Articulation des différentes activités en 2nde

, par LAMOURE Alexandra, Lycée Marcel-Pagnol, Athis-Mons

La nécessité d’articuler les différentes activités du cours de français

Pour les élèves sortant de troisième, l’année de seconde est riche en découvertes et en épreuves de toute sorte, que ce soit la maîtrise de cette satanée lecture méthodique ou l’initiation aux trois sujets sacrés de l’EAF, alias Epreuve Anticipée de Français. C’est une année tout aussi éprouvante pour le professeur qui doit faire entrer dans le moule de l’EAF des élèves qui n’ont, pour certains du moins, jamais pratiqué le français comme on le fait en seconde, cela sans les dégoûter du plaisir de la lecture des beaux textes de notre littérature. Je me suis moi-même trouver confrontée à ce triple défi : préparer au bac, écrit et oral, faire lire, montrer que la littérature est vivante ... et tout cela en 33 misérables petites semaines !

Proposition pour mener à bien cette nécessaire articulation

Pour tenir face à ces exigences, j’ai choisi d’articuler mes séances comme suit ...

Le cours de français s’organise en trois domaines : la littérature, la lecture et la technique.

- La littérature s’intéresse aux textes du Moyen-Age, du XVIème et du XVIIème siècle, périodes à privilégier en seconde d’après les Instructions Officielles. A partir de groupements de textes ou d’études d’oeuvres intégrales, les élèves parcourent ces époques et s’entraînent à la lecture méthodique selon le schéma déconstruction / reconstruction du texte. Prévoir 2 heures par séance et par texte.

- La lecture s’intéresse aux trois autres siècles, les XVIIIème, XIXème et XXème siècles. Le programme de lecture progresse par genre. Il s’agit pour les élèves de lire à la maison, pour chaque genre et chaque siècle, une oeuvre intégrale. L’oeuvre est ensuite étudiée en classe à travers quatre à cinq extraits, présentés à l’oral en classe par un élève sous la forme d’une lecture méthodique type oral de l’EAF. Le professeur propose ensuite une reprise, orale sur la pratique de l’élève et écrite pour fournir un plan détaillé méthodique du texte étudié. Les autres élèves ont évidemment tous préparé l’extrait en question et cinq copies, choisies au hasard, sont ramassées à chaque séance. Prévoir une heure par séance.

- Le programme de lecture est choisi en fonction des adaptations cinématographiques existantes et chaque étude intégrale s’achève sur le visionnage d’un film étudié ensuite pendant deux heures. L’objectif poursuivi ici est multiple. Il s’agit pour moi de lutter contre l’idée désespérément ancrée dans l’esprit des élèves que « le cinéma c’est mieux que les livres », et ce en leur montrant que chaque art a ses outils et qu’on ne saurait comparer ce qui est fondamentalement différent. J’utilise en outre cette attirance naturelle pour le septième art afin de dynamiser leur approche des textes en leur montrant que la littérature un art universel dans ses prolongements. Enfin j’espère en faire des spectateurs moins passifs et plus critiques (voeu pieux ... ?). Dans ce domaine de la lecture, l’étude d’oeuvres dramatiques permet un rapprochement très intéressant entre théâtre et cinéma. Il s’agira alors de choisir trois oeuvres dont les vidéos permettent de faire sentir aux élèves comment l’on passe progressivement du théâtre joué sur scène au film adapté d’une pièce, en passant par les excellentes adaptations de Bluwal par exemple qui fait du cinéma en respectant les textes des auteurs.

- Les cours de technique sont choisis en fonction de l’oeuvre lue. En effet, à l’issue de l’étude de l’oeuvre, un contrôle de lecture en une ou deux heures est organisé. Il consiste en une vérification de la lecture intégrale et de la bonne compréhension des élèves mais aussi en une application des cours de technique à l’oeuvre sous la forme d’exercices de repérage/interprétation à partir d’extraits.

Exemples de séquences respectant cette articulation des activités

Voici par exemple les séquences possibles pour une période de six semaines :

- Littérature : Groupement de textes : Le roman médiéval, entre histoire et légende. (5 textes : 2 extraits de la Chanson de Roland, 2 extraits de Tristan et Iseult, dont la mort des amants avec l’envoi final de Thomas, 1 extrait de Perceval ou Le Roman du Graal de Chrétien de Troyes, un bilan axé sur le rapport entre le réel et la fiction et sur la naissance de la notion d’auteur).

- Lecture : Les Liaisons Dangereuses, Laclos (4 ou 5 extraits selon la période de l’année concernée).

- Technique : Les notions de signifiant et de signifié et les types de texte.

- Cinéma : Les Liaisons Dangereuses, Frears (version française pour travailler sur le dialogue, excellemment traduit).

Exemple de contrôle de lecture s’appuyant sur cette articulation des activités

Voici un exemple de contrôle de lecture pour cette oeuvre et ces cours de technique :

- I. Connaissance de l’oeuvre

  • 1° Qui est Madame de Rosemonde ? En quoi peut-on dire qu’elle est une « entremetteuse » ignorante d’elle-même ? (3 pts)
  • 2° Lisez la lettre 92 et dites à quelles nouvelles elle se réfère et quels événements elle annonce. (4 pts)
  • 3° Quels liens existe-t-il entre Cécile et la marquise de Merteuil ? (2 pts)

- II. Application à l’oeuvre des cours de technique. (11 pts)

  • 1° « L’amour qui prépare ma couronne hésite lui-même entre le myrte et le laurier ... » (Lettre IV ; Valmont à Merteuil)
    Quel est le signifiant du mot « couronne » ? Quel est son signifié dans cette phrase ? Donnez deux autres signifiés possibles de ce mot. (0,5 + 1 + 1 pt)
  • 2° Réemployez ce même mot dans une phrase où vous jouerez sur son signifiant (vous indiquerez le ou les procédés mis en oeuvre). (2 pts)
  • 3° A quel genre appartient l’oeuvre Les Liaisons Dangereuses ? (0,5 pt)
  • 4° Reprenez la lettre 92 : ce texte appartient-il au discours ou au récit ? Justifiez votre réponse.
    Quel est son type ? Justifiez votre réponse. Quelle est sa tonalité ? Justifiez votre réponse. (2+2+2 pts)

Ce contrôle a été donné le 19 octobre, d’où la relative égalité entre les points accordés à la connaissance de l’oeuvre et ceux attribués à la technique. On peut, bien entendu, déséquilibrer ce rapport en faveur de la technique au fur et à mesure qu’on avance dans l’année et que les élèves s’habituent à l’approche méthodique des textes.


Lettre 92

LE CHEVALIER DANCENY AU VICOMTE DE VALMONT

« Mon ami ! votre Lettre m’a glacé d’effroi. Cécile... Dieu ! est-il possible ? Cécile ne m’aime plus. Oui, je vois cette affreuse vérité à travers le voile dont votre amitié l’entoure. Vous avez voulu me préparer à recevoir ce coup mortel. Je vous remercie de vos soins, mais peut-on en imposer à l’amour ? Il court au-devant de ce qui l’intéresse ; il n’apprend pas son sort, il le devine. Je ne doute plus du mien : parlez-moi sans détour, vous le pouvez, et je vous en prie. Mandez-moi tout ; ce qui a fait naître vos soupçons, ce qui les a confirmés. Les moindres détails sont précieux. Tâchez, surtout, de vous rappeler ses paroles. Un mot pour l’autre peut changer toute une phrase ; le même a quelquefois deux sens... Vous pouvez vous être trompé : hélas, je cherche à me flatter encore. Que vous a-t-elle dit ? me fait-elle quelque reproche ? au moins ne se défend-elle pas de ses torts ? J’aurais dû prévoir ce changement, par les difficultés que, depuis un temps, elle trouve à tout. L’amour ne connaît pas tant d’obstacles. Quel parti dois-je prendre ? que me conseillez-vous ? Si je tentais de la voir ? cela est-il donc impossible ? L’absence est si cruelle, si funeste... et elle a refusé un moyen de me voir ! Vous ne me dites pas quel il était ; s’il y avait en effet trop de danger, elle sait bien que je ne veux pas qu’elle se risque trop. Mais aussi je connais votre prudence ; et pour mon malheur, je ne peux pas ne pas y croire. Que vais-je faire à présent ? comment lui écrire ? Si je lui laisse voir mes soupçons, ils la chagrineront peut-être ; et s’ils sont injustes, me pardonnerais- je de l’avoir affligée ? Si je les lui cache, c’est la tromper, et je ne sais point dissimuler avec elle. Oh ! si, elle pouvait savoir ce que je souffre, ma peine la toucherait. Je la connais sensible ; elle a le coeur excellent et j’ai mille preuves de son amour. Trop de timidité, quelque embarras, elle est si jeune ! et la mère la traite avec tant de sévérité ! Je vais lui écrire ; je me contiendrai ; je lui demanderai seulement de s’en remettre entièrement à vous. Quand même elle refuserait encore, elle ne pourra pas au moins se fâcher de ma prière,et peut-être elle consentira.Vous, mon ami, je vous fais mille excuses, et pour elle et pour moi. Je vous assure qu’elle sent le prix de vos soins, qu’elle en est reconnaissante. Ce n’est pas méfiance, c’est timidité. Ayez de l’indulgence ; c’est le plus beau caractère de l’amitié. La vôtre m’est bien précieuse, et je ne sais comment reconnaître tout ce que vous faites pour moi. Adieu, je vais écrire tout de suite.Je sens toutes mes craintes revenir ; qui m’eût dit que jamais il m’encoûterait de lui écrire ! Hélas ! hier encore, c’était mon plaisir le plus doux. Adieu, mon ami ; continuez-moi vos soins, et plaignez-moi beaucoup. »

Paris, ce 27 septembre 17**

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)