Représentations des sciences et techniques en littérature et en peinture. Récit d’une expérience

, par SAULNIER Sophie, Lycée Jean Jaurès d’Argenteuil (95)

Contexte de travail

Le travail est mené avec une classe de 1ETN du lycée Jean Jaurès (Argenteuil) dans le cadre de « L’autre semaine ». Cette « autre semaine » fait partie du projet d’établissement et permet pendant quatre jours de proposer aux élèves une autre organisation et une autre manière de travailler : les professeurs proposent des ateliers culturels, artistiques, méthodologiques, des sorties etc.
Je dispose d’une journée entière avec les élèves, je me suis assurée de la collaboration du professeur d’électronique et de sa salle de travail (ordinateurs et connexion internet).
Cette journée particulière se déroule en décembre, elle est déconnectée de la séquence sur laquelle nous travaillons, mais j’annonce aux élèves qu’elle prendra sa place dans la séquence suivante, l’argumentation.

Mise en place du travail et consignes données aux élèves

Un diaporama présente rapidement les enjeux, les consignes et propose un bref exemple.

Enjeux

C’est à partir d’un extrait de l’article « Sciences » du chevalier de Jaucourt (Encyclopédie) que sont présentés les enjeux et la problématique de notre séance. La lecture du texte est progressive, elle s’effectue en trois temps (en trois diapos) de manière à mettre en valeur le type de raisonnement adopté par le chevalier de Jaucourt :

  • 1. « Il est certain que les sciences sont l’ouvrage des plus grands génies. C’est par elles que l’immensité de la nature nous est dévoilée ; ce sont elles qui nous ont appris les devoirs de l’humanité, & qui ont arraché notre âme des ténèbres pour leur faire voir, comme dit Montaigne, toutes choses hautes & basses, premières, dernières & moyennes ; […] »
  • 2. « Telle est aujourd’hui la variété & l’étendue des sciences, qu’il est nécessaire pour en profiter agréablement, d’être en même temps homme de lettres. D’ailleurs les principes des sciences seraient rebutants, si les belles lettres ne leur prêtaient des charmes. Les vérités deviennent plus sensibles par la netteté du style, par les images riantes, & par les tours ingénieux sous lesquels on les présente à l’esprit. »
  • 3. « Mais si les belles - lettres prêtent de l’agrément aux sciences, les sciences de leur côté sont nécessaires pour la perfection des belles - lettres. Quelque soin qu’on prît de polir l’esprit d’une nation, si les connaissances sublimes n’y avaient accès, les lettres condamnées à une éternelle enfance, ne feraient que bégayer. Pour les rendre florissantes, il est nécessaire que l’esprit philosophique, & par conséquent les sciences qui le produisent, se trouvent, sinon dans l’homme de lettres lui - même, du - moins dans le corps de la nation, & qu’elles y donnent le ton aux ouvrages de littérature. »

Apparente opposition et complémentarité nécessaire, seront donc l’enjeu de la réflexion des élèves.

Consignes

►Dans un premier temps, les élèves doivent choisir un thème de travail. Je leur propose une liste non exhaustive :

  • Médecine
  • Anatomie
  • Astronomie
  • Mécanique
  • Électricité (lumière)
  • Automatisme
  • Automates
  • Topographie
  • Construction
  • Sciences de l’ingénieur
  • Sidérurgie…

►Ils doivent ensuite chercher sur internet des documents, les rassembler et les organiser dans un power point.

►Leur travail doit être organisé de manière à mettre en évidence les types de relations qui pourraient exister entre les sciences et les arts. Je leur propose les pistes suivantes :

  • Observation
  • Éloge, glorification
  • Blâme
  • Fascination
  • La peinture comme instrument de recherche ou comme document scientifique
  • Intégration d’une nouvelle technologie dans l’œuvre

►Il est rappelé que, pour être lisible, les diapos ne doivent pas être trop surchargées, et que les passages rédigés doivent être courts. Les sources doivent être citées.

Un exemple

Pour faciliter la compréhension de ce qu’ils ont à faire, un court exemple leur est proposé. Il comprend deux documents :

  • un extrait de la présentation d’une conférence sur http://www.palais-decouverte.fr/index.php?id=1894 , intitulée « De quelques usages de l’électricité dans l’art, entre le XVIIIe et le XXIe siècle », permet de rappeler la problématique. Cet extrait, un peu difficile d’accès pour des élèves de STI, a uniquement pour fonction de concrétiser ma demande et de la valider par le réel. Les élèves se rendent compte qu’existe bien, dans les faits, une relation entre sciences et arts, que l’art s’intéresse à la science et réciproquement, ce qui, au départ, est loin d’être une évidence pour eux.
    (D’autres conférences sont présentées sur ce même site autour de la thématique Arts et sciences : « Les frontispices astronomiques », « Musiques et nouvelles technologies », « La lumière et la vie », « Les représentations de l’embryon et du fœtus humains : entre art et science » « Rayonnements et flux : du Soleil à l’œuvre d’art », « La sculpture polychrome : science, patrimoine et création numériques ». )
  • une illustration de deux des types de relation proposés (thème électricité) :

Les élèves au travail

Travail des élèves en autonomie en groupes de deux ou trois

Les élèves ont tendance à partir d’emblée sur une piste historique (histoire de l’électricité) et à oublier complètement problématique et consignes. Il faut donc les leur rappeler et leur donner des pistes, tout en les incitant à réfléchir par eux-mêmes. Des groupes de travail se constituent sur l’électricité, l’astronomie et l’anatomie. Trois groupes arrivent à finaliser leurs travaux ( le lycée ferme ses portes en début d’après-midi pour cause de neige, et un certain nombre d’élèves ne revient pas l’après-midi sous le prétexte de la neige).

  • Un groupe sur l’astronomie met en avant sa bonne connaissance de la littérature de science-fiction. Présentation de Jean-Pierre Luminet astrophysicien et poète.
  • Un autre groupe sur l’astronomie fait une bonne recherche iconographique (art égyptien, globes du cosmographe vénitien Vicenzo, Miro, Hergé… relation avec Cyrano de Bergerac Etats et Empires de la lune et du soleil. Travail en trois parties : astronomie, art, littérature.
  • Le groupe sur l’anatomie privilégie un des types de relation : l’art comme apport (document) pour la science.

Suite du travail

Les élèves ont présenté leur diaporama en classe entière. Ils se sont alors rendu compte de la nécessité d’une diapo de conclusion.

  • Les diaporamas ont fait partie des documents complémentaires présentés à l’oral de l’EAF, dans la séquence sur l’argumentation (les élèves ont pu se tester lors du bac blanc).
  • Leur travail a été mis sur un mini-blog constitué autour de deux projets menés dans la classe. Les professeurs de la classe ont été invités à poster des commentaires portant tant sur la forme que sur le contenu. Les professeurs d’anglais et de physique ont joué le jeu, ce qui constitue un pas vers la transdisciplinarité. Ils ont proposé d’autres références littéraires ou artistiques pour compléter le travail des élèves (par exemple : le travail de Damien Hirst pour l’anatomie, les œuvres de Jules Verne pour l’astronomie, ainsi qu’une réflexion sur le questionnement de l’homme sur ses origines).
  • Le texte de Jaucourt a fait partie des textes étudiés dans la séquence sur l’argumentation intitulée « L’esprit scientifique au XVIIIème siècle ».

Remarques sur l’utilisation du texte de Jaucourt

L’intégration du texte de Jaucourt dans ce travail a constitué un bon préambule à la séquence sur l’argumentation et a permis d’aborder un texte qui aurait pu, sinon, être considéré d’un abord trop difficile pour des élèves d’une classe de 1ère STI.
Du point de vue de l’HDA : le but était de parcourir le temps jusqu’à nos jours, pour montrer que la problématique, que permet de poser Jaucourt, est plus que jamais d’actualité.

Remarques sur l’aboutissement du projet

Evidemment un professeur voudrait aboutir à quelque chose de parfait et peut être déçu par certains aspects de la réalisation ou certaines faiblesses de la réflexion. Mais j’ai tenu, dans cette expérience, à intervenir le moins possible et à laisser la plus grande liberté aux élèves, tout en leur rappelant bien sûr les consignes et la problématique à tenir.
Il est certain que les élèves trouvent plus facilement les documents iconographiques. La partie littérature a été un peu sacrifiée dans deux cas sur trois. Il faudrait sans doute mettre à leur disposition un large corpus de textes dans lequel ils pourraient puiser et trouver des directions de travail.

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