Baccalauréat et numérique : la plate-forme d’échanges collaboratifs

, par Elsa COPETE

La préparation des EAF est une responsabilité qui incombe à de nombreux professeurs de lettres : comment organiser et rendre interactive cette nécessité au long cours ?

Comment faire de l’élève un acteur de sa préparation, à la fois personnelle et collective ?

Introduction 

La préparation des épreuves anticipées de français (EAF) en Première occupe une place importante du cours de lettres, au détriment parfois de temps d’échanges et de discussions fructueuses, au grand regret de la plupart des professeurs impliqués dans une préparation efficace de leurs élèves. Il paraîtrait donc intéressant d’envisager différemment le temps et l’espace de la classe, pour préparer au mieux cette échéance. C’est ce que propose la pédagogie de la classe inversée, à travers de nombreuses modalités.
L’académie de Versailles, dans cette optique, a mis en place dans son Plan Académique de Formation (PAF) un stage spécifique, et un MOOC Canopé sur la classe inversée existe depuis 2017 : http://eduscol.education.fr/lettres/actualites/actualites/article/3supesup-session-du-mooc-la-classe-inversee-a-lere-du-numerique.html (contient des ressources complémentaires).

Un outil spécifique et novateur

Le dispositif mis en place pour cette expérience est une plateforme d’échanges numériques interactifs, proposée par Google, et appelée « Classroom ». Cette plateforme est accessible via l’inscription de l’établissement à la G Suite for Education, et l’application disponible dans les paramètres du compte.

>https://support.google.com/a/answer/139019?hl=fr]

Elle permet de rendre accessibles de nombreux contenus et d’échanger avec les élèves (ou de laisser les élèves interagir entre eux). Le Classroom permet de repenser le temps de préparation à l’EAF en termes de plateforme multi-supports, mais aussi d’espace collaboratif et d’échanges, de lancer une dynamique de classe, de renforcer le sentiment de cohésion entre les élèves, et de construire une expérience interactive. Les potentialités sont plus nombreuses et plus ouvertes qu’un ENT « classique » et l’interactivité est plus grande que le blog, puisque la logique « descendante » est bouleversée.

La plus-value du numérique tient au dispositif lui-même : il n’y a pas d’outil équivalent hors du numérique qui puisse mutualiser aussi efficacement les productions, permettre la mise à disposition de supports multiples, et qui autorise les échanges et les interactions multidirectionnelles : du professeur vers les élèves et inversement, mais aussi l’échange entre pairs.

L’expérience tout au long de l’année s’avère concluante grâce à plusieurs paramètres :

  1. Une très grande clarté dans la construction et la présentation de la page.
  2. Une présentation simple et ergonomique : la colonne de gauche permet de visualiser les différents espaces de cours créés (possibilité d’un Classroom par classe) , le nombre de participants, mais elle permet aussi de régler les paramètres d’échanges, de privilégier un arrière-plan et une couleur dominante, de visualiser l’agenda des échéances fixées par le professeur. La colonne centrale, la plus importante, est dédiée aux posts et aux échanges, tandis que l’onglet de droite permet d’ajouter des contenus divers.

Une très grande variété des supports de travail et de mise à disposition

 
Les supports et formats acceptés sont très nombreux : textes, documents iconographiques, URL à consulter, communications diverses, vidéos… Dans la même logique, la planification des devoirs est intégrée avec une possibilité de différentiation pédagogique et une interaction privilégiée et individualisée pour le professeur avec ses élèves. Mais si les options sont multiples (créer des posts, poser des questions)… elles s’avèrent rapidement limitées : aucun suivi en temps réel des élèves, aucune statistique ne sont disponibles. Les élèves récupèrent des supports, les travaillent en amont, élargissent leurs connaissances a posteriori, peuvent interagir directement avec le professeur ou entre eux (comme en témoignent les derniers échanges, juste avant les échéances d’examen sur le Classroom créé pour l’expérimentation). Si le temps est dilaté et permet beaucoup de souplesse, l’espace, quant à lui, est unique et centralisé, ce qui fluidifie la communication et éclaire davantage les attendus de telle ou telle séance.

L’apprentissage du collectif

 

Une fois les règles de fonctionnement posées, aucun abus n’est constaté, et très vite, l’outil devient un étai et une plateforme d’entraide collective.

A ce sujet, les réglages concernant les commentaires peuvent être modulés pour limiter ou encourager les interactions : le choix de l’option « les élèves peuvent poster et répondre à des commentaires » a primé, et, au prix d’une veille ponctuelle mais régulière de la part du professeur, aucun abus ni débordement n’a été constaté.
Une expérience de co-construction et d’écriture du premier commentaire composé de l’année a été conduite. Ce travail « à plusieurs mains » et sur support numérique collaboratif (type ETHERPAD) a permis aux élèves de dédramatiser la première évaluation, de travailler leur confiance en eux, et de leur montrer leurs capacités à répondre aux enjeux méthodologiques de l’EAF. Le commentaire collectif final a été mis à disposition de la classe, qui a compris rapidement les enjeux et les potentialités du Classroom. L’expérience peut être conduite également avec l’outil "Google Drive, modifiable en temps réel et dont l’historique des modifications permet à l’enseignant de savoir qui a contribué ou non à l’avancée du document.
Une élève a ainsi fini par poster de son propre chef un support d’exposé réalisé dans son année de seconde, pour que le collectif puisse en bénéficier.

Néanmoins, on peut émettre quelques réserves et s’attarder sur certains points de vigilance :
Au niveau logistique, la plateforme est un outil qui dépend de Google, et il est indispensable de passer par la procédure d’inscription de l’établissement à la G Suite for Education, et de ne pas lancer l’initiative avec des adresses Gmail classiques, dont le stockage et la protection des données sont, par définition, ceux du grand public. La G Suite for Education via les établissements est davantage sécurisée, et les données sont protégées, avec la garantie de l’absence de publicité.

Le souhait au départ était celui d’une boîte mail entière dédiée à la classe, et d’un espace de stockage lié, mais très vite s’est imposé le problème des multi-connexions et du blocage automatique par Google, qui pensait à un piratage. L’expérience a donc tardé à fonctionner correctement.

Au niveau des contenus, on déplore la présentation exclusivement chronologique, rendant parfois la hiérarchisation de l’information plus complexe. Le professeur a tendance à aussi bien poster des informations relatives à la classe qu’à la vie de classe, voire à l’orientation des élèves. Il conviendrait de mieux hiérarchiser et structurer la colonne centrale.
En outre, les élèves ont tardé à interagir entre eux ou avec le professeur, malgré des incitations multiples. Curieusement, s’est établie une « concurrence indirecte » de cet espace avec un espace parallèle uniquement exploité par les élèves (type page Facebook, groupe de classe). Le blocage concernant la participation spontanée des élèves sur le Classroom tient sans doute à la présence professorale et à la gestion de l’outil par le professeur lui-même.

Au niveau des réglages internes, on constate un blocage des potentialités concernant les tests en ligne par exemple : une plateforme comme ELEA convient mieux si le but est d’évaluer les élèves en classe inversée. Attention enfin au verrouillage du cours et des contenus, au droit à l’image et à la propriété intellectuelle. Il convient d’accepter uniquement les élèves de la classe et de protéger son espace, pour éviter les intrusions malveillantes. L’ouverture des commentaires aux élèves implique également une vigilance sur les contenus postés par les élèves.

Conclusion et objectifs à venir 

L’expérience fut globalement concluante, avec des retours très positifs, non seulement pour animer le cours en temps réel, faire de la différenciation pédagogique, mais aussi pour les élèves absents temporairement qui souhaitaient récupérer des supports pour les travailler et ne pas se sentir perdus en classe. Les perspectives du Classroom se sont ouvertes au fur et à mesure de l’expérience, avec des retours et des prolongements qui n’étaient pas prévus au départ. La demande fut très forte en fin d’année de reconduire l’expérience pour les promotions suivantes. Les élèves jugeaient unanimement le dispositif très utile pour récupérer des documents ou prolonger les contenus vus en classe mais aussi pour établir leurs fiches et documents de révision.

Une nouvelle expérience permettra de rendre cet espace plus interactif dès le départ. Cela implique qu’on veille très attentivement aux contributions et aux contenus postés et qu’on incite plus régulièrement les élèves à participer de façon certes un peu contrainte d’abord, pour aller vers davantage de spontanéité, l’idéal visé étant une plateforme complémentaire à l’espace-temps de la classe, dans toute sa complexité didactique et pédagogique.

Voir en ligne : http://eduscol.education.fr/lettres...

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