Du cours manuscrit au classeur numérique, une trace écrite en 2.0 Aider les élèves à améliorer une trace écrite grâce à un usage raisonné de la tablette numérique et du logiciel evernote.

, par Daphné Jacamon

L’évolution de l’enseignement au lycée qui rejette définitivement le modèle transmissif fondé en bonne part sur le cours magistral ne dispense pas l’élève d’avoir à prendre des notes en cours, d’avoir à retranscrire des idées qui lui permettront de structurer sa réflexion et de mémoriser les notions indispensables. Que ce soit à l’occasion d’un débat, d’un travail de groupe ou d’une recherche, l’élève doit être en mesure d’élaborer une interprétation cohérente du contenu d’un message, d’en hiérarchiser les principaux éléments et de les retranscrire aussi rapidement que possible. Noter est donc une activité cognitive complexe trop souvent négligée dans son apprentissage alors même qu’elle est indispensable pour acquérir une maîtrise solide des connaissances, aborder sereinement ses études supérieures voire même s’adapter aux exigences du monde du travail. Au lycée particulièrement, les prises de notes défaillantes sont très répandues et accentuent l’inégalité entre les élèves. Ceci est encore plus vrai en cours de littérature pour la classe de terminale puisque l’élève ne peut se référer qu’au cours dispensé en classe, sans le soutien d’aucun manuel, mal orienté par les ouvrages parascolaires qui ne prennent que rarement en compte la perspective de l’objet d’étude. Un élève dont les notes sont lacunaires, erronées ou mal structurées subit une sorte de double peine puisque ces défaillances le mettent dans l’incapacité de mémoriser des connaissances fiables ou d’élaborer une réflexion solide. Quelles que soient alors sa motivation, sa bonne volonté ou son énergie il sera de fait en situation d’échec.
Ce constat n’est pourtant pas une fatalité et des remédiations sont possibles. Dans le cadre de cette réflexion, on se propose ici de relater une expérience menée avec des tablettes numériques en classe de terminale littéraire. Cette expérience a tenté d’évaluer en quoi le numérique pouvait faciliter et améliorer l’exercice de prise de notes. Trois objectifs ont été mis en oeuvre :

  • faciliter l’autonomie des élèves par une approche plus souple de la prise de notes
  • Pouvoir comparer et améliorer la compréhension d’un cours
  • Avoir un espace numérique pour pérenniser une trace écrite et accompagner le processus de mémorisation.

1) Quels élèves pour quels outils ? Modalités de l’expérience menée

L’expérience menée s’étend sur six semaines au deuxième trimestre et s’inscrit dans le cadre d’un emprunt CREATICE . Elle est proposée aux élèves de terminale littéraire sur la base d’un volontariat. L’oeuvre étudiée Madame Bovary de Gustave Flaubert est envisagée selon le domaine d’étude « lire-écrire-publier » et nécessite de mettre en corrélation les brouillons de l’écrivain accessible sur le site Bovary.fr , la genèse de l’oeuvre et sa réception polémique dont rend compte le procès intenté contre son auteur. Les tablettes numériques apparaissent dès lors comme un moyen privilégié d’accéder à ces ressources en même temps qu’elles permettent l’expérimentation d’un logiciel de prise de notes.

On choisit comme logiciel de traitement de texte evernote. Facile à prendre en main ce logiciel a l’avantage de se synchroniser sur tous les supports associés à une même adresse mail. Tout ce qui est noté sur tablette tactile dans la journée se retrouve ainsi directement sur les ordinateurs personnels des élèves sans qu’il soit nécessaire de rapporter les tablettes. Cette fonction s’associe à la possibilité de « partager ses notes » avec d’autres utilisateurs pour comparer différentes traces écrites d’une même séance. Le logiciel a par ailleurs toutes les fonctionnalités du traitement de textes et ne nécessite pas de connexion internet sauf pour la synchronisation des notes qui ne prend que quelques secondes.

A chaque fin de séance on demande aux élèves d’envoyer au professeur leur prise de notes en l’état. A charge de l’élève de la retravailler en la comparant à d’autres prises de notes, de la structurer par un travail de mise en page, de l’enrichir et de la compléter en ajoutant les documents complémentaires dont il a été question pendant le cours. A l’issue de ce travail et avant le cours suivant, chaque élève doit renvoyer au professeur sa prise de notes améliorée pour que l’on puisse comparer les deux états de cette trace écrite.

2) Analyse de quelques résultats

NB : les exemples de prise de notes ont été projetés au TNI et ne respectent pas tout à fait la présentation originale d’evernote qui ne propose pas par exemple d’afficher le cours sur une page en plusieurs colonnes. La séance proposée à l’étude comporte quelques éléments d’introduction et une activité Histoire des Arts pour appréhender le mouvement littéraire et culturel du réalisme. Pour respecter l’anonymat des élèves, on a préféré numéroter les exemples de prise de notes.


Comparaison de deux prises de notes par deux élèves différents.

Prise de notes d’un élève en difficulté : la structure du raisonnement n’est pas comprise et les noms propres ne sont pas orthographiés correctement. Il manque par ailleurs de nombreux éléments. Cette trace écrite de par ses lacunes et ses erreurs devient contre-productive pour l’élève et doit absolument être corrigée ou complétée.

Prise de notes d’un bon élève sur le même cours que précédemment. La différence montre à quel point l’écart entre deux élèves peut être important. L’élève se révèle capable de retranscrire les idées de la séance ce qui engage déjà son processus de mémorisation et de réflexion.

Comparaison d’une même prise de notes à deux états différents pour la même séance que précédemment.

Prise de notes envoyée à la fin d’un cours : l’élève a sérieusement suivi la séance, toutes les informations sont notées mais la structure des idées manque de clarté. Les documents complémentaires n’ont pas été immédiatement associés au cours. La prise de notes nécessite donc d’être reprise et améliorée.

Même prise de notes que précédemment après avoir été complétée et organisée. Cette prise de notes est bien plus lisible et structurée. L’élève a par ailleurs pris le temps de retravailler la mise en forme par l’ajout d’images, de tableaux et de liens hypertexte. Ce travail ne peut que favoriser le processus de mémorisation et la capacité de réflexion.

3) Bilan de l’expérience

Le bilan des élèves est assez encourageant. Plusieurs d’entre eux très en difficulté ont renoué avec l’exercice de prise de notes alors qu’ils y avaient en partie renoncé sous sa forme manuscrite.

Certains élèves ont avoué ne jamais reprendre leurs notes gênés par la rigidité de l’encre et du papier. La page n’offre finalement que peu d’espace pour compléter, corriger ou enrichir un cours. Et l’on constate que les élèves même en grande difficulté ne confrontent jamais leurs notes à celles de leurs camarades considérant que leur présence en classe garantit la valeur de leur trace écrite.

Deux élèves pourtant ont refusé le passage au numérique au motif que ce changement de posture les déstabilisait et les déconcentrait. Il semble que l’écriture manuscrite soit pour eux un élément essentiel de compréhension et de reformulation. De ce point de vue, le clavier aurait tendance à les ralentir et à engendrer de la confusion.

Les problèmes techniques ont quelque peu perturbé l’expérience : problèmes de mise à jour du logiciel, de connexion wi-fi, de synchronisation. Il est absolument nécessaire d’avoir un accès internet de qualité même si les tablettes ne se connectent que quelques secondes toutes les dix minutes.

L’expérimentation des tablettes et du logiciel ouvrent par ailleurs d’autres pistes pédagogiques. La constitution d’un porte-folio qui conserverait les connaissances acquises d’une année sur l’autre permettrait aux élèves de consolider davantage leurs acquis. On peut également imaginer la possibilité de prolonger un travail collaboratif sur Etherpad par exemple, par un écrit individuel. Et bien d’autres ouvertures encore.

partager

title print