Expérimentation d’un pôle humaniste en classe de 4ème

, par Delphine Regnard

Projet présenté et réalisé par Marie Juzeau, Professeur de lettres au Collège Pasteur (Mantes-la-Jolie).

A la naissance du projet

Une nécessité et des volontés conjointes

- Donner du sens aux apprentissages, et au-delà, à l’Ecole : construire une culture humaniste avec les élèves.

- Motiver des élèves souvent en (grande) difficulté scolaire : proposer une nouvelle manière de travailler qui amène l’élève à une situation de réussite (créer un pôle d’excellence, R.A.R.).

- Mettre en œuvre le socle commun des connaissances et des compétences, et l’Histoire des arts

- Intégrer des compétences dans les disciplines

- Adapter la pédagogie aux besoins réels des élèves

- Faire de l’Histoire des arts un moteur de l’éveil à la curiosité intellectuelle des élèves

Une équipe

- De l’élan et des hésitations (un projet ambitieux, mais travail en équipe = visibilité mutuelle et remises en question, réticences de certains à l’égard du socle, peur d’une surcharge de préparations et de réunions de concertation, prise de risques, désintérêt de certains)

- Un noyau enseignant (lettres/histoire-géographie/arts plastiques) et des satellites.

- De nouvelles pratiques pédagogiques (co-animation, atelier artistique, inspiration de la pédagogie de projet de Freinet et du vieux courant de la nouvelle pédagogie, évaluation).

- La mobilisation de tout un établissement : le soutien moral de l’I.A., du chef d’établissement, de l’équipe administrative du collège, et le soutien financier du D.R.E., du collège (achat des lectures cursives).

Le cadre du projet

Une progression annuelle chronologique

Septembre – octobre : XVIIème siècle
Janvier – février : XVIIIème siècle
Avril – mai : XIXème siècle

- Construction de repères historiques clairs pour les élèves

- Logique de l’enseignement de l’Histoire et de l’histoire des arts (XVIII et XIXèmes siècles)

Les justifications des périodes

Se laisser le temps de la mise en place du pôle (3 périodes avec compétences et problématique commune) ; se donner un temps de travail cohérent (soit 6 à 7 semaines par période en cette année d’expérimentation) ; se laisser une marge de liberté par rapport au programme de chaque matière

La raison sociabilisante

Une sortie pédagogique avec exploitation et affichage postparatoires par période.

Une mise en place expérimentale

Comment le XVIIème siècle a-t-il compris la notion de règle ?

1ère étape : Comprendre le sens et l’importance des règles de vie sociale.
Nécessité de projets à mener pour capter l’attention de la classe et faire progresser chacun, et nécessité de rétablir des règles dans la classe.

2 directions
2 directions :
- Une dirigée explicitement vers les compétences sociales et civiques : la notion de règle.
Français (module) : La notion de règles (polysémie, synonymie) + Anglais : expression de l’ordre et du désordre sur le thème fédérateur du respect des règles de vie de classe + Heure de vie de classe

- Une insérée dans le programme de français de la classe de 4ème : La correspondance s’écrit-elle selon une seule et même règle ?
règles de présentation de la lettre, formules de politesse et d’appel, conjugaison et valeurs de l’impératif, fonctions de la lettre

2ème étape : Comment le XVIIème siècle a-t-il compris la notion de règle ?
- Découvrir les mouvements littéraires et culturels du baroque et du classicisme : les comparer pour les comprendre (une œuvre intégrale, Comment Molière met-il en scène le rapport de l’homme à l’argent dans L’Avare ?, un tableau dans deux matières, La Descente de Croix ou Déposition de Rubens, des projets architecturaux de façades pour Versailles, l’absolutisme en France et la révolution anglaise) (finalement non mis en place : la fugue en musique).
Un projet qui s’exporte et emporte les élèves à Versailles (pour visiter le château et ses jardins avant Noël, assister à la représentation théâtrale de L’Avare)

Quel regard le XVIIIème siècle pose-t-il sur l’autre ?

- Découverte d’un mouvement littéraire et culturel à travers des extraits littéraires, l’étude de deux œuvres intégrales (Candide et Micromégas en français et mathématiques), des œuvres picturales (tableaux et gravures du et sur le XVIIIème siècle, dont la mise en abyme du Salon de Madame Geoffrin, par Anicet Charles Lemonnier, 1812, sur lequel on reconnaît Montesquieu, Diderot, d’Alembert, le buste de Voltaire, Rousseau, Buffon), une analyse filmique (Ridicule, Patrice Leconte)

- Mise en place d’une correspondance avec Le Port (île de la Réunion) : un module de découverte de l’île, des séances d’écriture, inscription dans l’un des axes du projet d’établissement « Image de soi, image de l’autre ». 
Rendez-vous lecture autour de lectures cursives portant sur la mémoire de la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions (journée nationale de commémoration le 10 mai) : Léon, Léon Walter Tillage, La case de l’oncle Tom, Harriet Beecher-Stowe, Rêves amers, Condé Maryse, Deux graines de cacao, Evelyne Brisou-Pellen.

3ème problématique : en lien avec le XIXème siècle
Anticipée avec la visite de la maison d’Emile Zola à Médan et l’intégration probable de mises en scène d’extraits des Caprices de Marianne dans l’atelier artistique pour le spectacle de fin d’année.

Bilan d’étape

Du côté des élèves

- Régression de l’absentéisme mais encore parfois des actes d’incivilité envers certains enseignants (grossièretés dans les couloirs et en classe, tutoiement, concours de flatulences debout dans la classe, éternuements avec lancés de postillons …).

- Compréhension progressive du sens de l’Ecole

- Investissement majoritaire pour des contenus difficiles même si 1 élève reste en décrochage scolaire

- Mobilisation réelle de la classe lors de l’annonce de l’évaluation (concentration, efforts de révision, sérieux lors du devoir) et questions sur la problématique à venir

- Des bulletins de 1er trimestre globalement encourageants au vu des parcours scolaires (mais ceux du deuxième trimestre s’annoncent différents : est-ce dû à l’absence de problématique sur la période Toussaint-Noël ?)

Du côté des enseignants

- Richesse du travail d’équipe

- Stimulation et enrichissement intellectuels et culturels (choix de la problématique, choix de supports disciplinaires complémentaires, réactivation ou découverte de nouveaux savoirs).

- Décloisonnement formateur et décillant sur nos propres pratiques didactiques et pédagogiques, et mise au jour de causes possibles à certaines difficultés scolaires (mise en évidence de l’importance de compétences transversales : lire des consignes, écrire correctement, apprendre à apprendre, piliers 6 et 7 du socle notamment lors des sorties pédagogiques).

- Expérimentations collectives et individuelles pour le passage à l’évaluation de compétences (tâtonnements, coopération des élèves ; il nous reste à trouver, installer et utiliser un logiciel de gestion des compétences).

- Facilitation de la gestion de classe pour l’ensemble de l’équipe pédagogique (échanges multipliés et réactivité accélérée, cohésion de l’équipe enseignante visible pour les élèves et par conséquent plus efficace, approche globale de chaque élève pour les enseignants).

- Moments de satisfaction professionnelle : de vraies questions culturelles de la part des élèves, de petites remarques qui en disent long (« Ah ! C’est déjà fini ! », « Merci, Madame, c’était bien », « Dites, on pourra revenir ? »)
Deux points importants à améliorer : la communication avec les parents et leur implication, l’extériorisation du projet (expositions).

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