Expression de la négation Étudier des cas complexes

, par Inspection pédagogique régionale de Lettres

Exemple hybride d’étude de la langue en classe de Première

1- Scénario d’hybridation pour travailler la grammaire

2- Leçon de grammaire

Étudier des cas complexes de l’expression de la négation

Prérequis

Pour analyser le corpus proposé ci-après, les élèves s’appuieront sur leurs acquis concernant :

  • 1) L’identification et la connaissance des formes de phrase négative et des principaux éléments d’expression de la négation
  • 2) La subordination et les propositions subordonnées :
    La syntaxe des propositions subordonnées conjonctives en « que »
    La syntaxe des propositions subordonnées relatives
    La syntaxe des subordonnées circonstancielles

Étape 1 - Observer, comparer, manipuler

À distance, en autonomie

Corpus proposé aux élèves

a. Les ressources de la planète ne sont pas inépuisables.
b. Cet échec ne l’a pas découragée.
c. Il réussit, non sans difficulté, à monter l’escalier.
d. On ne peut pas ne pas lui faire confiance.
e. Il n’est pas impossible qu’il pleuve.
f. Il ne faut pas exclure que la compétition ait lieu.
g. Je ne vois personne qui puisse nous aider.
h. Il n’y a rien qu’on puisse objecter à un raisonnement aussi solide.
i. Il n’est rien que nous ne soyons prêts à faire pour lui être agréables.
Questions pour guider l’analyse du corpus à distance

1. Quel est le point commun de ces phrases sur le plan grammatical ?
2. Quel est le point commun entre a et b du point de vue de l’expression de la négation ?
3. Peut-on rapprocher c de a et b ? Justifiez.
4. Transformez chacune des phrases a, b, c en une phrase de même sens ne comportant aucune négation.
5. Transformez d en une phrase de même sens ne comportant aucune négation. Pour cela, proposez un autre verbe que « pouvoir » et justifiez votre choix.
6. Quels sont les points communs entre e et f sur le plan grammatical ? Transformez ces phrases en phrases de même sens ne comportant aucune négation.
7.
a. Transformez g en une phrase simple de même sens commençant par « Personne ».
b. Transformez h en une phrase simple de même sens commençant par « On ne peut ».
c. Que remarquez-vous dans les deux cas ?
8. Transformez i en une phrase simple de même sens commençant par « Nous » ou « Nous sommes ». Que remarquez-vous ?

Étape 2 - Classer les phrases et s’approprier les stratégies de manipulation

En présence, avec le professeur

Classer les phrases et s’approprier les stratégies de manipulation pour analyser une phrase et en comprendre le sens.

Proposition de classement

1. Phrases simples (a, b, c) où la négation est cumulée, avec selon les cas :

  • la négation ne… pas… et un adjectif construit avec un préfixe privatif (pas inépuisable = « épuisables »)
  • la négation ne… pas… et un verbe construit avec le préfixe « dé(s)- » exprimant l’action contraire
  • l’élément négatif non et une préposition
    Il suffit dès lors de trouver un adjectif (lisible vs illisible) ou une préposition de sens positif (non sans = « avec ») ; pour le verbe, la chose est plus difficile parce que « ne pas décourager » ne signifie pas « encourager ». Le sens de ces phrases est positif.

2. Phrase (d) simple comportant un verbe principal nié suivi d’un infinitif nié : le sens est positif, mais attention : « On ne peut pas ne pas » = « On doit » et non « on peut ».

3. Phrases complexes comportant une principale à la forme négative suivie d’une subordonnée :

  • conjonctive en que à la forme affirmative (e, f) : la phrase complexe équivaut à une phrase simple de sens positif (« Il pleuvra peut-être. » ; « La compétition aura peut-être lieu. ») ;
  • relative à la forme affirmative (g, h) : la phrase complexe équivaut à une phrase simple à la forme négative (« personne ne peut nous aider » ; « on ne peut rien objecter ») ;
  • relative à la forme négative (i) : la phrase complexe équivaut à une phrase simple à la forme affirmative : « il est prêt à tout faire ».
Bilan

Stratégies de manipulation pour analyser la phrase comportant des éléments négatifs et en comprendre le sens :

  • transformer pour soi en éléments positifs les éléments négatifs niés
    Exemples :
    il n’est pas impossible = il est possible
    on ne peut exclure que = on peut envisager que, s’attendre à ce que
  • transformer pour soi une structure de phrase complexe en une structure de phrase simple : « je ne vois personne qui puisse…. » = « personne ne peut … » ; « je ne vois personne qui ne puisse…. » = « tout le monde peut…. » ; « il n’est rien qui ne soit » = « tout est ».

Étape 3 - S’exercer en inventant des phrases inspirées des structures déjà rencontrées

À distance, en autonomie

1. En vous inspirant de a et e, inventez une phrase, simple ou complexe, contenant l’un des adjectifs suivants : « illisible », « inenvisageable », « immodéré », « irréversible », « irrecevable », « inenvisageable ».

2. En vous inspirant de c

  • inventez une phrase, simple ou complexe, contenant l’expression « non sans ».
    N.B. Pour différencier, il est possible de proposer des mots : « humour », « regret », « tristesse », « élégance », « talent ».

3. En vous inspirant de f, inventez une phrase complexe contenant une principale à la forme négative (comprenant le verbe « prétendre » ou « ignorer ») et une subordonnée conjonctive affirmative.

4. En vous inspirant de h, i et j, inventez une phrase complexe contenant une principale à la forme négative (comprenant le verbe « avoir » ou « connaître » ou « rencontrer ») suivie d’une relative affirmative.

5. En vous inspirant de h, i et j, inventez une phrase complexe contenant une principale négative (verbe « rencontrer », « connaître », « y avoir ») suivie d’une relative négative.

Étape 4 - Prolongement éventuel en présence, avec le professeur

Approfondir la réflexion linguistique à partir d’un corpus enrichi

Corpus

Exemple de corpus enrichi à la suite de la mise en commun du travail réalisé à distance : l’approfondissement porte sur la négation cumulée.

j. Ce n’est pas une décision irréversible.
k. Une réouverture prochaine des piscines n’est pas inenvisageable.
l. Paul n’a pas un goût immodéré pour les mathématiques.
m. Ce texte n’est pas illisible : il faut simplement prendre le temps de le relire.
n. Cet argument n’est pas irrecevable, même s’il est un peu artificiel.
o. Il réussit, non sans difficulté, à monter l’escalier.
p. Elle lui fait remarquer, non sans humour, ses contradictions.
q. Il jeta, non sans regret ni tristesse, un dernier regard sur sa maison.
r. La conquête du pouvoir ne va pas sans effort ni persévérance.
s. Vous n’êtes pas sans savoir que l’année sera difficile.
t. « La perte d’un époux ne va point sans soupirs. »
Questions

1- Phrases j à n
Que peut-on dire de la formation de ces adjectifs de sens négatif, en observant leur préfixe et leur suffixe ; pourquoi peut-on les rapprocher ?

2- Les phrases m et n peuvent, dans une situation de communication donnée, comporter une intention : laquelle ? imaginez la situation ?

N.B. Le professeur peut introduire ici la dimension pragmatique de la négation, sa visée polémique, dans l’intention de réfuter un énoncé précédent, par exemple dans une situation de dialogue, en réponse à « Il est illisible, ce texte. » ou à « Désolé, cet argument est irrecevable. »

3- Que signifient selon vous r, s et t ? Justifiez.

3- Moment de grammaire

L’expression de la négation dans un texte littéraire

Étape 5 - le moment de grammaire à l’occasion d’une explication de texte

À distance, en autonomie

RAPPEL
Comme le programme l’indique, le moment de grammaire correspond à l’analyse grammaticale ponctuelle d’un court énoncé tiré d’un texte à l’étude. Il peut être mis en œuvre en amont de la leçon de grammaire, pour réactiver des connaissances antérieures, ou être mis à profit pour prolonger, voire compléter, une leçon de grammaire, dans une perspective spiralaire.
Le moment de grammaire permet, selon les situations, de lever un obstacle à la compréhension, ou de résoudre une difficulté d’expression orale ou écrite. Il peut, du même coup, être l’occasion d’entraîner les élèves à la question de grammaire de l’oral de l’E.A.F.

Voici différents exemples de moments de grammaire, qui pourront être étudiés au choix.

Moment de grammaire n°1 : Voltaire, L’Ingénu

QUESTIONS

1- Analysez l’expression de la négation dans cette phrase :

baptême d’eau, baptême de feu, baptême de sang, il n’y a rien que je vous refuse.

Transposez cette phrase à la forme affirmative sans en changer le sens.

La négation est cumulée : elle prend, d’une part, une forme syntaxique et est constituée de l’adverbe de négation « n’ » en corrélation avec le pronom indéfini « rien », qui reprend les trois groupes nominaux antéposés : « baptême d’eau, baptême de feu, baptême de sang ».
Sur le plan lexical, d’autre part, elle apparaît dans le sens négatif du verbe « refuse ». La phrase signifie donc « Je vous accorde tout : baptême d’eau, de feu, de sang ».

2- Analysez l’expression de la négation dans cette phrase :

Mlle de Saint-Yves eut la gloire de faire en deux paroles ce que ni les empressements du prieur, ni les interrogations réitérées du bailli, ni les raisonnements même de monsieur l’évêque, n’avaient pu faire.

La négation est constituée de l’adverbe de négation « ne », corrélé aux trois occurrences de la conjonction négative « ni » qui sert à coordonner les trois groupes nominaux sur lesquels porte la négation. Cette triple présence des conjonctions négatives « ni » a pour effet le recours au seul « ne » comme élément négatif. Le troisième constituant sur lequel porte la négation (« les raisonnements de monsieur l’évêque ») prend une valeur supérieure grâce à l’adverbe « même ».

3- Analysez l’expression de la négation dans cette phrase :

Comme il n’y a jamais eu de cérémonie qui ne fût suivie d’un grand dîner, on se mit à table au sortir du baptême.

Qu’a de particulier le « ne » dans « qui ne fût suivie… ?

Deux négations apparaissent ici : une première, partielle, constituée de l’adverbe « ne » corrélé à l’adverbe « jamais » : elle porte sur le temps, mais sur la totalité du temps. En cela, « ne… jamais… », négation partielle sur le plan formel, est en réalité un renforcement de la négation totale « ne… pas ».
La seconde négation est constituée de l’adverbe « ne » utilisé seul : cet emploi isolé apparaît dans une subordonnée relative qui suit une principale négative. L’énoncé signifie donc : Comme toute cérémonie a toujours été suivie d’un grand dîner, on se mit à table au sortir du baptême. Cette tournure doublement négative marque un registre de langue soutenu, littéraire.

4- Analysez l’expression de la négation dans ce passage :

et qu’il était bien triste qu’on n’en pût faire autant en Basse-Bretagne, à laquelle Dieu a dénié les vignes.

Quel mot négatif pourrait être ajouté sans modifier le sens de la phrase ? Justifiez.

La négation est tout d’abord exprimée par l’emploi isolé de « n’ », qui n’est pas corrélé à un second élément : la négation est toutefois totale et porte sur l’ensemble de la proposition. On pourrait ajouter l’adverbe « pas » sans en modifier le sens : « qu’on n’en pût pas faire autant en Basse-Bretagne. » L’absence du second élément de la négation est caractéristique d’un état de langue ancien, ici du XVIIIe siècle.

Texte support n°1

Moment de grammaire n°2 : Montaigne, Essais, « Des Cannibales »

QUESTIONS

1- Analysez l’expression de la négation dans cette phrase :

Je ne sais si je me puis répondre que il ne s’en fasse à l’avenir quelqu’autre, tant de personnages plus grands que nous ayant été trompés en cette-ci.

Les deux occurrences de « ne (n’) » ont-elles la même valeur ?

L’adverbe de négation « ne » dans « je ne sais » est utilisé seul : il porte, comme le ferait « ne…pas… », sur l’ensemble de la proposition principale ; la négation est totale.
La seconde occurrence de l’expression de la négation est l’adverbe « ne », également employé seul. On pourrait reformuler le passage ainsi : Je ne sais pas si je peux garantir qu’il ne se fera pas une autre (découverte aussi considérable que celle-ci (= Il se pourrait qu’il se fasse une découverte aussi considérable), tant de personnages plus grands que nous ayant été démentis par celle-ci (la découverte d’un pays infini). Comme dans la proposition principale, l’adverbe « ne » donne un sens négatif à l’ensemble de la proposition subordonnée.
Cette phrase, qui présente un cas de négation cumulée, peut se réduire à une phrase de sens positif. Dans les deux cas, l’absence du second élément de la négation (« pas », par exemple) est caractéristique d’un état de langue ancien, ici du XVIe siècle.

2- Analysez l’expression de la négation dans cette phrase :

Nous embrassons tout, mais nous n’étreignons que du vent.

Reformulez la phrase en remplaçant « ne…que » par un autre élément.

La négation est constituée de l’adverbe « ne » corrélé à l’adverbe « que » : il s’agit d’une négation restrictive, qui indique une exception. L’élément positionné après « que » n’est pas nié, ce qui permet à la proposition de conserver sa valeur de vérité : elle signifie nous n’étreignons rien, sauf du vent / nous étreignons seulement du vent/ nous n’étreignons rien si ce n’est du vent.

Texte support n°2

Moment de grammaire n°3 : Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves

1- Analysez l’expression de la négation dans ce passage :

Il est vrai aussi que ce duc avait donné des marques d’une valeur si admirable, et avait eu de si heureux succès, qu’[I]l n’y avait point de grand capitaine qui ne dût le regarder avec envie.

Transposez le segment souligné à la forme affirmative sans en changer le sens.

La négation apparaît, tout d’abord, avec l’adverbe « n’ » corrélé à l’adverbe « point ». La négation a donc une portée totale : l’ensemble du segment « [qu’] il n’y avait point de grand capitaine qui ne dût le regarder avec envie » est nié.
La seconde expression de la négation consiste en un « ne » isolé : cette forme de négation totale exprimée par un seul élément négatif apparaît dans une subordonnée relative intégrée dans une subordonnée circonstancielle, elle-même à la forme négative.
La négation cumulée permet donc de reformuler l’énoncé à la forme affirmative : (si admirable que) chaque (tout) grand capitaine devait le regarder avec envie.

2- Analysez l’expression de la négation dans ce passage :

Le vidame de Chartres, descendu de cette ancienne maison de Vendôme, dont les princes du sang n’ont point dédaigné de porter le nom, était également distingué dans la guerre et dans la galanterie.

Transposez-la à la forme affirmative de sens équivalent.

La négation apparaît, tout d’abord, avec l’adverbe « n’ » corrélé à l’adverbe « point ». La négation a donc une portée totale : l’ensemble de la proposition « dont les princes du sang n’ont point dédaigné de porter le nom » est nié.
Elle apparaît aussi sous « ont...refusé ». La négation cumulée pourrait donc recevoir une reformulation positive. Afin de ne pas perdre l’idée de mépris contenue dans « ont...dédaigné », il convient d’ajouter l’idée d’honneur : dont les princes du sang ont accepté (avec honneur) de porter le nom.

3- Analysez l’expression de la négation dans ce passage :

Ce qui le mettait au-dessus des autres, était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que l’on n’a jamais vu qu’à lui seul.

Reformulez la proposition « que l’on n’a jamais vu qu’à lui seul » à la forme affirmative de sens équivalent.

La négation est d’abord exprimée sous une forme lexicale avec l’adjectif « incomparable », constitué du préfixe privatif « in- ».
La seconde occurrence comprend trois éléments : l’adverbe « ne » corrélé à l’adverbe « jamais » et combiné à un troisième élément, « que ». Il s’agit d’une négation restrictive, qui a le sens positif de seulement et permet de marquer l’exception : elle serait l’équivalent de : un agrément (…) que l’on a vu seulement (ou uniquement) à lui, ou plus précisément, de : un agrément (…) que l’on n’a jamais vu, sauf à lui.

4- Analysez l’expression de la négation dans ce passage :

et enfin un air dans toute sa personne qui faisait qu’on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait.

Reformulez la proposition « qu’on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait » à la forme affirmative de sens équivalent.

La négation se compose de l’adverbe « ne » corrélé à « que » : il s’agit d’une négation restrictive, qui a le sens positif de seulement et permet de marquer l’exception : elle serait l’équivalent de qu’on pouvait regarder lui seulement (et rien d’autre) dans tous les lieux où il paraissait ; ou encore : qu’on ne pouvait regarder rien, sauf (sinon) lui dans tous les lieux où il paraissait.

Texte support n°3

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)