Desmarest. Promenade de Richelieu

, par PLAISANT-SOLER Estelle, Lycée Saint-Exupéry, Mantes-la-Jolie

Le Château de Richelieu

Lors que sur ce château la lune se fait voir,
En éclaire une part, et peint l’autre de noir,
Je pense voir deux temps que confond la nature.
Le jour est d’un côté, d’autre la nuit obscure.
Quel miracle ! qu’ensemble ici règnent sans bruit,
Et partagent la place et le jour et la nuit !
Allons voir au jardin en plus ample étendue
L’ombre de ce grand corps sur la terre épandue.
Déjà du grand palais si clair, si bien dressé,
J’en vois sortir un autre obscur et renversé,
Noircissant le parterre, et ses superbes dômes
Sur la terre couchés comme de longs fantômes ;
L’ombre aux corps attachés, inégale en son cours,
Suit l’astre également, et s’en cache toujours.
Allons voir ces canaux : quel doux calme en cette onde !
Ici je vois sous terre une lune seconde.
Ici le palais même, et si clair, et si beau,
A chef précipité se renverse dans l’eau.
O ! tromperie aimable ! ô ! jeu de la nature !
Est-ce une vérité ? n’est-ce qu’une peinture ?
Ensemble en trois façons ce palais se fait voir,
En soi-même, en son ombre, et dans ce grand miroir
Où tout est à l’envers, où tout change d’office,
Où les combles pointus portent tout l’édifice. [...]

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