Le Conte du Graal : texte et traduction

, par PLAISANT-SOLER Estelle, Lycée Saint-Exupéry, Mantes-la-Jolie

Le Conte du Graal. Remarques sur la traduction de l’édition Folio

L’édition Folio au programme présente l’intérêt majeur d’offrir des extraits des Continuations du Conte du Graal qui sont par ailleurs très difficiles d’accès, sauf en ce qui concerne la Première Continuation ou Continuation Gauvain, disponible en Livre de Poche. Mais la traduction du Conte n’est pas exempte de défauts.

Il existe de nombreux manuscrits du Conte du Graal. On en trouve la liste p. 367 de l’édition Folio. Certaines lacunes de l’édition Folio sont ainsi dues au choix du manuscrit 12576. C’est le cas par exemple pour le dialogue entre Perceval et les premiers chevaliers qu’il rencontre qui s’achève sur le séjour du roi Arthur à Cardoël, à la différence de la copie de Guiot (ms.fr. 794) qui conclut cette rencontre par un dialogue de sourds comique sur la question du nom de Perceval. Ce thème s’avérant important dans la suite du roman, nous avons choisi de donner ici le passage manquant.

Certaines lacunes sont cependant dues à des omissions du traducteur, qui à plusieurs reprises « saute » des passages pourtant présents dans le manuscrit 12576, d’après l’édition de William Roach à laquelle nous nous référons. Ces oublis sont d’autant plus surprenants qu’il concernent souvent des passages clés du roman. Ainsi les prédictions du fou à propos de la blessure infligée à Keu par Perceval disparaissent à trois reprises (mais on la retrouve pourtant p. 86, ce qui rend sa compréhension par les élèves difficile). C’est un motif qui mérite d’être rétabli tant il est stratégique pour la « conjointure », c’est-à-dire la construction romanesque de Chrétien. De même, le traducteur supprime toute une partie des propos de la cousine de Perceval qui permettaient de renforcer la dimension merveilleuse du château du Roi Pêcheur. D’autres erreurs sont dues à des contresens de traduction. Ainsi en va-t-il pour le mot « valet » qui, en ancien français, désigne un jeune homme noble, non encore adoubé, c’est-à-dire souvent un écuyer. L’acception actuelle du mot s’oppose totalement au sens ancien, et son emploi, quasiment systématiquement à contresens par le traducteur de l’édition Folio, rend certains passages difficiles à comprendre, notamment lors du cortège du Graal, ou au château des Reines.

Il va de soi que nous ne nous attachons ici qu’aux erreurs qui rendent plus complexe la compréhension du texte pour des élèves auxquels on ne demande pas un niveau de spécialiste. Nous ne proposons donc des corrections que pour les passages essentiels, ou pour ceux qu’un contresens ou une omission rendent confus ou absurdes. Il s’agit avant tout de faciliter la lecture d’une œuvre déjà difficile en soi, d’autant plus que le parti pris « médiévalisant » de la syntaxe employée par le traducteur de l’édition Folio ne rend pas la lecture cursive aisée. Il ne s’agit ici que de proposer les points importants pour l’analyse du roman, ou d’éclaircir certains passages rendus confus ou absurdes par un contresens ou une omission, et en aucun cas de proposer une traduction scientifique. Pour une traduction à la fois élégante, agréable à la lecture, sans contresens et facile d’accès pour les élèves, nous renvoyons à celle de Charles Méla et Catherine Blons-Pierre, en Livre de Poche.

Pour les présentes traductions, nous nous sommes appuyées sur celle de Charles Méla dans la Pochothèque, et celle de Jacques Ribard chez Champion.

Vous pouvez télécharger le document proposant des remarques sur la traduction Folio au format .pdf

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