Entrer dans un texte : l’autobiographie et ses représentations

, par Gaëlle Chauvineau

travail proposé par Béatrice Beltrando

Cette activité proposée dans la seconde partie de l’année est l’occasion d’une réflexion sur la singularité des textes.
=> On entre dans un texte avec une représentation
=> Un texte littéraire c’est un projet esthétique unique et nécessaire
=> Un texte littéraire s’appuie sur une culture, la charrie et la réinvente.

Etape 1 : Travail préalable

Etude d’un texte de Lejeune et du préambule des Confessions. Définition des contraintes du genre, dont le pacte autobiographique.

Etape 2 : Lecture du texte de Moussa Lebkiri

Avertissement de l’auteur

Faites gaffe chers lecteurs, vous avez là entre les mains
un livre qui n’est pas ordinaire ; du genre beurlesque,
basanesque, tristesque, et autres migritudes
misérabilesques,
non !
Il vous prévient, l’auteur (voir couverture), que ce que
Vous allez lire – si vous savez lire -,
Est plutôt du genre drôlesque, amusanesque, et très
Bouz’loufe-rit tant qu’on peut.
Cette œuvre bouz’loufienne, achevée maghrébien que
mal, a été
conçue dans un style oral-écrit comme parlé sans aucune
façon ni maniérité.
Ce livre, tête de mouton, n’est pas à prendre avec des pincettes,
non !

À noter que tous les personnages de l’écrit sont autant tic
que tac :
du Chaouche, patron douanier de l’houtile, jusqu’à la
Zoubida l’Aurèsienne, lave-culottes,
en passant par le Tonio portuguais rats des chants homme
à tout faire.
Vous aurez des cousins en pagaille,
des troupeaux d’individus servis Allah louche,
et aussi des héros toutes catégorilles.
Bouz’louf-bouffez bien en tranches de vie ce plat
d’écrits.
Ici pas de leçon de fromage mohaliste puant fouhane, à
la façon des faibles de la fontaine,
non !
C’est de l’auto-vrai-bio-graphique pur cent pour sans
l’être entièrement.
L’auteur, ici, n’a aucunement prémédité les coups et
blessures donnés à la sainte-taxe.
Bien au contraire, il s’est appliqué, amoureusement à fleur-thé
à l’amante avec cette belle dame langue françoise.
Cependant, l’auteur (voir sa photo en quatrième de
couv’) vous demande de ne pas vous offusquer.
L’ouvrage est infesté de fautes d’orthograves.
Ne chercher nullement à le corriger, il est incorrigible,
et vous y perdriez votre latin.
Faites gaffe aux larmes de mulets sympas
qui coulent de l’encre noir khôl.
Et à la tondresse des moutons terribles.
Faites gaffe aux bandes gitanesques qui débarquent au
milieu
de n’importe quelle histoire
et qui vous agressent avec un n’importe quel vocable mal
dépoli de leur jargon si beau.
Les Bouz’loufs Têtes de Moutons
ne seront pas toujours là pour vous défendre,
alors passez la page…et votre chemin.
Chers lecteurs, vous constaterez dès la première page,
l’ampleur des dégâts occasionnés par mes personnages,
et qui ont mis sens dessus-deux sous mon œuvre.
C’est pourquoi je vous prie d’excuser l’ordre
anachronique de mes souvenirs.
À présent chers lecteurs, lisez et…laissez-vous lire.

Votre auteur moi.

« Avertissement de l’auteur », Kif-kif piment comme il respire, Moussa Lebkiri, 2000.
La lecture du texte suscite de nombreuses réactions. Le débat est guidé :
=> Que pensez-vous de cette première page ? Les élèves ne voient pas l’aspect traditionnel du texte. Ils sont persuadés que la langue est fautive. Ils l’apprécient mais redoute de le présenter au bac !
=> Est-ce un pacte autobiographique (repérage des éléments) ?
=> Comment l’auteur joue-t-il avec la langue ?… où l’on s’aperçoit qu’il n’y a pas de fautes…
=> Que nous révèle la tension entre une langue inventée et un pacte traditionnel sur les caractéristiques d’une autobiographie littéraire ?
=> L’auteur avait-il envisagé vos interrogations ? Comment y répond-il ?

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