit Hadrien en Orient.

- 128-129 Athènes

  • Hadrien entreprend à Athènes de grands travaux - le quartier de l’Illissos, la bibliothèque, le sanctuaire d’Eleusis, l’Olympeion.
    Hadrien est certes philhellène, mais son action a également une dimension très politique. Il s’assure, par ces investissements dans les cités grecques, de leur loyalisme.

- Printemps 129
Hadrien retourne en Asie mineure, Éphèse, la Cappadoce.

  • Là se situe l’épisode de la foudre sur le mont Cassius. L’épisode fait écho à celui d’Auguste frappé par la foudre, en Espagne, en Gallicie, dans sa litière. A la suite de cette épisode, Auguste fit ériger un temple à Jupiter fulgur sur le Capitole. C’est le type même d’épisode connu par l’Histoire Auguste.
    Pour l’épisode concernant Hadrien, il s’agit d’être prudent. On peut se demander si nous ne sommes pas face à un épisode fabriqué, inventé par analogie à celui qui frappa Auguste en son temps, par l’auteur de l’Histoire Auguste qui se serait ainsi livré à un pastiche de Suétone et que Marguerite Yourcenar aurait pris pour argent comptant, faute du recul que nous avons aujourd’hui sur l’ouvrage.

- 129-130 Palmyre, Antioche

- Printemps 130
Hadrien part pour la Palestine et se rend à Jérusalem, en ruines depuis la prise d’assaut par Titus quelques décennies auparavant.

  • Il y entreprend sa reconstruction en lui donnant le nom d’Aelia Capitolina et fait ériger un temple à sa propre gloire. Ce geste passe très mal et constitue le ferment de la grande révolte à venir.
    Hadrien prend également à cette époque un édit en faveur des enfants illégitimes des soldats romains. Il leur était jusque là interdit de se marier et de fonder famille tant qu’ils étaient en garnison. Les enfants naissant des liaisons qu’ils pouvaient avoir au cours d’un enrôlement qui durait au bas mot dix ans n’étaient pas reconnus. Le nouvel édit allait dans le sens d’une reconnaissance ; et plus tard leur droit à se marier serait reconnu.

Hadrien se rend à Pétra et lui donne le nom de Petra hadriana.

Hadrien gagne ensuite Péluse, sur le rivage égyptien près d’Alexandrie, là où Pompée a essayé de débarquer. Il y entreprend la réfection du tombeau de Pompée érigé par César et fait rédiger une épitaphe qui participe à la réhabilitation de Pompée en en faisant une figure tutélaire de la romanité.

- Juin 130
Hadrien gagne Alexandrie aux alentours de juin 130 et entreprend la remontée du Nil avec Antinoüs.

  • Là aussi, l’interprétation touristique est sujette à caution. C’est bien plus vraisemblablement une remontée du Nil pour rendre hommage aux dieux. À cette époque se situe la noyade d’Antinoüs, près de Canope, longuement développée par Yourcenar. Hadrien fonde sur le lieu du drame la cité d’Antinoupolis / Antinoé.
    Nous avons à notre disposition trois versions de la mort d’Antinoüs : l’obélisque du Pincio à Rome d’une part ; d’autre part la relation de l’épisode dans l’Histoire Auguste et sous la plume de Dion Cassius.
    Suicide – mais alors, pourquoi ? – ou accident ou meurtre ? Ce sont les trois hypothèses que nous proposent les sources. D’une certaine manière, Marguerite Yourcenar choisit l’hypothèse du suicide sacrificiel, une des trois hypothèses développées par les sources. Ce qui rend l’hypothèse du suicide possible, c’est sa date, qui coïncide avec celle de la noyade d’Osiris [27].
    En 130, Hadrien commence à rencontrer des problèmes de santé sérieux. Le suicide du jeune amant peut s’entendre comme un rituel de devotio pour permettre à l’empereur de vivre. L’historien doit s’arrêter au seul fait [Antinoüs est mort ce jour là dans le Nil ; et Hadrien a nourri de lourds regrets après sa mort.] ; le reste n’est que conjectures et nous emmène hors du champ historique. Relèvent aussi du fait historique les statues et pièces de monnaie créées à l’effigie d’Antinoüs sur ordre de l’empereur. La liste dressée des émissions monétaires à l’effigie d’Antinoüs – pas vraiment connue de Marguerite Yourcenar – montre que le phénomène s’est limité au monde grec, à l’initiative seule des cités, et s’est arrêté à la mort d’Hadrien. Nous pouvons donc y voir une forme de geste de loyalisme de la part de cités grecques qui s’est éteint à la disparition de l’empereur. Ce n’était pas des monnaies destinées à durer.
    A suivi la mort du jeune amant la diffusion d’un culte dédié à Antinoüs assimilé avec Osiris, Dyonisos ou Hermès. Il n’y a là rien d’exceptionnel. Les contemporains ont pu être frappé par la beauté d’Antinoüs, par son histoire. Cette forme d’hommage, limité au monde grec et très présent surtout en Bythinie aux alentours de Mantinium la cité probable de naissance d’Antinoüs, reste banal. Ces pièces étaient dès le début du 2e siècle bien plutôt des médailles qui s’offraient en présent. Il faut donc rester prudent et ne pas tirer de conclusion hâtives au sujet de ces hommages.
    Le suicide reste donc une simple hypothèse parmi d’autres, mais c’est le droit le plus stricte de la romancière de choisir cette hypothèse, plutôt qu’une autre. Il reste certain qu’en baptisant la ville Antinoupolis Hadrien a renforcé le loyalisme envers l’empire.

- 21 novembre 130
Hadrien est à Thèbes. Il passe ensuite l’hiver à Alexandrie.

- 131
La Cyrénaïque
La Lybie

  • Se situe ici l’épisode de la chasse au lion. Yourcenar s’inspire d’une source iconographique, les panneaux de l’Arc de Constantin à Rome sur le mont Palatin. On peut émettre l’hypothèse que Constantin s’est réapproprié un arc de triomphe consacré à Hadrien évoquant notamment cette chasse au lion.
    Le passage des Mémoires placé dans la bouche d’Hadrien fait ainsi figure d’ekphrasis. La romancière a en quelque sorte rêvé les témoignages iconographiques [28]

- Printemps 132
Thrace
Macédoine
Grèce du nord

  • Hadrien visite notamment le sanctuaire oraculaire de Dodone dédié à Zeus.

- 133
Hadrien fait son retour à Jérusalem.

  • C’est le début de la révolte juive qui fut d’une grande intensité et conduira à la chute de Massada en 73. En garde la marque le site de Massada où se voit encore la rampe artificielle des légionnaires. Les ruines de Massada constituent un site préservé de grande valeur. Vu d’hélicoptère, on peut clairement reconnaître le vestige d’un des camps romains, de plan non régulier - Mais les romains étaient très pragmatiques ; au-delà des règles, ils tenaient compte du terrain.
    Dans l’ensemble, Hadrien s’est plutôt montré ouvert aux autre religions. Pourtant, Hadrien a fait prendre deux édits : le premier pour stipuler la reconstruction de Jérusalem en lui donnant le nouveau nom de Aelia Capitolina, le second pour interdire les rites judaïques. Cela a donné le signal de la révolte générale. Il y aura 200 000 morts selon Dion Cassius. L’archéologie confirme la désertification de dizaines de villages. L’échec de la grande révolte marque le début de la grande diaspora.
  • Cet épisode nous conduit à tempérer l’image d’humaniste d’Hadrien. Au-delà de ses valeurs humanistes il reste un empereur romain.
    Traditionnellement, les romains ont toujours fait montre d’une grande tolérance vis-à-vis du judaïsme, contrairement au christianisme. On connaît à la Rome impériale une dizaine de synagogues. Les romains voient dans le judaïsme une religion d’étrangers. Pour être reconnu juif, il faut être fils d’une mère juive. Ce qui gêne les romains, c’est le prosélytisme et l’insoumission au pouvoir de Rome. Les romains se sont donc toujours méfié du christianisme dès son apparition. Le judaïsme n’était pas vu comme hostile ni dangereux. Mais Hadrien, lui, n’a pas accepté le refus de baptiser Jérusalem Aelia Capitolina.
    Dès Antonin, l’empire redeviendra bienveillant vis-à-vis du judaïsme.

- 134
Hadrien revient à Rome, à Tibur (Tivoli), où il fait aménager sa Villa en un lieu exceptionnel.

Les voyages d’Hadrien sont d’abord des voyages de gouvernement. L’idée de capitale fixe est une idée quelque peu moderne. Celui qui dirige l’empire romain peut être ailleurs qu’à Rome. Tibère passe une grande partie à Capri, pas seulement par perversité comme le dit Suétone. Les romains voyagent beaucoup ; les transports sont lents, les voyages sont donc longs. Auguste reste absent de Rome pendant des années entières ; il reste en Gaule trois, quatre ans, en Galicia deux ans.
L’empereur Hadrien a poussé les choses un peu plus loin que les autres. Ses voyages sont comme chez les autres des voyages de gouvernement, pour se confronter à la réalité des choses ; mais s’il ne s’agit pas de voyages de tourisme, il pouvait avoir des curiosités de touriste comme en témoignent notamment les visites de sanctuaires.

Ressources bibliographiques & sitographiques

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