Édito « Actualité et Antiquité »

Le projet Hypatie

Le 26 janvier 2026, la Mairie de Paris a dévoilé une liste de 72 noms de femmes scientifiques qui devraient être gravés sur la Tour Eiffel en 2027, aux côtés de ceux de leurs homologues masculins. Cette initiative, nommée « Projet Hypatie », est l’occasion de faire découvrir aux élèves cette figure emblématique et de les faire réfléchir à la place des femmes dans l’Antiquité grecque et romaine, et au-delà.

4ème 3ème LCA Culture humaniste

Mis à jour le vendredi 27 mars 2026 , par GT LCA

Public visé : latiniste - 4e ou 3e

Lien avec le programme :

  • 4e : Vie privée et vie publique - Famille, filiation, place des femmes, âges de la vie
  • 3e : Le monde méditerranéen - Rome et la Grèce ; La transmission culturelle

Séance 1 – D’une grande Dame à une autre

Objectif : Comprendre le lien entre le projet Hypatie et la Tour Eiffel

ÉTAPE 1 – S’informer sur l’histoire de la Tour Eiffel

Sans leur dévoiler immédiatement l’objectif visé, on demande aux élèves d’effectuer quelques recherches sur la construction de la Tour Eiffel à partir du site officiel en s’intéressant notamment :

  • aux circonstances de sa construction et à la chronologie du projet ;
  • aux polémiques qui ont entouré le projet ;
  • à la vocation scientifique attribuée à la Tour Eiffel pour la sauver de la destruction ;
  • aux noms gravés sur la frise du premier étage.

ÉTAPE 2 – Réfléchir sur un choix

On cherche à susciter l’étonnement des élèves face au choix des personnalités scientifiques exclusivement masculines honorées par Gustave Eiffel : absence réelle ou invisibilisation des femmes dans la communauté scientifique de la fin du XIXe siècle ?

Ressource complémentaire : la déclaration de Gustave Eiffel à l’occasion d’une conférence devant la Société centrale du travail professionnel, le 20 février 1889.

Pour exprimer d’une manière frappante que le monument que j’élève sera placé sous l’invocation de la Science, j’ai décidé d’inscrire en lettres d’or sur la grande frise du premier étage et à la place d’honneur, les noms des plus grands savants qui ont honoré la France depuis 1789 jusqu’à nos jours.



ÉTAPE 3 – Découvrir le projet « Hypatie » et sa genèse (apport du professeur)
Une anecdote serait à l’origine du projet : la question adressée par une touriste qui recherchait l’emplacement réservé au nom de Marie Curie à Benjamin Rigaud, ancien guide touristique et actuel porteur du projet Hypatie.

Le projet, auquel collaborent désormais l’association Femmes & Sciences, la Mairie de Paris, la Société d’exploitation de la Tour Eiffel et le CNRS, s’est progressivement élargi : alors qu’il s’agissait au départ d’inscrire 40 noms de femmes de sciences au deuxième étage de la Tour, il est désormais envisagé d’en inscrire 72 au-dessus de la frise des 72 hommes, dans un souci d’égalité parfaite.
L’association Femmes & Sciences a été chargée de consulter les grands organismes de recherche et de proposer une liste de 72 noms respectant deux critères : des femmes scientifiques françaises ou ayant travaillé en lien avec la France, nées après 1789 et toutes décédées.

Benjamin Rigaud explique que

ce projet est une manière concrète de rendre visibles ces femmes de science, d’inscrire leurs noms sur le monument le plus emblématique de France pour leur redonner leur place dans l’histoire. C’est aussi une façon d’inspirer les jeunes générations, de montrer que la science se construit au féminin comme au masculin. L’inscription sur la Tour Eiffel n’est pas une fin en soi, c’est le début d’un travail de reconnaissance et de transmission. [1]

Piste complémentaire :
s’associer à un ou une professeur de sciences ou de mathématiques pour faire réaliser aux élèves des recherches sur quelques-unes des savantes choisies.

Séance 2 – À la rencontre d’Hypatie

Objectif : découvrir la place d’Hypatie dans la vie intellectuelle de son temps ainsi que son destin.

Qui est Hypatie ?
Benjamin Rigaud explique ainsi le choix d’Hypatie pour nommer le projet :

Parce qu’elle est l’une des premières femmes scientifiques de l’Histoire. Philosophe et astronome grecque, Hypatie enseignait à Alexandrie, une ville célèbre pour son phare, dont la Tour Eiffel est d’une certaine manière l’héritière moderne. Martyre de la connaissance, Hypatie incarne la transmission, le courage intellectuel et la lutte contre l’effacement des femmes savantes.
Mais la figure d’Hypatie reste symbolique : elle n’apparaîtra pas parmi les noms proposés. Les critères retenus par la Tour Eiffel reprennent ceux de Gustave Eiffel lui-même, à savoir des femmes scientifiques françaises ou ayant contribué à la science française, ayant vécu à partir de 1789.


ÉTAPE 1 – Observation de la fresque de Raphaël intitulée L’école d’Athènes  [2]

Raphaël, L’école d’Athènes
Musée du Vatican, La Chambre de la signature, 1509-1511



L’école d’Athènes - Détail
Pythagore
  • 1. Projection du tableau de Raphaël et rapide explication sur sa création.
  • 2. Mention du nom de certaines personnes représentées (éventuellement en latin ou en grec accompagné d’un alphabet) et mise en évidence du lien entre cette fresque et le projet lié à la Tour Eiffel.

Cette observation devrait conduire les élèves à remarquer que la figure identifiée comme étant celle d’Hypatie est la seule femme représentée sur la fresque.

Pourquoi Raphaël a-t-il potentiellement représenté Hypatie sur cette fresque ? En quoi était-elle si célèbre ?

ÉTAPE 2 – Lecture de l’article “Hypatia”, in Suidae Lexicon  [3]

  • 1. Dans un premier temps, le texte latin est proposé sans traduction.
    Les élèves repèrent les noms propres.
    Le professeur souligne :
    - la dénomination genrée en latin (philosophus / philosopha) du terme épicène français "philosophe" ;
    - les qualités intellectuelles d’Hypatie : relevé des différents termes latins avec un classement par catégorie grammaticale.
    Le groupe classe traduit le début du texte (jusqu’à « erudita fuit »).
  • 2. Dans un second temps, la traduction est distribuée.
    Réalisation d’une carte d’identité regroupant les informations essentielles concernant Hypatie : nom, lieu, époque, activité, qualités, circonstances de sa mort.

ÉTAPE 3 – découvrir les travaux d’Hypatie

Projection de quelques images / scènes du film Agora d’Alejandro Amenábar (2009) [4].

Il s’agira de sélectionner des images / extraits qui montrent le travail scientifique d’Hypatie, notamment ses travaux en astronomie (défense de l’héliocentrisme) et le matériel utilisé.
Ce sera l’occasion de proposer une activité lexicale autour des mots « astronome » / « astrologue », « astrolabe », « héliocentrisme ».

Remarque :
Dans le cadre d’un enseignement en ECLA ou en grec, on peut proposer un travail plus approfondi sur la mort d’Hypatie en confrontant les textes de Socrate de Constantinople (Histoire ecclésiastique, livre VII, chapitre XV) et de Jean de Nicée (Chronique).


Séance 3 – La place de la femme dans la société grecque et dans la société romaine

Objectif : découvrir la condition féminine (statut, rôle, qualités et valeurs attendues) en Grèce et à Rome pour comprendre la spécificité de la posture d’Hypatie et anticiper sur le rôle singulier des figures romaines étudiées dans la séance suivante.

On peut diviser le groupe de latinistes en deux afin qu’un travail sur les deux civilisations soit mené.
Chaque groupe présentera à l’autre les résultats de ses recherches.

Ressources :

Séance 4 – Aux grandes femmes la patrie reconnaissante, ces femmes romaines qui ont fait l’histoire...

Objectif : découvrir des figures féminines romaines qui ont eu un rôle décisif dans l’histoire romaine.

Il s’agirait de trouver une idée de transposition romaine du Projet Hypatie. Sachant qu’à Rome, il n’existe pas de figure féminine scientifique, telle qu’Hypatie, on pourrait mettre en exergue les femmes qui ont joué un rôle dans l’histoire romaine, en parallèle d’hommes célèbres (femmes des débuts de la République et / ou de l’Empire).

Pistes possibles :

  • imaginer une version féminine et romaine du Panthéon parisien : « le Panthéon des femmes romaines » ;
  • imaginer la création d’une galerie (ou d’une exposition) réservée aux héroïnes romaines dans un musée (Louvre ou Musée du Capitole).

Figures féminines :

  • République
     Lucrèce (lien avec Brutus)
     Clélie (lien avec Horatius Coclès et Mucius Scaevola)
     Véturie et Volumnie (lien avec Coriolan)
     Cornelia (lien avec les Gracques)
  • Empire
     Julia (lien avec César et Pompée)
     Agrippine la jeune (lien avec Néron)
     Livia (lien avec Auguste)

ÉTAPE 1 – Effectuer un choix et se renseigner
Par groupes, les élèves choisissent une femme romaine et préparent une fiche (nom, dates, rôle historique, citation d’un historien, représentation iconographique).


ÉTAPE 2 – Réaliser un projet, une production
Le type de production variera selon la nature du projet choisi :
 Panthéon des femmes romaines : rédaction d’un communiqué de presse présentant la nature du projet et comportant les notices de chacune des figures choisies.
 Galerie des femmes romaines : réalisation d’une affiche centrée sur l’œuvre artistique choisie et proposant une notice sur le personnage.

Ressources

Sur la Tour Eiffel et le projet Hypatie

Sur Hypatie

Sur la place des femmes en Grèce et à Rome

À consulter par le professeur
Histoire des femmes en Occident L’Antiquité, Sous la direction de Georges Duby, Michelle Perrot, Pauline Schmitt Pantel, éditions Perrin, Collection Tempus, 2002.

Des idées de lectures cursives pour les collégiens

  • Hypatia d’Alexandrie, Arnulf Zittelmann, L’école des loisirs, collection Medium
  • Femmes scientifiques : 23 portraits qui nous inspirent, Anne Lanoë (texte) et Alice Dussoutour (illustratrice), Fleurus, Collection Femmes inspirantes (un chapitre est consacré à Hypatie)

[2Raphaël, L’école d’Athènes, Musée du Vatican, La Chambre de la signature, 1509-1511

[3Lexique de Suidas. Ouvrage anonyme byzantin de la 2e moitié du Xe siècle (?) contenant des éclaircissements lexicologiques, des notices biographiques et des fragments d’ouvrages aujourd’hui perdus. Attribué à Suidas.

Dans la même rubrique