Présentation du dossier

, par VIGNER Gérard, IA-IPR

Les périodes d’incertitude sont propices à la montée des angoisses et l’homme, si assuré qu’il croie être de son univers de vie, ne peut manquer d’être habité par de sourdes inquiétudes, tapies au plus profond de lui-même, qu’il tentera de conjurer en leur donnant forme par le moyen de dispositifs de figuration variés. Ce vacillement de la raison, cette soudaine montée des ténèbres, libèrent des créatures qui échappent aux catégories ordinaires de l’humain ou de l’animal. Etres hybrides, ces monstres exercent sur l’homme un pouvoir constant de fascination - répulsion, car ils sont ses compagnons de tous les moments ; le petit enfant qui, à leur évocation, va apprendre progressivement à surmonter ses peurs (et les monstres de Jurassic Park prennent ainsi la place laissée vacante par les loups-garous des légendes populaires aujourd’hui disparues), l’être adulte qui ne peut toujours contenir les pulsions qui l’habitent ; les héros de la Grèce archaïque comme ceux de la science-fiction à la modernité la plus débridée. Et même si l’on ne croit plus aux monstres, existe toujours ce besoin de les faire vivre et de les défier symboliquement.

Aussi cette figure du monstre s’inscrit-elle dans une longue tradition culturelle, dans des cadres très variés qui ne manquent pas d’intervenir dans ce jeu des apparences. Le Moyen-Age ou le Romantisme ne construisent pas identiquement ces figures de la peur, même si elles s’ancrent aux mêmes origines de l’imaginaire. Il n’est donc pas étonnant que l’on puisse les rencontrer dans les grands récits de l’Antiquité, comme dans les albums de B.D. contemporains, dans la peinture, dans le cinéma, comme dans la littérature. Figures fédératrices où le français et les langues anciennes, la littérature pour la jeunesse et les littératures de référence peuvent aisément se retrouver. Un élève, du collège ou du lycée, ne manquera donc pas, à un moment ou à un autre, de rencontrer ces créatures et au lieu de se limiter au simple constat de leur apparition, s’efforcera de mieux analyser ce qu’elles peuvent signifier, dans leur forme, comme dans la fonction qui leur est assignée dans l’œuvre.

Aussi a-t-il paru intéressant, toujours dans la perspective d’une exploration des œuvres qui ne se limite pas à la seule observation des dispositifs textuels en action, d’entreprendre, du collège au lycée, un parcours qui, dans les formes les plus variées de l’expression artistique, fasse surgir la diversité des formes de leur manifestation, qui s’efforce de tisser des liens, d’établir une sorte de généalogie des figures, depuis les mythes antiques, jusqu’à la science-fiction, depuis Homère jusqu’à Henri Michaux ou Francis Bacon. On voudrait de la sorte établir les conditions progressives d’une autre intelligibilité des œuvres.

En même temps, placée au moment des 9e Journées Enseignement et multimédia, organisées par le CRDP de Versailles, cette rencontre voulait explorer les ressources offertes par l’outil multimédia. Les cédéroms, l’exploitation de certains sites de l’internet permettent de ne pas limiter l’activité de classe à la seule observation d’un matériel verbal imprimé.

Qu’il me soit permis ici de remercier toutes celles et tous ceux qui ont bien voulu participer à cette rencontre, au prix d’un lourd travail de préparation, Marie-Anne Bernolle, Barbara Brunswic, Jean-François Dru, Alexandre Hougron et enfin Jacques Julien, responsable du GEP Lettres-langues anciennes, qui a bien voulu nous faire profiter aussi bien de ses compétences techniques que de ses connaissances tératologiques.

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