L’argumentation au collège

, par JULIEN Jacques, Collège Guy-Moquet, Gennevilliers

Quelle progression selon les programmes officiels

- En 6ème, on peut faire prendre conscience aux élèves, dans le dialogue oral, de l’intention qu’ils ont en parlant (obtenir une réponse, faire faire quelque chose à l’autre, le faire rire, lui faire peur, lui faire plaisir etc. ) et de l’efficacité de leur message.

- Dans le cycle central, l’argumentation peut être étudiée dans les textes explicatifs (ex : recettes, modes d’emploi) dont on peut leur faire repérer les articulations.
Le logiciel Lirebel comporte plusieurs exercices de ce type.

- En 3ème, on peut faire l’inventaire des diverses formes de discours argumentatif dans des textes.

Comment moduler ou étaler dans le temps l’acquisition de ce programme

La réalité peut amener à moduler ou à étaler dans le temps l’acquisition de ce programme.

- En 6ème surtout, le dialogue n’est pas partout chose naturelle. Faire taire le bruit autour de soi et en soi pour permettre simplement l’écoute, et laisser au vestiaire les outils habituels de la persuasion pour un langage sans cri ni menace est un effort d’abstraction ou de renonciation qu’il faut estimer à sa juste valeur. Les documents d’acompagnement appellent au réalisme : l’écoute est primordiale.

En fonction du niveau de la classe, on pourra aller du repérage grammatical des mots de l’argumentation (conjonctions de coordination, adverbes dits de liaison) et de leur sens au niveau de la phrase ou d’un paragraphe court à une prise de conscience de l’organisation textuelle de ce mode de parole qui ne raconte pas une histoire, mais qui tente d’emporter la conviction : le fameux « pôle argumentatif ». On pourra même étudier comment, dans les dialogues des personnages d’une histoire, il y a souvent une argumentation entre deux interlocuteurs, et qu’aucun texte n’est purement narratif. Le personnage d’Ulysse dans la tradition grecque, le rapport de Pierre et de Judas dans la tradition judéo-chrétienne ou le personnage facétieux de Djiha ou Goha dans la tradition populaire arabe, ou de tel animal dans la tradition africaine peuvent faire prendre conscience de cette puissance du langage.

- En 5ème-4ème, on devrait faire accéder les élèves à la maîtrise des effets produits par le discours en tenant compte de ce qu’attend la personne ou des personnes qui sont en face de soi.

Là encore en fonction du niveau, on pourra aller de la simple adaptation à un public à la prise de conscience d’une véritable stratégie verbale.

Le programme de littérature médiévale s’y prête : le Roman de Renart comme la Farce de Maître Pathelin permettent d’étudier les stratagèmes langagiers comme les romans arthuriens permettent d’étudier les affrontements verbaux de Ké et de Lancelot ou Gauvain. Pourquoi ne pas étudier par exemple les formes linguistiques que prennent la tromperie, le mensonge, le double sens depuis les récits médiévaux dont nous venons de parler jusqu’aux Fourberies de Scapin, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme ou Le Malade imaginaire ?

Quant au discours explicatif, on pourrait concevoir un travail interdisciplinaire avec le professeur de technologie qui parle du cahier des charges, du descriptif technique et du mode d’emploi d’un produit. Avec une bonne classe, on pourrait montrer, dans un travail sur un certain nombre de publicités, comment l’explicatif se mêle à l’argumentatif.

- En 3ème, tout en continuant l’étude du dialogue oral (comment défendre son jugement sur un livre ou un film de manière argumentée, ou comment défendre son point de vue dans un débat général), on peut commencer à faire prendre conscience aux élèves des enjeux d’un dialogue (tout ce qui n’apparaît à travers des mots, les présupposés, les sous-entendus), ne serait-ce qu’en les amenant à regarder de manière formelle ce qui se passe dans un débat télévisé : qui convainc qui ? pourquoi y-a-t-il blocage ?

L’analyse de textes d’idées simples et courts peut permettre à une classe de niveau moyen de parvenir à abstraire le schéma du raisonnement, qu’on pourra faire reformuler, voire mettre en scène s’il s’agit d’un raisonnement polémique. A une classe plus avancée de ne pas plaquer l’étude de l’ironie ou de l’humour « figure-à-apprendre-pour-le-bac », mais en faisant ressortir les enjeux de ces figures qui ne sont pas simplement de style : rabaisser l’adversaire ou faire semblant de se rabaisser soi-même pour mieux reconquérir le pouvoir. Exiger qu’un élève de 3e repère contre quelle opinion un texte s’inscrit en faux même s’il ne le dit pas n’est pas un objectif chimérique s’il s’agit d’armer les élèves à être des auditeurs, spectateurs ou acteurs avisés d’une discussion.

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