L’enseignement FCA - Pourquoi ? Comment ? Première année, premières pistes

, par BERNOLLE Marie-Anne, Chargée de mission pour l’Inspection de Lettres

L’enseignement FCA – Français Culture Antique – fait l’objet d’un travail d’observation continu sur l’année 2021-2022, année de mise en place et d’expérimentation de ce nouvel enseignement.
Le présent article s’appuie sur le témoignage des collègues qui ont mis en place l’enseignement dans leur collège pour la classe de 6ème à la rentrée 2021. Merci à eux pour leur engagement.

Entrer dans le programme FCA

Entrer par l’étymologie

Certains collègues ont opté pour une entrée dans l’enseignement par l’étymologie. C’est une manière de donner au groupe le temps de s’installer et de se stabiliser, les effectifs pouvant être mouvants dans les premières semaines. Par ailleurs, ce fut pour les professeurs qui ont fait ce choix soit une manière de partir des besoins premiers des élèves, soit l’occasion d’une première approche propre à susciter la curiosité et l’intérêt.

  • Partir de l’étymologie du mot école pour aboutir à la création de fleurs étymologiques. La séquence de travail est axée sur la liaison CM2/6ème. Les fleurs étymologiques ont pour objet d’être partagées avec les élèves des classes de CM2.
  • Travailler sur le lexique du corps humain en collaboration avec le professeur de science en ménageant une ouverture sur le grec. L’apprentissage de l’alphabet grec a été proposé aux élèves qui s’y sont initiés avec enthousiasme.

Entrer par les expressions à origine mythologique

  • Il a été proposé aux élèves, en début d’année, de s’intéresser à un corpus d’expressions qui trouvent leur sens dans la mythologie. Le travail a remporté un vif succès.
    Ressource
    Cf. Sur la Page des Lettres le dossier « Quand on parle latin sans le savoir » (à venir)

Entrer par l’axe culturel

Objet d’étude n°1 - « Naissance et renaissance du monde, se représenter les origines de l’univers et des hommes » - Quand le monde naît
  • Commencer l’année autour de l’histoire de la création du monde par un travail interdisciplinaire avec le professeur d’histoire. Certains collègues interviennent en FCA en binôme en se partageant les heures de FCA.
    Ressources
    Utilisation de la collection « Bloc notes », Ellipses
Objet d’étude n°2 « Guerre et paix entre dieux et mortels, comprendre ce qui rassemble et divise »
  • Les relations entre les dieux et les mortels sont abordées à travers les Métamorphoses d’Ovide. Dans l’établissement, les élèves ont une heure de quinzaine ; mais tous les élèves de 6ème reçoivent cet enseignement.
    Chaque histoire de métamorphose est étudiée sous la forme d’une énigme policière. Les élèves sont invités à adopter une posture d’enquêteur, par équipe, et à s’appuyer sur le texte pour découvrir qui responsable de la métamorphose en s’appuyant sur une fiche d’enquête.
  • En liaison avec l’Histoire des Arts, on propose aux élèves de travailler à partir de représentations visuelles des chimères sur des vases, des peintures. Le travail vient ainsi compléter ce qui peut être fait en français sur la figure du monstre. À la suite d’un travail sur l’étymologie de certains noms, les élèves ont ensuite été invités, en s’appuyant sur une liste fournie de noms d’animaux en latin et en grec, à créer leur propre monstre au nom hybride et étrange. L’enjeu imposé était : et si on créait un monstre aujourd’hui, à quoi servirait-il ? Les élèves ont donc pris la plume pour décrire leur monstre et le mettre en scène pour justifier de son utilité.
Objet d’étude n° 3 « Représentations de l’au-delà – Imaginer le cycle de la vie » Géographie de l’au-delà
  • Faire découvrir les Enfers à travers le Tartare et ses habitants, condamnés aux châtiments éternels. La séquence s’ouvre sur un extrait des Métamorphoses d’Ovide IV. 432-463 pour conduire à la création d’un jeu des 7 familles autour des châtiments éternels.
    Ressource éduscol
    « Châtiments éternels »
    https://eduscol.education.fr/document/11423/download

Articuler les axes grammaire, lexique et culture

Articuler les trois axes finement est une possibilité et certainement l’objectif vers lequel tendre à certains moments de l’année, mais ce n’est en aucun cas une obligation, en continu, de bout en bout.

Les échanges avec les collègues engagés dans l’enseignement Français Culture Antique pour l’année 2021-2022 font apparaître que beaucoup sont entrés par un axe unique de façon à prendre en main le groupe, laisser le temps aux inscriptions tardives et installer tranquillement leur enseignement facultatif. Dans les enseignements optionnels, sans que pour autant ce soit jouer la carte de la facilité, plaire, séduire, donner envie restent un enjeu fort.

Deux tendances

Deux tendances apparaissent :

  • L’entrée par l’étymologie et le travail sur le lexique
    Les travaux proposés aux élèves s’inspirent fortement de la démarche exposée sur éduscol dans la ressource « Lexique et culture » et des fiches lexicales liées proposées sur Odysseum.
    Ils reposent sur une démarche de l’enquête et du jeu propre à susciter chez les élèves curiosité et goût pour la langue : quiz, mots croisés, memory que l’on peut proposer aux élèves de façon assez simple avec l’outil quizinière
    Ces travaux initiaux sur le lexique en début d’année sont aussi une manière de répondre aux préoccupations et aux besoins immédiats des petits élèves de sixième. Travailler sur le lexique de la rentrée, sur le vocabulaire des disciplines, sur les préfixes d’origine latine et grecque qu’ils vont retrouver par exemple en mathématiques, en sciences, en géographie, etc., est une manière de les aider et de les accompagner dans cette transition qu’est le passage du primaire au secondaire.
  • L’entrée par un axe culturel
    Les trois objets d’étude ont donné matière à entrer dans les programmes. Mais une constante : adopter comme démarche la pédagogie de projet. Proposer une représentation picturale ou sonore du chaos ; travailler sur la représentation des chimères pour inventer son propre monstre et prendre la plume pour le décrire, lui inventer une histoire et une utilité ; créer un jeu des sept familles autour des châtiments éternels ; réaliser une enquête pour découvrir le responsables de la métamorphose du personnage mythologique. Les projets sont divers mais ont tous pour intérêt d’accrocher les élèves et de les faire entrer dans ce nouvel enseignement de manière motivante et dynamique.

Dans l’un et l’autre cas, les autres axes rentrent en jeu au titre de prolongement pour une articulation des trois axes, non pas nécessairement à l’échelle d’une séquence, mais à l’échelle de l’année. Les professeurs évoquent également l’idée d’entrer par un des axes en début d’année pour des raisons de pragmatisme, d’autant que cette première année suppose les tâtonnements d’un enseignement qui se cherche encore, en envisageant de décloisonner progressivement en intégrant les deux autres perspectives.

Autres mises en œuvre

Les équipes pédagogiques ont pu faire le choix de mises en œuvre différentes lors de cette première année d’expérimentation :

  • Division de l’année en deux avec une première partie de l’année consacrée au monde grec et la seconde au monde romain.
    Axes grammatical, lexical et culturel s’entrelacent comme naturellement. L’année a donc commencé en plongeant les élèves dans l’univers hellénique en lien avec le programme d’histoire et la thématique de l’éducation à Athènes. Les élèves se sont initiés à l’alphabet grec, ont découvert des mots et des expressions en grec, se sont intéressés au commencement du monde et à la naissance des dieux pour écrire in fine leur propre récit théogonique.
  • Prise en charge de l’enseignement FCA en binôme pour une (ou deux) heure quinzaine chacun, en alternance
    Notamment des binômes professeur de lettres / professeur d’histoire géographie.
    Les rôles se répartissent : l’un l’axe lexical et grammatical pour une entrée par la langue, l’autre l’axe culturel pour une entrée par les textes, les deux logiques s’imbriquant et entrant en résonance d’une semaine sur l’autre.

Reste première la volonté d’offrir cet enseignement, selon des modalités qui s’adapteront aux possibles de chaque situation sur le terrain, au plus grand nombre d’élèves, dans la diversité de leurs parcours et de ce qu’ils sont, de façon à leur accorder un temps supplémentaire, hors des exigences programmatiques de chaque discipline, pour travailler et penser la langue dont la maîtrise conditionne leur devenir scolaire et professionnel, pour lire plus et mieux de façon à renforcer leurs compétences de lecteur, pour apprendre l’esprit de curiosité et le plaisir de se cultiver dans un espace offert par l’école pour apprendre autrement.

Répondre aux besoins identifiés par les évaluations sixième

Les évaluations sixième permettent d’identifier des besoins, que l’on retrouve d’année en année. L’enseignement Français Culture Antique propose un espace où répondre à ces besoins en donnant du temps et aux professeurs et aux élèves, pour travailler les compétences à renforcer de façon différente.

Travailler le vocabulaire

Le manque de vocabulaire est un des éléments qui expliquent les lacunes de certains élèves dans la compréhension des textes, qu’ils soient littéraires ou documentaires, comme le révèlent les « tests de fluence ».
L’enseignement facultatif FCA propose de donner aux élèves des clefs
- en passant par le latin et le grec, par l’étymologie,
- en comprenant mieux comment fonctionne la langue,
- en expérimentant comment se construit et évolue le vocabulaire d’une langue,
- en prenant conscience de la manière dont les langues européennes peuvent dialoguer entre elles.
L’axe lexical de l’enseignement FCA, en congruence avec les deux autres axes, culturel et grammatical, donne cette opportunité tout au long de l’année de 6ème pour le bénéfice de toutes les disciplines.

Travailler la grammaire grâce à un détour par le latin

Se sont dégagées plusieurs pistes pour aborder l’étude de la langue par le biais d’un détour par la langue latine. Les professeurs se proposent de partir de petites phrases, d’un corpus d’expressions, d’un petit corpus d’inscriptions, de dialogues au théâtre pour observer un fait de langue et l’utiliser pour aider à la compréhension et/ou la mémorisation d’un fait de langue en français.
Une collègue souligne que l’approche n’est pas fondamentalement différente de celle que l’on peut avoir en cours de latin, avec les élèves de cinquième notamment. Une autre rapporte que dans le cadre d’un temps de révisions planifiés en accord avec les collègues, elle est revenue avec les élèves sur la notion de fonction en français en faisant le détour par le concept de déclinaison et en s’appuyant sur le sens du nom donné à chaque cas.

Les ressources proposées sur éduscol pour l’axe grammatical esquissent une sorte de parcours programmatique, résultat de la réflexion collective des concepteurs du programme et des ressources, étant entendu qu’il n’est ni prescriptif ni exhaustif.

Elles induisent une méthodologie explicitée dans ce cours extrait audio :

Lire et faire lire

Les élèves qui rencontrent des difficultés dans la compréhension des textes accusent un manque de fluidité dans la lecture, qui nuit à leurs capacités de compréhension.
L’axe culturel de l’enseignement FCA, dans la manière dont il est pensé, est l’occasion de confronter les élèves à une multiplicité et une diversité de textes. C’est un temps donné pour faire entendre des textes, pour les faire lire, pour les faire oraliser. Pour gagner en fluidité, il n’y a pas de méthode miracle ; on sait que cela demande du temps. La solution se trouve dans la répétition et la régularité de la confrontation à l’exercice de lecture, dans un encadrement de proximité bienveillant. Cette heure ou ces deux heures supplémentaires de FCA en 6ème se prêtent à en faire notamment un moment de lecture, un moment de lecture partagée où l’élève peut se sentir moins impressionné pour prendre la parole pour une lecture à voix haute.

  • Une collègue évoque l’idée d’un rituel de lecture en ouverture de séance, en prenant par exemple appui sur la série « La feuilleton de… », la mythologie en cent épisodes, Bayard Jeunesse, pour une lecture ritualisée de trois quatre minutes à chaque heure de FCA.
  • Une autre confirme qu’en plaçant les élèves en posture d’enquêteur face à des textes qui vont leur donner la clef de l’énigme, elle fait le pari de contribuer ainsi à l’amélioration des compétences en compréhension de l’écrit.

Proposer l’option FCA en réponse à des besoins diagnostiqués

Une idée qui a émergé, testée dans un établissement, est de proposer l’enseignement FCA, après les tests de fluence, à des élèves présentant des profils à besoins ciblés, diagnostiqués par les tests de fluence du début de l’année de 6ème.
Selon les contextes d’enseignement et le public recruté, il est envisageable d’offrir cette option comme complément pour renforcer les compétences, à une ou plusieurs classes de 6e en anticipant sur les résultats prévisibles des tests de fluence. Les résultats au test permettent alors d’engager un dialogue avec les parents pour proposer le FCA comme une stratégie possible d’aide et d’accompagnement.



CONCLUSION

Dans les établissements où il a été mis en place, l’enseignement facultatif FCA a suscité la curiosité et l’enthousiasme de la part des collègues des différentes disciplines, qui voyaient là un espace facile de travail en interdisciplinarité. Les professeurs chargés de l’enseignement notent également que le fait de recevoir des élèves de plusieurs ou de toutes les classes du collège favorise les échanges avec un grand nombre de collègues, notamment issus de disciplines avec lesquelles les projets interdisciplinaires vont moins de soi.
Les élèves qui se sont engagés dans l’enseignement témoignent également de leur appétence et de leur plaisir. Cela tient notamment à l’impression de ne pas être dans le cadre classique : un cours qui prend les allures de club, parfois sur le temps de midi, dans un cadre plus informel avec des pratiques d’évaluation différentes.
Tous les professeurs s’accordent à dire, si l’on tient compte de ceux qui ont accepté de se lancer dans l’aventure, que et les élèves, et les professeurs, et les parents et les établissements concernés se disent contents de l’expérience et plébiscitent ce nouvel enseignement.

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