Prendre en compte les résistances des élèves sur l’égalité filles-garçons

Restitution d’atelier - Journée d’étude du 13 mars 2025

« Prendre en compte les résistances des élèves sur l’égalité filles-garçons dans le cours de Lettres »
Cet atelier a été proposé lors de la journée d’étude « Faire vivre l’égalité Filles/Garçons dans le cours de Lettres » du 13 mars 2025.
Animateurs et animatrices de l’atelier :
Maud Carlier-Sirat, Adèle Fontaine, Elodie Gaden, François Gourlet

Mis à jour le mercredi 17 décembre 2025 , par GT Egalité Filles/Garçons

L’atelier visait à répondre à des difficultés rencontrées en classe quand on aborde des sujets liés à l’égalité filles-garçons, ou des textes en lien avec ces enjeux.

L’objectif de l’atelier était à la fois d’analyser ces difficultés, de comprendre leur origine et leur manifestation, mais aussi de réfléchir aux dispositifs pédagogiques et didactiques qui permettent de mieux anticiper ou de prévenir ces situations.

> Comment prendre en compte les résistances des élèves sur l’égalité filles-garçons dans le cours de lettres ? Comment caractériser les résistances rencontrées en classe ? Quels dispositifs pédagogiques et supports privilégier pour mieux anticiper ou prévenir les résistances des élèves ?

La question de la gestion des résistances, sous l’angle éducatif des sanctions ou punitions à poser face à certains comportements d’élèves, était laissée de côté dans l’atelier, pour privilégier le questionnement didactique et pédagogique.

1. Les difficultés et résistances rencontrées par les personnels enseignants de Lettres

Nous pouvons rencontrer en cours de Lettres des difficultés de plusieurs ordres, quand il s’agit de travailler sur les enjeux de l’égalité filles-garçons :

  • des propos sexistes, homophobes ou transphobes tenus par des élèves,
  • un effet de surenchère dans ces propos, et dans la volonté de provocation, qui est renforcée dans un cours dialogué,
  • des propos qui se fondent sur une compréhension erronée du texte et utilisent le texte proposé pour justifier des idées misogynes ou valider des stéréotypes,
  • des éléments problématiques dans l’édition du texte du manuel ou de l’édition scolaire (paratexte, notes de bas de page, consignes proposées), qui renforcent les stéréotypes ou donnent une légitimité aux propos des élèves,
  • une remise en cause des choix de lecture proposés ou des modalités pédagogiques, qui peuvent prendre la forme d’une passivité, d’une hostilité franche ou d’une tentative de sabotage de l’activité,
  • une confusion entre des notions ou des termes qui peuvent générer des réactions de contestation ou de provocation.

2. Le déroulement de l’atelier : analyser collectivement des situations concrètes

Afin de réfléchir collectivement à ces différentes difficultés, les formateurs et formatrices ont proposé quatre études de cas, selon une modalité de “world café”, qui permet de favoriser le dialogue, la co-construction d’idées et le partage de connaissances entre les participants et participantes.

Pour chaque étude de cas, les participantes et les participants ont été invités à :

  • caractériser précisément le problème ou la résistance rencontrée ;
  • indiquer quel était l’objectif initial du dispositif pédagogique choisi ;
  • formuler les limites du choix du dispositif pédagogique ou du support choisi ;
  • proposer des pistes pour repenser autrement la séance ou anticiper les résistances.

Les études de cas ont permis de s’interroger sur deux gestes professionnels majeurs : le choix des supports et le choix du dispositif pédagogique.

a. Le choix des supports pédagogiques
Tout d’abord, des extraits d’une édition d’un roman de chevalerie, souvent étudié en classe de 5e, et qui comporte des intrusions misogynes du narrateur médiéval, ont permis de comprendre que l’appareil critique (questionnaire d’accompagnement à la lecture pour guider les élèves ; notes de bas de page) conduit parfois à relativiser les violences sexistes.
Ainsi, au lieu de nommer les violences et de faire réfléchir les élèves à ce sujet, certaines éditions invitent à interpréter les commentaires misogynes du narrateur de façon humoristique, banalisant de fait les violences au lieu d’en montrer le continuum.
Ensuite, il a été proposé de se pencher sur une ressource éditée par le réseau Canopé, intitulée « L’image de la femme comme figure poétique », en classe de 6ème. Le corpus proposé, uniquement composé de poèmes écrits par des hommes, contribue à reléguer les femmes au rang de muses, à invisibiliser les femmes poétesses, mais aussi à alimenter l’idée selon laquelle les femmes sont incapables de produire des œuvres littéraires de qualité.

b. Le choix du dispositif pédagogique
L’atelier a visé à réfléchir aux limites de certains dispositifs pédagogiques que l’on choisit pour faire étudier un texte ou une œuvre abordant l’égalité filles-garçons : notamment le cours dialogué et le débat mouvant.
Dans le cadre d’un cours de 4ème sur Le Cid de Corneille, une professeure souhaite faire percevoir la portée actuelle du dilemme cornélien entre l’amour et l’honneur. Pour impliquer les élèves et développer l’expression de leur ressenti en tant que lecteurs et lectrices, elle questionne les élèves à l’oral sur le comportement de Chimène. Or, la modalité du cours dialogué incitant à une surenchère sexiste, la réaction de certains élèves est violente et sexiste. Certains en viennent à formuler des outrages sexistes et des commentaires incitant à la violence sexuelle.
Ensuite, il a été proposé aux participants et participantes de l’atelier de comprendre en quoi le débat mouvant, s’il peut être adapté au travail des compétences argumentatives et orales dans certaines situations de classe, n’est pas approprié pour tous les enjeux liés à l’égalité filles-garçons. On rappelle que le débat mouvant consiste à inviter les élèves à se déplacer dans la salle afin de manifester leur accord ou leur désaccord avec une affirmation. En classe de seconde, une professeure fait étudier le roman de Fatima Daas, La Petite Dernière, dans laquelle l’autrice évoque le sujet de l’homosexualité. Dans l’objectif de favoriser la participation des élèves, d’encourager à prendre en compte les arguments des camarades, et d’ouvrir à une pluralité d’interprétations du texte, la professeure organise un débat mouvant autour d’affirmations sur les orientations sexuelles, les identités de genre et l’expression de genre. Mais la modalité du débat ne permet pas aux élèves d’avoir une compréhension claire de ces distinctions, et les amène à tenir des propos discriminants et LGBTQphobes.

3. Propositions faites pendant l’atelier

Plusieurs points de vigilance ont été identifiés au cours de l’atelier :

  • Les points de vigilance liés aux supports : choix d’éditions, de corpus, de questions posées aux élèves :
     faire preuve de vigilance face à des éditions dont l’appareil critique ou les questions valident des stéréotypes sexistes ;
     éviter les corpus composés uniquement d’auteurs, qui contribuent nécessairement à invisibiliser les autrices ;
     ménager une place significative aux autrices ;
     éviter les corpus réduisant les femmes à la condition d’objet, ou en faire un objet de travail et d’analyse avec les élèves ;
     proposer dans les corpus des textes qui permettent de questionner certains stéréotypes, notamment de genre ;
     préférer des questions ouvertes qui développent des compétences de sujet-lecteur des élèves et favorisent une lecture critique des œuvres.
  • Les points de vigilance liés aux modalités pédagogiques :
     certains sujets ne se prêtent pas aux débats (violences sexistes et sexuelles, LGBTphobies, …) ;
     le débat amène le risque de laisser le texte de côté, ou de ne l’utiliser que comme prétexte, ou encore de “tordre” son interprétation en fonction de l’idée qu’on veut montrer ;
     le cours dialogué présente un risque de surenchère sexiste à l’oral (provocations, prise de pouvoir du groupe des garçons sur la classe, compétition entre garçons pour être au centre de l’attention…), et il vaut mieux favoriser des modalités de cours coopératives.
  • Les points de vigilance liés aux thèmes abordés :
     anticiper les confusions entre différentes notions (expression de genre, identité de genre et orientation sexuelle) ;
     anticiper les stéréotypes sexistes auxquels les textes peuvent renvoyer les élèves (vision inégalitaire des relations hommes/femmes, inconstance et irrationalité des femmes,…).

Ces différents points de vigilance renvoient à des gestes professionnels, indispensables à travailler pour aborder sereinement l’égalité Filles/Garçons en classe, mais aussi tout autre sujet susceptible de générer de vives réactions.

Bilan

L’atelier a ainsi conduit à une réflexion sur les gestes professionnels des professeures et professeurs de Lettres :

  • se questionner sur les choix des textes pour travailler sur l’EFG ;
  • développer un regard critique sur le choix des textes dans les manuels et sur l’appareillage critique proposé par les éditeurs ;
  • prendre conscience de l’importance du choix des activités et de la formulation des consignes afin de limiter le risque de susciter des résistances ;
  • anticiper les résistances et réfléchir à la manière de les désamorcer ;
  • penser des activités et des consignes qui permettent aux élèves d’exercer leur esprit critique dans la lecture des textes et d’interroger les stéréotypes sexistes qu’ils véhiculent ;
  • penser des modalités de travail coopératif pour favoriser une répartition égalitaire de la parole et prévenir, mieux que le cours dialogué, la surenchère sexiste ou l’expression de résistances à l’égalité filles-garçons dans la participation orale en classe.

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